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sexta-feira, 8 de julho de 2011

Léon Chevreuil - Le Spiritisme Incompris

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LÉON CHEVREUIL
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LE SPIRITISME
INCOMPRIS

THÉORIE SIMPLE ET RATIONNELLE

Il n’y a ici ni religion, ni philosophie,
ni athéisme, ni matérialisme qui tiennent.
C’est une question de faits.
PASTEUR

AU LECTEUR

L’auteur ne se flatte pas d’apporter, ici, la solution d’aucun problème. Il ne vise pas d’autre but que de fortifier la croyance des chercheurs qui, n’ayant pas le loisir de se livrer à de longues études, se sentent quelquefois troublé par des objections et des scrupules pseudo-scientifiques, dont on empoisonne trop facilement l’opinion.
Le Spiritisme est une science encore trop jeune pour être bien connue du grand public ; il faut l’aider à comprendre, il faut répondre aux sophismes, il faut surtout vaincre l’indifférence, et même l’hostilité, de certains savants à son égard. Un fait est certain dès qu’il a été empiriquement constaté ; nous avons le devoir d’affirmer ce fait, même avant qu’il n’ait reçu aucune explication. L’absence d’explication n’infirme en rien l’authenticité du fait. Aujourd’hui un fait a été constaté, prouvé, expérimenté : « La mort, qui détruit le corps, n’affecte pas l’esprit ». Des hommes d’une réputation mondiale ont mis ce fait en évidence ; la présente étude a pour but de permettre au lecteur de jeter un regard d’ensemble sur la façon dont ils sont parvenus à obtenir les preuves de ce qu’ils affirment, et sur les conceptions et hypothèses que leur a suggéré l’examen des phénomènes spirites.
Des personnes ayant, comme nous, vécu sur la terre ont pu correspondre avec des observateurs savants qui se sont ingéniés à placer ces constatations hors d’atteinte de tous les sophismes imaginés pour n’y pas croire. Les spirites ont obtenu les faits en premier lieu, la science les a confirmés ensuite.
Derrière les spirites sont venus les métapsychistes. Des deux côtés, il y a des sociétés d’études et, des deux côtés, les méthodes diffèrent. Les spirites qui, naturellement s’efforcent d’obtenir des preuves, font appel aux esprits et, pour cela, il faut organiser des séances, c’est-à-dire préparer un poste récepteur qui soit capable de recevoir et de détecter les émissions de l’au-delà. Les métapsychistes au contraire, ayant pour principe de n’admettre aucune communication d’esprit, demandent qu’elles s’imposent à eux, ils tendent à infirmer tout ce qui ne dépend pas de leurs expériences personnelles. Avec eux, toute discussion n’aboutit qu’à la confusion, ils inventent des objections qui, venant de la part de ceux qui n’assistent pas à la séance et qui ne connaissent pas le contrôle, n’ont aucune valeur. Qu’on se souvienne de l’histoire d’Alger ; si Monsieur Richet a pu voir et toucher une apparition, c’est qu’il s’est dérangé, c’est qu’il est venu dans le milieu spirite où elle pouvait se produire ; il n’a pas demandé qu’on la lui apporte chez lui. On sait ce qu’il advint, un tel fait, attesté par Monsieur Richet, et qui aurait eu une si grande importance pour la connaissance de la vérité, a été perdu pour la science, parce que le public avait foi aux objections de ceux qui n’ont rien vu. Aujourd’hui encore d’honnêtes personnes n’en croient que la légende et acceptent la version du mensonge.
Heureusement nous avons encore quelques hommes supérieurs qui savent opérer scientifiquement sans briser les manifestations ; qui avec un courage et une persévérance digne d’éloges, ont publié les résultats de leurs travaux, c’est là que devront puiser les profanes désireux de s’initier à la science nouvelle.
Ici, nous ne présentons qu’un raccourci des idées et théories auxquelles le point de vue spirite a pu amener quelques penseurs. Ce sujet est beaucoup trop vaste pour être traité dans une simple brochure de vulgarisation car il touche à tous les problèmes concernant l’homme terrestre et le monde invisible. S’il n’y a là que des hypothèses elles peuvent être discutées, mais elles apparaissent tellement logiques, vraisemblables et explicatives, elles s’enchaînent et s’adaptent si bien aux découvertes de la science la plus moderne qu’il nous semble que la raison est presque forcée de s’y soumettre.

CHAPITRE PREMIER
POURQUOI IL FAUT PROPAGER LE SPIRITISME !

L’injure et le ridicule que nous avons subis ne partent que de ceux qui n’ont eu ni le courage ni la convenance de faire quelque recherche avant d’attaquer ce qu’ils ignorent entièrement.

CROMWELL F. VARLEY
De la Société Royale de Londres.

Une science, jusqu’ici méprisée, s’avère comme une révélation certaine. Un fait, qui a derrière lui près d’un siècle de calomnies et d’injures, le fait spirite qu’on s’efforçait d’étouffer entre la science et la religion, parce qu’il se dressait comme une menace contre tous les dogmatismes, a résisté à 1’épreuve du temps. Maintenant le fait s’impose, il nous présage, à brève échéance, une révolution dans la science, une action bienfaisante dans l’ordre social, et serait fort capable d’infuser une vie nouvelle à la foi qui s’éteint.
Le respect que l’on doit à la science, un instant égarée dans l’erreur matérialiste, avait créé une sorte de culte idolâtrique dont s’accommodait l’indifférence de notre époque. La science avait parlé, le matérialisme triomphait et, pour la paresse intellectuelle des incrédules, le snobisme scientifique devait remplacer la foi. La jeunesse, toujours attachée à la parole du maître, acceptait sans méfiance le virus gratuit et obligatoire que lui inoculait l’enseignement d’état et une génération s’est élevée pour qui l’esprit de négation était un brevet de supériorité.
Il fallait que le spiritisme apparût pour opposer à cette vague qui menaçait de nous engloutir, non plus une doctrine, mais des faits contre lesquels tous les sophismes viennent se briser. Comme il est plus facile de nier que d’expliquer, on a tout fait pour jeter le doute dans les esprits ; et ce nouveau chapitre de 1a science expérimentale reste toujours inédit, parce que ceux qui sentent et qui comprennent combien il est menaçant pour leur dogmatisme, 1e déforment à plaisir ; ainsi, pour le grand public, rien n’est éclairci ; et si la question spirite se présente aujourd’hui avec un regain d’actualité, elle n’en reste pas moins incomprise. Tout le monde en parle et personne ne la connaît.
La moquerie est toujours de mise, c’est encore une façon commode d’éviter l’obstacle. Songez donc…. prouver la survie, n’est-ce pas une folie ! Et croire que ceux-là mêmes, qui ont survécu sont venus nous le dire ; qu’une fois privés de leurs organes ils ont emprunté celui d’une personne étrangère... Qu’un musicien, qui a brisé son vio1on, est venu jouer sur l’instrument à côté…. n’est-ce pas comique ?
C’est pourtant cela que quelques-uns connaissent par expérience et que les spirites ont fait accepter par les hommes de science, du moins par ceux qui ont bien voulu s’en occuper sérieusement. Mais il n’est pas facile d’amener un savant à mordre au fruit défendu. Il ne le fait pas sans prendre d’abord quelque précaution oratoire visant à s’attirer l’indulgence, souvent même on commence par jeter le spiritisme par-dessus bord, on se dit métapsychiste. Le métapsychisme devrait être notre linceul, c’est un mot qu’on jette comme un voile sur notre inconvenance : La pudeur scientifique rougirait d’avoir à examiner le fait spirite dans sa nudité.
L’investigation scientifique n’est pas chose facile ni à la portée de tous. Ce qui est facile, c’est de prendre connaissance de ce qui a été obtenu de plus sérieux, soit comme manifestations spontanées, soit comme preuves expérimentales destinées à répondre aux objections des critiques les plus exigeants. La littérature spéciale abonde maintenant en documentation scientifique, c’est à cette source que les néophytes pourront demander leur croyance et non à des séances de hasard, où ils croient qu’on va… « leur montrer ça. »
La connaissance spirite apporte à la morale un appui incontestable. Elle nous montre le but certain de la vie et supprime la crainte de la mort. La croyance au néant supprime aussi la crainte de la mort, mais elle laisse l’homme dans l’ignorance de ses responsabilités. Combien serait plus efficace la connaissance de la survie à une époque comme la nôtre où le suicide justifie tout ; on tue pour satisfaire sa haine, on tue pour se venger, on tue pour s’enrichir. Si on ne réussit pas la mort effacera tout, ça n’a pas d’importance. Mais, ce qui est véritablement affreux, c’est que des parents, décidés au suicide, tuent d’abord leurs enfants. Cela paraît dans les journaux, à la rubrique « Nouvelles en trois lignes. » Ainsi, pour ceux qui agissent avec une pareille inconscience, la mort est un fait derrière lequel il n’y a pas de mystère, ils ignorent même que la question puisse se poser, ils ignorent même le doute, leur foi dans le néant est absolue ; tel est l’état d’âme de la population moyenne, de celle qui a fréquenté l’école.
Pensez-vous que la société ne soit pas responsable d’un pareil état de chose ? Ne serait-il pas mieux qu’on apprenne aux enfants à réfléchir ? Quand la société prend à sa charge l’éducation du peuple, elle pourrait sans toucher aux solutions des grands problèmes, lui enseigner qu’il n’a pas le droit de croire au néant, que la science ne sait même pas ce que c’est que la vie, qu’elle ne sait même pas ce que c’est que la matière, et que dès que l’on veut aller au fond des choses, on ne rencontre plus que le mystère.
Le spiritisme n’en sait pas davantage : il n’a à son actif qu’une constatation empirique : des hommes comme nous, ayant, comme nous, vécu sur la terre sont quelquefois parvenus à se manifester. Tout le reste n’est qu’hypothèses ; seulement, le spiritisme, pour expliquer cela, propose des hypothèses satisfaisantes, là où la science officielle n’apporte que complications et invraisemblances.
Les éducateurs ne se doutent pas de cela ; ils croient très sincèrement que le scepticisme est l’attitude la plus scientifique, que, par la foi au néant, on fait preuve d’une grande force d’âme, et l’on élève les enfants dans cette croyance. Pensez aux résultats, pensez aux conséquences. On peut tout se permettre en cette vie, la mort effacera nos actes comme l’éponge qu’on passe sur les chiffres du tableau noir, c’est l’impunité assurée pour tous les attentats ; on peut tuer ses enfants comme on tue une portée de petits chats, pour leur épargner la peine de vivre, et aussi pour d’autres motifs ; demandez aux infirmières, à ces nobles sages-femmes de la maternité, qui connaissent à fond la question de l’avortement criminel, ce qu’elles pensent sur ce chapitre.
Ne comptez pas sur la protection des lois, c’est le sentiment de la responsabilité qu’il ne faut pas séparer de l’enseignement. L’éducation de la première enfance est une suggestion qui ne s’efface jamais, c’est par la moralisation commencée à l’école qu’il faut préparer la vie saine pour l’homme fait. Si votre enseignement est obligatoire, prenez garde à ce que vous enseignez ; vous n’avez pas le droit de suggestionner du côté du mensonge, ni de pousser l’enfant dans les eaux croupies de l’agnosticisme avant qu’il n’ait acquis la force de penser par lui-même.
Je redoute la neutralité mal apprise, je crains les sectaires tels que celui qui, dernièrement, infligeait un blâme à une institutrice, parce que celle-ci avait prêté le concours de sa jolie voix, pour une œuvre de bienfaisance qui n’était pas suffisamment laïque. La neutralité ainsi entendue ressemble fort à du prosélytisme. La morale ne peut s’appuyer que sur un enseignement spiritualiste et il faut que la morale soit enseignée à l’école.
Le spiritisme pourra exercer son action bienfaisante dans l’ordre social, parce que les faits positifs s’imposent tôt ou tard à ceux qui nous gouvernent et à ceux qui enseignent, et quand ceux-ci seront atteints, les faits positifs, de caractère nettement psychique, ne seront plus exclus du domaine scientifique et l’éducation s’en ressentira nécessairement.
Cette influence se fait déjà sentir dans la philosophie. Les philosophes ne se disent pas spirites ; mais certainement le spiritisme n’est pas étranger aux tendances spiritualistes qui se manifestent actuellement. La force toute puissante des faits qu’ils connaissent, au moins par les travaux des savants qu’ils ne peuvent ignorer, les oblige à réfléchir et ils deviendront nos collaborateurs sans le savoir.
Ils commencent déjà à évoluer dans un sens qui s’accorde avec les théories spirites. Une nouvelle conception se fait jour relativement à la nature de nos pensées, on commence à admettre leur réalité en tant que formes concrètes et leur pouvoir d’action sur la matière. De sorte que la pensée de l’homme deviendrait la chose la plus importante du monde créé. Cette indépendance de la pensée ne permet plus d’admettre qu’elle soit esclave d’une loi purement physique. Dans ces conditions on admettrait que la liberté, que nous sentons en nous de choisir une direction, pourrait avoir la valeur d’un fait expérimental, que la faculté de penser pourrait être indépendante de la matière cérébrale, de sorte qu’il n’est plus du tout impossible que la conscience survive à la destruction du cerveau. Quand les philosophes auront dit cela, il y aura de beaux jours pour le spiritisme, pour lequel on éprouvait tant de répugnance ; un esprit utilisant un organe… c’est l’acte le plus normal, seulement, l’homme est ainsi fait qu’il ne croit pas ce qu’on lui montre, il veut d’abord qu’on le lui explique. Le Spiritisme… on en riait hier, on s’en étonne aujourd’hui, ce sera tout naturel demain.
Le but de ce livre est de justifier le spiritisme contre ceux qui l’accusent encore de mysticisme et du recours au surnaturel. J’entreprends ici de faire appel à la raison contre l’apriorisme de l’opinion vulgaire. Il faut qu’on sache enfin que la grande force du spiritisme est d’avoir poursuivi ses recherches à l’écart du mysticisme, d’avoir placé le problème de la vie future sur le terrain expérimental et d’avoir pris pour juges des hommes de science qui, MAINTENANT, déclarent que la preuve est faite.
C’est cette preuve que nous voudrions mettre à la portée de tous. Nous n’avons traité, dans les premiers chapitres, que les questions préliminaires : rapport de l’âme et du corps, coup d’œil sur nos origines, considération sur les moyens ordinaires employés par la Nature, jeu moral des évolutions, logique des réincarnations. Nous parlerons ensuite des moyens de communication spirites et des expériences extrêmement compliquées par lesquelles on a pu établir, et mettre hors de contestation possible, la personnalité des communicants.
Nous prétendons pouvoir affirmer que la croyance à la survie repose, aujourd’hui, sur des connaissances certaines ; si elle dirige l’humanité vers un idéal plus élevé, ce n’est pas une raison pour accuser de mysticisme une philosophie fermement appuyée sur des preuves expérimentales. Le spiritisme est une chose sérieuse qui a, derrière lui, un passé de longues épreuves et une documentation formidable. Il a eu ses explorateurs, ses historiens, ses exégètes et ses philosophes, encore en petit nombre, mais qu’on n’a jamais pu réfuter. Nous espérons qu’ils trouveront des continuateurs dans la génération qui s’élève ; mais qu’ils se gardent de tout enthousiasme, qu’ils n’oublient pas que le spiritisme s’est frayé un chemin parmi les épines. Le néophyte doit s’attendre à rencontrer ce qui fait toujours obstacle aux vérités nouvelles, l’opposition, l’indifférence, l’incrédulité, les sarcasmes et la mauvaise foi. Nous leur rappelons que les hommes, qui sont l’honneur de la science, y ont consacré une vie entière, et ont observé pendant vingt ans et plus avant de se déclarer satisfaits des preuves.
D’autres, plus heureux, ont obtenu des manifestations spontanées de nature à faire leur conviction immédiate, ce sont des exceptions, il s’agit là de manifestations favorisées par des circonstances souvent tragiques, par des affinités spirituelles ou des affections profondes ; dans les séances expérimentales, chacun apporte ses influences, bonnes ou contraires, on se donne souvent une peine inutile. Une recherche basée sur la simple curiosité, la présence de snobs, qui n’assistent que dans l’espoir de poser des questions ou plutôt, des objections pseudo-scientifiques, n’attireront jamais une collaboration de l’au-delà ; les séances nulles tiennent aux mauvaises dispositions, au défaut de la sympathie qui est absolument nécessaire et c’est le cas malheureusement trop fréquent. Là où il n’y a pas un poste récepteur il ne faut pas s’attendre à une communication, il faut un puissant motif pour attirer les esprits sérieux, l’au-delà ne reçoit pas à guichets ouverts. Celui qui prétendra se faire ouvrir les portes sans n’avoir rien étudié, sans avoir été amené là par l’amour le plus pur de la vérité et les plus nobles intentions, frappera en vain ; il peut se comparer à un homme qui se présente à la banque avec un chèque sans provision.

CHAPITRE SECOND
L’HOMME INVISIBLE

La vraie connaissance est de voir toute chose dans l'invisible.

PARACELSE.

L'homme est tellement aveuglé par la vie des sens qu'il ne se voit plus lui-même ; il ne voit pas que ce qui est visible, en lui, n'est que la moindre partie de lui-même, et qu'il vit beaucoup plus, par son activité mentale et sentimentale, que par ses opérations digestives. Ce qui est noble, ce qui est grand, ce qui est beau intéresse beaucoup plus l'humanité que ce qui se boit et ce qui se mange.
Dans son état d'aveuglement, l'homme croit sincèrement que la pensée sort de son cerveau, comme l'urine sort de sa vessie et, sans prendre la peine de s'examiner lui-même, il raisonne à peu près comme une machine qui se flatterait de produire la vapeur parce qu'elle sort de sa cheminée. Cependant l'homme devrait bien voir que la machine elle-même ne fonctionnerait pas si une force ne lui venait de l'invisible. Tout ce qui s'objective à nos yeux, tout ce qui produit un mouvement quelconque, tout ce qui conditionne nos phénomènes, sur le plan physique, a son point de départ dans l'invisible ; et ce point de départ est quelque chose n'a jamais vu… une force.
L'homme est une force invisible, liée à une forme visible ; et, parce que ses yeux sont organisés pour ne voir que la matière, il ne veut pas regarder ce qui n'apparaît qu'aux yeux de l'esprit. Il oublie d'observer la spontanéité qui est en nous, et qui fait que nous sommes une cause parmi les causes ; cause infime, peut-être, mais cause agissante, qui nous rend capable d'ordonner ou de résister dans une certaine mesure.
Si donc je parle, ici, de l'homme invisible, il ne s'agit pas de son corps, mais de cette force initiale qui est en nous et qui est nous, qui veut et qui ordonne, et qui n'a qu'à penser dans ses organes pour se faire obéir. La plus dangereuse des superstitions est de croire que tout sort de la matière, qu'il y a des propriétés de la matière, que la pesanteur est en elle comme une force latente ; c'est parce que le XIXème siècle a eu la superstition de la matière qu'on a cru, à un certain moment, pouvoir se moquer des phénomènes de l'invisible. Mais qui donc, aujourd'hui, avec les connaissances que nous avons sur la propagation des ondes, oserait se moquer de ce qui est invisible ?
L'humanité entière réside dans l'invisible, le peu que nous en voyons n'est rien à côté de ce que nous ne voyons pas ; et, si nos facultés psychiques n'étaient pas actuellement masquées par le rideau que la matière place devant notre vie terrestre, ainsi limitée par nos sens, un nouvel aspect de ce monde invisible se montrerait à nous, avec la même objectivité que celui qui nous entoure. Si donc vous entendez qualifier de surnaturel les faits rares et mystérieux dont nous nous efforçons d'arracher le secret au monde invisible, dites-vous bien que c'est là un reste de cette superstition que le positivisme avait favorisée, au siècle dernier, et prétendu poser comme borne au progrès, en nous interdisant d'étudier ce qui est en dehors du monde visible.
On a même qualifié de miracle ce qui paraissait devoir rester en dehors de nos connaissances. Mais aujourd'hui que nous connaissons les miracles de la science moderne, il n'est plus rien qui puisse s'expliquer par quelqu'une des possibilités que Dieu a mises dans la nature.
La nature ne nous montre que du naturel ; ceux qui repoussent les faits spirites, en tant que surnaturels, font preuve d'une singulière ignorance. Les spirites apportent au monde une révélation magnifique ; elle n'est pas nouvelle, mais ce qui est nouveau c'est d'avoir placé sur le terrain scientifique et expérimental l'étude du mystère et la substance du vieux miracle. On a beau faire la sourde oreille, fermer les yeux, garder le silence, nous assisterons bientôt à une révolution psychique, qui dépassera en importance celle de la découverte du Nouveau-Monde. Nous pourrons impunément dérober le feu du ciel ; Dieu ne nous punit pas pour lire dans le grand livre de la nature ; le jour où les faits ne seront plus méconnus, ni incompris, ce jour-là, ce sera un éblouissement.
Les faits sont là, toujours niés, contestés, bafoués, ridiculisés ou volontairement ignorés ; c'est cet esprit de négation qu'il faut vaincre ; et la tâche ne sera pas facile, car on ne peut pas forcer le sceptique à prendre en considération des documents qu'il dédaigne.
La documentation savante est très riche et très probante, mais elle nécessite une étude sérieuse et, tant qu'on traitera cette question par la plaisanterie, comme on le fait dans la presse et dans certaines conférences, le public ne sera pas initié au côté scientifique de la question spirite. Pour lui cela ne mérite pas l'examen. Mais on n'empêchera pas ceux qui ont vu et touché de crier leur conviction : la matière passe et la vie demeure.
Notre vie est dans l'invisible. Derrière l'homme qui mange, qui boit et qui digère, il y a quelque chose de beaucoup plus noble ; il y a les sentiments élevés que tout le monde admire d'instinct ; nous vivons beaucoup plus de la vie intellectuelle et morale que de la vie matérielle ; par la pensée, beaucoup plus que par les sens.
Les sens limitent nos perceptions, ce sont les bornes de notre domaine personnel ; mais ils mettent un obstacle à notre perception de l'invisible et cependant leur faculté pourrait être beaucoup plus étendue, car il n'y a d'invisible que relativement à nos sens qui pourraient voir beaucoup plus loin. En effet les réalités de l'au-delà sont tout aussi objectives que celles qui s'offrent à la vue, il ne nous manque que l'instrument qui permettrait de les percevoir. Il y a un côté organique et physiologique du corps humain, que nous ne voyons pas. Mais, de même que les ondes hertziennes ou les émanations du radium, peuvent être vues et entendues, grâce au merveilleux progrès des sciences, ainsi cette partie de nous-mêmes qui se prolonge dans l'invisible et qui se présente comme intermédiaire entre la pensée et l'action peut être rendue visible, expérimentalement, dans les séances spirites.
Cependant cela ne suffit pas pour connaître tout l'homme invisible ; derrière les organes il y a toujours cette force mystérieuse qui commande et qui interprète, l'entité psychique, l'âme centrale. Les métapsychistes, qui ont eu l'occasion d'observer que l'être humain pouvait recevoir des informations sans le concours d'aucun des sens que nous connaissons, en ont supposé un sixième ; c'est une hypothèse qui pose fort mal les données du problème, car il n'y a aucun appareil organique qui corresponde à ce sixième sens.
On ne réfléchit pas assez que les sens n'apportent à notre esprit que des signes conventionnels, que, derrière les sens, il y a l'âme qui interprète. Là est l'homme invisible ; l'oreille n'entend que des mots, mais l'homme invisible sait à quelle pensée ces mots correspondent et cette interprétation n'a plus de rapports avec la physiologie, si l'oreille reçoit des vibrations sonores, les sens ne sont pour rien dans la compréhension d'une symphonie musicale ; l'organe est absolument étranger à la vie de l'esprit, comme l'appareil Morse est étranger à la pensée du télégraphiste. Il faut connaître, avoir appris l'alphabet des vibrations, pour comprendre le langage des sens. L'homme invisible comprend ce langage, quel que soit l'organe qui le lui transmette, parce que l'âme elle-même perçoit et interprète et, comme elle ne s'incarne que pour un temps, il faut bien qu'elle ait une faculté spéciale qui lui permette une vie de relation en dehors du corps ; cette faculté, c'est la télépathie. Lors donc que l'on constate que l'être humain, est capable de recevoir des informations sans le concours d'aucun des sens que nous connaissons, il ne s'agit pas d'un sixième sens, il s'agit d'une perception centrale qui est le moyen normal des communications dans l'au-delà.
Seulement il faut bien se garder de croire à l'immatérialité des âmes, de telles âmes seraient un pur néant. Il ne s'agit que d'une immatérialité relative, et il ne faut pas croire, non plus, que cette immatérialité représenterait seulement une densité moindre ; non, elle représente aussi une modalité nouvelle, elle possède une qualité spécifique dont il n'y a pas d'autre exemple dans la nature visible, le pouvoir de se modifier soi-même.
Entre l'âme et son outil il y a quelque chose qui n'est ni la force, ni la matière, mais qui accumule la force et pénètre la matière ; quelque chose dont l'âme est le noyau, et qui est, tout à la fois, un agent dynamique et un élément plastique, c'est une substance idéoplastique. Nous avons, ainsi, trois éléments qui sont nécessaires à l'interprétation des faits spirites : le corps matériel, l'intermédiaire ou Périsprit, et le dynamisme essentiel, l'âme. Le Périsprit est extériorisable, il peut se séparer du corps, mais il est inséparable de l'âme. C'est cette étroite union de l'âme avec son agent dynamique, que nous appelons "Esprit" qui constitue l'homme invisible, lequel préside aux incarnations et aux réincarnations. Le corps que nous voyons est celui qui nous fait illusion et qui n'a pas d'autre utilité que de nous permettre d'entrer en rapport avec l'homme terrestre. Si vous comprenez bien ceci, vous sauriez que, dès à présent, notre vraie vie est dans l'au-delà, car notre pensée ne peut pas sortir de nous-mêmes, elle n'a de sens que pour nous-mêmes, nous sommes obligés de la matérialiser, c'est-à-dire de lui créer un corps, de l'incarner dans les mots qu'exprime la parole ou l'écriture, pour que d'autres puissent en prendre connaissance. Ainsi, dès à présent, l'essentiel de nous-mêmes vit et agit dans l'invisible ; et si vous détruisez mes organes, cela m'empêcherait de parler ou d'écrire, mais cela ne détruirait pas mon activité pensante.
Le magnétiseur agit sur cette partie invisible de l'homme et le corps devient inerte. Carl du Prel, le plus scientifique des observateurs en la matière, nous apprend que : … « Le corps astral extériorisé ne constitue pas seulement le conducteur d'une force motrice, mais qu'il est aussi celui de la force vitale, de la forme formative, de la sensibilité et de la conscience. »
Il peut donc exister indépendamment du corps matériel et séparé de lui, en d'autres termes il est immortel, ce qui sera certainement prouvé expérimentalement en suivant les voies ouvertes par De Rochas. Les actions produites par le corps astral pendant la vie terrestre de l'homme chez les somnambules et chez les médiums doivent donc être identiques à celles du corps astral définitivement extériorisé par la mort. Les phénomènes qu'on observe dans les séances spirites peuvent donc avoir une double source, les médiums et les esprits, et une foule d'observations ont prouvé que les esprits opèrent par le moyen de forces qui fusionnent avec celles du médium en une résultante bien homogène.
Les expérimentateurs ne devraient jamais perdre de vue cette double source et ce fusionnement ; ce que ne font pas les spirites trop crédules, qui attribuent tout aux médiums.
Dans le corps ou en dehors du corps, la faculté psychique est toujours la même ; c'est pourquoi, si nous pouvons mettre un sujet en dehors du corps ou le distraire momentanément de ses organes, nous pourrons dire qu'il est possible d'étudier l'au-delà sur le modèle vivant. C'est ce qu'a fait M. le Colonel De Rochas en prouvant que les facultés motrices ou sensibles pouvaient s'extérioriser.
Il y a de belle expérience à faire avec l'être incarné, parce que le médium extériorisé devient semblable et presque identique à un habitant de l'au-delà et que, dans cet état, un sens nouveau apparaît, qui le met en rapport avec les choses mystérieuses de l'au-delà. Mais l'au-delà est un monde bien difficile à explorer parce qu'on ne comprend généralement pas qu'il commence aux régions inférieures de la subconscience pour s'élever graduellement jusqu'aux plus hautes demeures de l'intelligence.
Dans ce domaine le sens nouveau, la télépathie, joue un rôle qui, théoriquement, permettrait la communication de pensée entre tous les êtres. Pratiquement il n'en est pas ainsi, parce que le dynamisme personnel de chaque individu conscient ne peut agir que dans un rayon restreint ; mais certaines interférences peuvent se produire et elles expliquent l'intervention des esprits aussi bien que la suggestion des magnétiseurs.
La télépathie, a écrit Flammarion, ne peut plus être niée. « L'action d'un être sur un autre à distance est un fait scientifique aussi certain que l'existence de Paris, de Napoléon, de l'oxygène ou de Sirius. »
En effet il est parfaitement acquis, expérimenté et démontré, qu'un agent, sujet actif, peut objectiver une image que le percipient, sujet passif, pourra interpréter ou reproduire sur une feuille de papier en faisant, de l'objet tracé hors de sa vue, un dessin fidèle. Il est prouvé qu'il existe des cas spontanés ou l'accident, survenu à une personne, a été ressenti, à distance, par une autre personne en rapport sympathique. Ce sont là des faits classiques, dont il y a une quantité d'exemples, confirmés par les enquêtes les plus sérieuses.
Les premiers magnétiseurs, au début, n'avaient vu dans ces correspondances magnétiques, qu'un nouveau moyen de guérir ; mais Puységur devait découvrir le somnambulisme, et c'est alors qu'apparurent les merveilleuses facultés de clairvoyance, de lecture à travers les corps opaques, de lucidités lointaines, etc., et ils eurent la surprise de voir apparaître les premières communications de l'au-delà.
Ces expériences sont répétées de nos jours et elles arrivent à démontrer que l'âme dégagée du corps, même chez l'être vivant, possède des facultés qui lui sont propres et ce sont ces facultés qui, indépendantes des sens, sont appelées à résoudre le problème de la communication spirite. Sir Olivier Lodge pense qu'en associant l'éther à notre hypothèse d'une force psychique, les transmissions d'images s'expliqueraient assez naturellement par des vibrations analogues à celles des ondes électromagnétiques.
Ainsi le spiritisme fait rentrer l'au-delà dans le cadre de la nature ; pour lui, ce n'est plus le ciel avec ses anges, c'est tout simplement la vie au-delà de nos organes. L'au-delà existe pour l'animal, pour l'insecte, pour la plante, aussi bien que pour l'homme. La plante y puise sa vie dans le magnétisme solaire, l'insecte y puise ses instincts, l'homme y puise ses inspirations, sa conscience morale, son dynamisme vital et ses facultés intellectuelles dans la mesure de son rayon ; c'est-à-dire de ses correspondances plus ou moins étendues avec l'invisible.
La télépathie n'est probablement pas autre chose qu'une fonction de l'Univers vivant. On pourrait la définir : une fonction du dynamisme conscient, étendue à tous les êtres, et permettant la circulation des idées.
Le problème ainsi posé ou plutôt, l'hypothèse étant acceptée, nous aurions un au-delà à plusieurs étages, en bas le mécanisme psychique des entités cellulaires, en haut les belles communications si souvent constatées, avant la mort, autour de la mort et après la mort. Nous ne serions plus choqués des contradictions apparentes dues à des interférences, à la fusion et aux confusions possibles des courants télépathiques, dans les régions inférieures de notre conscience moyenne.
On ne saurait trop insister sur ce point que les centres organiques, depuis le cerveau jusqu'à la simple cellule nerveuse, sont en même temps des centres psychiques, que leur action psychique dépend de l'invisible, qu'elle est distincte du mouvement physiologique qu'elle provoque. Cela est si vrai que le grand physiologiste, Claude Bernard, n'a pu expliquer l'automatisme des centres nerveux qu'en s'appuyant ou plutôt, en s'appropriant la théorie polyzoïste (c'est-à-dire poly-animique) de Durand De Gros, qu'il dénatura en supposant une intelligence inconsciente latente dans l'organisme. Ecoutez son discours de réception à l'Académie Française : « Chaque fonction du corps possède ainsi son centre nerveux spécial, véritable cerveau inférieur, dont la complexité correspond à celle de la fonction elle-même. Ce sont là des centres organiques… Chez les animaux inférieurs, ces centres inconscients constituent seuls le système nerveux. » Et, arrivé à l'instinct, il conclut : «… Il y a donc des intelligences innées ; on les désigne sous le nom d'instinct. »
Ainsi voilà une inconscience intelligente et qui est latente dans l'organisme !!! Malgré tout le respect dû à Claude Bernard, lorsqu'on lit ces choses-là à la tête reposée, on est bien obligé de convenir que ceci est un galimatias. Et tout cela pour arriver à priver l'âme de toute conscience, à lui supposer une source latente dans l'organisme, ce qui équivaut à supposer latent dans l'appareil le contenu d'un message télégraphique.
Car enfin l'inconscient n'est rien, qu'une abstraction de forme négative. Il est impossible d'attribuer une fonction à l'inconscient, ce serait comme si on attribuait un mouvement à l'insensibilité. L'inconscience, si elle existait en dehors du néant, ce serait l'insensibilité psychique.
Donc l'instinct, lui-même a une sensibilité qui lui permet d'obéir à la suggestion venue d'ailleurs, l'instinct n'agit qu'en fonction du dynamisme intelligent qui embrasse tout ce qui vit et dont nous sommes inconscients. Une action coordonnée, et tendant à un but lointain, exige une conscience quelque part. Les prétendus centres organiques de Claude Bernard sont des centres psychiques et leur attribuer, tout à la fois, l'intelligence et l'inconscience est une absurdité, car il est impossible d'écarter le facteur psychique du mouvement physiologique. C'est l'âme qui possède le corps et non le corps qui agit sur l'âme. Rougir de honte et pâlir d'effroi sont des mouvements provoqués par une simple idée, et qui se communique de cellule à cellule comme les follicules d'une sensitive, qui se transmettent, les unes aux autres, l'impression reçue par la première atteinte.
Si les centres organiques sont des centres psychiques, ils peuvent communiquer entre eux télépathiquement, de la même façon que la transmission de pensée, opère, d'âme à âme, entre vivants sans le secours des sens. Les physiologistes nous disent qu'on ne conçoit pas la pensée fonctionnant en dehors du cerveau ; c'est parce qu'ils ne regardent que l'homme visible et qu'ils ne tiennent aucun compte du corps éthérique, qui la doublure du corps visible et qui est le véritable conducteur de la force motrice, l'armature des formes organiques, dont il peut se séparer, mais qui, toujours uni à l'âme, est le véritable siège de la conscience et de la sensibilité. Les expérimentateurs psychiques, Kerner, Reichenbach, De Rochas ont réalisé cette séparation de l'âme et du corps, qui se traduit par l'insensibilité et l'inertie du corps matériel. Ce sont ces états d'extériorisation qui ont permis de faire du spiritisme une étude tout à fait objective, formant un chapitre nouveau de la science positive expérimentale.
Quelques personnes s'étonneront peut-être d'apprendre que le spiritisme est scientifique ; il l'est devenu entre les mains des hommes de science qui, encore en trop petit nombre, l'ont examiné sur toutes ses faces. Désormais, nous pouvons expérimenter sur l'homme vivant et, grâce à la lucidité des somnambules, apprendre beaucoup de choses sur l'au-delà. Nous faisons table rase des vieilles idées sur la spiritualité pure, pour revenir à l'affirmation de Platon que l'âme a toujours un corps.
Le corps visible, qui illusionne le commun des mortels, n'est que la doublure extérieure du corps éthérique, que l'œil ne voit pas ; nous sommes sous sa dépendance parce qu'il est nécessaire à notre apprentissage ; sans lui, toute relation serait impossible sur la terre. Les organes sont les outils indispensables à un travail manuel, la parole et l'écriture ne sont que les matérialisations de notre pensée, laquelle s'élabore dans l'invisible ; et, de même qu'on peut détruire un livre sans arrêter la vie intellectuelle de l'auteur, on peut briser notre instrument de relation sans arrêter le mouvement psychique.
La science officielle, qui est toujours reconnue incapable d'expliquer comment le mouvement des organes peut répondre à un acte de la volonté, trouvera une explication de ce rapport dans le corps psychique. La télépathie aidant, il n'aura plus d'absurdité à supposer possible une communication entre l'habitant de la terre et celui de l'au-delà, puisque celui-ci diffère de celui-là que par la privation d'organes que l'expérience a prouvé n'être d'aucune utilité pour la transmission de la pensée à distance. Mais est-il besoin de tant discourir ? N'est-il pas évident que toute force vient de l'invisible ? Il en est de même pour la vie consciente et intelligente.
Si la vie sort de l'invisible, comme les mondes, c'est que, comme eux, elle est une matérialisation lente. Sous l'éternelle poussée d'un dynamisme mystérieux elle se met en mouvement et elle évolue. En présence de la science moderne qui, chaque jour, recule les bornes de notre savoir, les physiologistes ont encore, de la vie, une conception mesquine.
Et lorsqu'il s'agit d'interpréter les phénomènes les plus transcendants de la phénoménologie spirite, c'est pitié de voir des hommes de science prétendre qu'il faut étudier les facultés normales de l'homme avant d'admettre le surnaturel. Comme si on pouvait faire une différence entre les facultés de l'homme incarné ou désincarné !
Dans cet ordre d'idée les métapsychistes tournent dans un cercle vicieux, voulant à tout prix attribuer aux facultés du médium les connaissances qui lui viennent de l'au-delà et, de cette façon, évitent un problème qu'ils ne veulent pas aborder. On arrive ainsi à nier la correspondance avec les disparus en donnant la clairvoyance à tout sujet une extension impossible ; un pouvoir illimité de puiser dans la mémoire de n'importe qui, à n'importe quelle distance, les éléments qui lui permettraient de représenter la personne disparue en jouant une comédie toujours mensongère. Nous verrons dans la suite, les expériences qui rendent cette explication ridicule, pour le moment je me contente de signaler cet entêtement qui consiste à vouloir faire sortir de l'organisme humain incarné des manifestations qui ont certainement une autre origine. C'est un visible parti pris de vouloir toujours regarder en bas pour attribuer toute activité psychique à la physiologie pure ; vouloir faire sortir l'intelligence de la matière ; le feu d'un caillou ; la lumière, de la chandelle ; et la vie, d'un premier germe.
Il suffit pourtant, de regarder ce que nous sommes, et la planète que nous habitons, pour comprendre que les sources de la vie sont plus lointaines, que l'infini nous écrase, que la marche ascendante de l'humanité est fonction de l'évolution planétaire et que cette évolution ne s'arrête pas à la bête humaine. Depuis des siècles que la vie s'élève nous commençons seulement à entrevoir la magnificence du but ; supposer que tout cela reposait, à l'état latent, dans la substance d'un composé chimique est une hypothèse plus mesquine que celle qui, autrefois faisait de notre misérable planète l'objet unique de la création. L'Astronomie a prodigieusement agrandi l'œuvre du créateur ; aucun effort d'imagination ne pourrait aujourd'hui nous représenter l'étendue du monde créé. Le soleil est un million de fois plus gros que la terre, mis à côté d'une étoile de moyenne grandeur, il ne vaut pas une allumette chimique. Il faudrait six cent mille milliards de soleils comme lui, pour créer une masse de la grosseur de Bételgeuse, la fameuse étoile d'Orion qui n'est, elle-même qu'un point dans l'infini.
Et l'insecte humain, né d'hier, qui grouille encore dans les bas-fonds de notre planète obscure, n'ose pas lever les yeux. Il cherche, dans une matière sans âme, le moyen d'expliquer chimiquement l'origine de la force créatrice qui génère éternellement la vie des mondes. Miserere ei Domine !!

CHAPITRE III
LE SPIRITISME EST UNE SCIENCE

J'avoue que je suis surpris et peiné de la timidité ou de l'apathie que montrent les hommes de science en présence de ces faits.

WILLIAM CROOKES.

Le spiritisme tend à prouver, par la voie expérimentale, c'est-à-dire en s'appuyant uniquement sur les faits, la réalité de la survie.
Son but est donc le même que celui des religions, sa méthode diffère, puisqu'elle est indépendante du mysticisme.
L'ignorance générale et l'injustice de l'opinion, à son égard, sont assez incompréhensible, étant donné les études si nombreuses, publiées par des hommes de science, qui auraient dû secouer l'apathie des intellectuels ; aujourd'hui on daube un peu trop sur le côté faible du spiritisme et contre son côté vraiment scientifique on semble faire la conspiration du silence.
La doctrine philosophique, la plus belle et la plus satisfaisante qui n'ait jamais été proposée au monde, est encore peu connue et incomprise. Si une discussion s'élève au sujet de la survivance, il semble qu'on n'ait aucune connaissance de l'état actuel de la question, on répond comme si les faits n'existaient pas, comme si nos preuves n'étaient pas des preuves, on les ignore, ce qui est un moyen facile de tourner l'obstacle.
Certains auteurs ont écrit des livres entiers pour nous prouver que le corps meurt ; ils n'ont pas de peine à faire l'évidence et, imperturbablement, ils poursuivent leur démonstration si les faits métapsychiques n'existaient pas ; on demeure stupéfait que ces apôtres du néantisme ne se donnent même pas la peine de faire allusion aux arguments scientifiques du spiritualisme moderne.
Poser le problème de la survie, c'est poser la question spirite, puisque la démonstration de la survivance est le but limité auquel s'applique la recherche spirite. Cette question a été posée, il y a peu d'années, à ce qu'on appelle l'élite intellectuelle, par le journal Comœdia. Les réponses des correspondants étaient brutales, tranchantes, humoristiques, aucune ne tendait à réfuter nos preuves, presque toutes témoignaient d'une ignorance complète des études métapsychiques .
L'un d'eux répond : « Ni l'expérience ni la raison ne nous fournissent le moindre indice sur la possibilité de la survie. J'entends bien que ceux qui l'affirment méprisent la raison, … j'attends qu'ils me prouvent raisonnablement l'absurdité de la raison. » Un autre ne croit pas à la survie parce que : « Vivre toute l'éternité avec les personnes qui nous ont ennuyé sur la terre… Quel malheur ». Pour se contenter d'une pareille objection il faut n'avoir jamais lu un livre de philosophie spiritualiste. D'autres sortent de la question, comme Claude Farrère qui se rallie à l'opinion de Confucius : « Quand je saurai ce que c'est que la vie, je m'occuperais de savoir ce que c'est que la mort ». Mais il n'est pas besoin de savoir ce que c'est que la vie pour constater que je suis vivant, je puis faire la même constatation pour les décédés.
D'autres semblent croire que nous n'avons pas d'autre point d'appui que la révélation des fantômes, beaucoup prennent leurs désirs pour des raisons suffisantes. Mme Rachilde n'y croit pas parce que si elle était menacée de survivre çà la rendrait malade. D'autres à cause des massacres inutiles de 1914-1918. Ceci mérite une réplique : il n'y a que la survie qui explique l'indifférence de la nature à l'égard de ce que nous appelons la mort. M. Paul Souday n'y croit pas parce que ceux qui y croient n'en apportent aucune preuve. Réponse de journaliste parlant de ce qu'il ignore. C'est ainsi que M. Clément Vautel croit que le « Spiritisme est une religion, la dernière en date ».
Comme on le voit, les réponses ne sont pas brillantes du côté des incrédules, les seules raisonnables sont celles des physiologistes, dont la croyance est motivée par le fait qu'il leur paraît impossible qu'une conscience puisse subsister sans le cerveau. Cet argument qui a l'air de s'appuyer sur quelque chose s'appuie, en réalité, sur l'inconnu, car personne ne peut affirmer que le cerveau soit autre chose qu'un instrument d'exécution, sur lequel agit la pensée.
Pour les catholiques, l'agnosticisme est un devoir, la plupart croient parce qu'ils croient tout ce que la Sainte Eglise catholique, apostolique et romaine. Si, avec cela, leur conscience est en repos ils n'ont pas besoin d'en savoir plus long ; mais il en est d'autres pour qui les théologiens ont tellement abîmé la religion qu'ils éprouvent le besoin de recourir aux faits et de s'appuyer sur les phénomènes qui firent la croyance des premiers chrétiens et les Pères de l'Eglise. Il faut noter l'exception de l'abbé Moreux qui croit que la survie de l'âme est aussi bien démontrée que les vérités les mieux assises de la science.
Toutefois il évite de parler du corps spirituel qui est, pour les spirites, l'objet le plus précieux d'expérimentation. « L'âme ne saurait subsister dans l'espace sans une forme qui l'individualise », a écrit Gabriel Delanne avec tous les spirites.
L'enquête s'est adressée à quelques spiritualistes indépendants. Mme Juliette Adam répond : « j'ai reçu des preuves telles qu'il est impossible d'en discuter la valeur ; je crois parce que j'ai vu. Ce qui est la meilleure des raisons. »
Ceux qui ont vu, savent ; savoir est mieux que de croire. De la part d'autres croyants indépendants il y a encore des arguments philosophiques très sérieux, et qui sont à peu près ceux du spiritisme. Mais le reste est lamentable. M. Van Dongen croit à la survie parce que çà fait plaisir à tant de gens ! D'autres promettent d'envoyer la réponse quand ils seront morts, au moyen de la table tournante. Enfin l'enquêteur, M. Pierre Borel, pour conclure, assainit l'atmosphère en évoquant le souvenir de ses conversations avec C. Flammarion. Celui-ci disait : « La mort n'existe pas ; elle n'est qu'une évolution ; l'être humain survit à l'heure suprême, laquelle n'est pas du tout l'heure dernière. Mors janua vitœ, la mort est la porte de la vie. »
Voilà la vraie conclusion à laquelle arrive le spiritisme ; en s'appuyant sur des faits, sur des témoignages et sur des expériences. Ce n'est pas en prenant un fait isolément, mais c'est en s'appuyant sur un grand nombre de faits et sur un grand nombre de preuves concordantes, que le spiritisme arrive à se maintenir dans une voie vraiment scientifique, car, chose ordinairement ignorée du vulgaire, aucun fait spirite n'est en contradiction avec la science.
Il n'y a aucune raison de nier un fait qui n'est pas encore expliqué, et il n'est pas non plus nécessaire de l'expliquer avant d'en tirer les conséquences logiques. On constate la télépathie et on ne l'explique pas ; mais on en tire cette conséquence que de ce fait la vieille physiologie classique va se trouver aux prises avec les plus grandes difficultés. Le XIXème siècle disait : « La télépathie n'existe pas, parce que cela est impossible » ; le XXème siècle a répondu : « Je l'ai vu, je ne l'explique pas encore. » Ne nous laissons donc pas arrêter dans nos recherches par le snobisme scientifique qui, lorsqu'il ne veut pas être convaincu, montre des exigences auxquelles il n'est pas toujours possible de satisfaire. Quand on peut dire : « Je l'ai vu », c'est souvent la meilleure des preuves. C'est pourquoi la constatation empirique a le droit de se présenter avant l'interprétation scientifique qui nous sera refusée tant que la science dira : « C'est impossible. »
Nous ne nous croyons pas en droit de nier ce que les témoins de valeur affirment avoir vu, quand il s'agit d'un fait simple et facile à constater ; nous ne nous croyons pas en droit de contester la valeur des enquêtes qui sont confirmées par des témoignages multiples et dans des conditions suffisantes pour établir une certitude morale. Car il y a des certitudes morales qui valent bien les certitudes scientifiques, surtout lorsque ces certitudes scientifiques s'affirment sur une négation telle que « cela est impossible. » L'illogisme est ici flagrant. Nous n'essaierons donc pas de faire les preuves de la présence réelle de tel ou tel esprit, nous commencerons par prouver que l'objectivité d'un fantôme n'est pas une chose impossible ; c'est pour cela que les spirites se sont donnés une peine inouïe pour organiser des séances expérimentales où, soit par l'hypnose, soit par la matérialisation, ils ont montré jusqu'à l'évidence que l'homme vivant possède un corps fluidique extériorisable, ce qui est une réponse à l'objection d'impossibilité.
L'extériorisation la plus rudimentaire, la moindre manifestation ectoplasmique, devient alors une certitude empiriquement obtenue. Mais il n'y a pas de certitude scientifique, car le sceptique prétend alors limiter son observation à un fait pris isolément. Il dira, par exemple : « J'ai bien vu un ectoplasme mais il n'y avait pas d'esprit là dedans. » Ce qui est allé beaucoup trop vite dans les conclusions.
Il ne faut pas non plus se retrancher derrière les objections de sentiment comme le faisait dernièrement un bon ecclésiastique s'écriant : « On ne me fera pas croire que mon âme immortelle soit associée à cette chose visqueuse qu'est l'ectoplasme ! » A quoi un spirite belge, M. Clément De Saint-Marcq, faisait cette forte réponse : « Le pauvre Monsieur ! Il n'a évidemment jamais pensé à quoi s'était associée son âme immortelle au moment où ses parents lui donnaient naissance. »
Bref aucun argument n'est opposable à un fait constaté empiriquement ; si la science veut s'en occuper, elle n'a qu'un droit, c'est de chercher à l'expliquer si elle le peut, mais elle n'est pas mieux qualifiée que qui que ce soit pour dire : « Cela n'est pas. »
Le meilleur moyen de savoir s'il y a survie, c'est qu'un survivant vienne lui-même nous en rapporter la preuve. Si c'est impossible cela n'arrivera jamais. Or c'est arrivé, pas très souvent, assez pourtant pour qu'il ait affirmé en tous les temps et en tous les lieux, de sorte que nous pouvons dire que le fait a été constaté historiquement, empiriquement et expérimentalement.
Dans tous les temps les phénomènes spirites, les apparitions spontanées ou provoquées, ont eu des témoins dignes de foi et c'est sur eux que se sont appuyées les religions. Samuel apparaît au roi Saül, Moïse et Elie sont évoqués devant les apôtres.
A l'annonce de la résurrection de Jésus, les apparitions se multiplièrent ; c'était un phénomène connu des apôtres qui n'avaient pas vu, dans les premières manifestations du Christ, un phénomène transcendant, puisqu'ils se disaient entre eux : « Ce n'est qu'un esprit. » Et Saint-Paul, prenant les apparitions comme une simple preuve de la survie ne fait pas de distinction entre ce qu'il appelle la résurrection de Jésus et la résurrection des morts. « Si les morts ne ressuscitent pas, Jésus Christ n'est pas ressuscité ; et si le Christ n'est pas ressuscité, notre prédication est vaine et votre foi est vaine aussi. » (1 Cor. XV 13.) La foi n'a donc pas de base plus certaine que l'apparition d'une personne décédée.
Faut-il rappeler que des faits de cette nature abondent dans l'histoire ancienne, nous avons sur ce sujet des narrations de Platon, de Valère-Maxime, Pausanias, Aristote, Tite-Live, Suétone, Pline, Plutarque, Tacite, etc. L'ombre de Thésée apparaît à Marathon et Pausanias nous dit que, quatre cent ans plus tard, le champ de bataille était encore hanté par les ombres. Les fantômes de Brutus, de César, de Cassius sont classiques. Le palais de Caligula était hanté, le spectre d'Agrippine poursuivait Néron, Caracalla était tourmenté par ceux de son père et de son frère.
Un temple avait été élevé à Rome à la mémoire de Castor et Pollux, en souvenir des apparitions de ces deux héros, vues de tout le peuple romain, en plusieurs circonstances, entre autre à la bataille du lac Régille ; les inscriptions gravées en font foi et, ce qui est remarquable, c'est qu'à l'occasion des fêtes commémoratives de cet événement, chacun évoquait ses pénates et beaucoup de familles avaient des communications avec leurs morts.
Mais c'est surtout chez les premiers chrétiens que, si nous en croyons les Pères de l'Eglise, les apparitions étaient fréquentes. Saint Jean-Chrysostome, Saint Augustin, Clément d'Alexandrie, Grégoire de Nysse, Saint Jérôme croient aux apparitions et Origène nous dit qu'il a vu de telle chose et en si grand nombre, qu'il aime mieux les taire que de les exposer à la risée des incroyants. Saint Martin évoque souvent les morts et lui-même apparaît, après son décès à Saint Séverin, à Saint Ambroise et à tous ses frères. Au temps des persécutions, l'histoire des martyrs nous apprend que beaucoup de conversions étaient dues aux apparitions.
On me dira certainement qu'on ne peut pas s'appuyer sur des faits qui sont presque entrés dans la légende ; cela est vrai pour chaque fait en particulier, mais tous les faits ne sont pas légendaires, et c'est à la suite de faits observés que les apparitions sont entrées dans l'histoire. D'ailleurs ils se continuent et à mesure qu'ils se rapprochent de nous ils deviennent de moins en moins douteux.
L'histoire des saints contient tant de récits concernant les apparitions qu'il n'est pas possible de les récuser entièrement ; et, aujourd'hui encore, les couvents sont assez fréquemment le théâtre de manifestations que les semaines religieuses attribuent aux âmes du purgatoire. Il en est d'autres qui se produisent dans les familles et qu'on ne s'est jamais avisé de publier. Les historiens ne nous ont conservé que celles qui se produisaient dans les cours d'Europe et autour des grands personnages.
Les familles royales avaient leurs fantômes avertisseurs de morts, leurs dames blanches ou vertes. Le fils de Philippe IV, en Espagne, revenait du purgatoire ; Catherine de Médicis et Charles IX étaient tourmentés par des apparitions, un fantôme annonçait sa mort à Henri II de Montmorency, on en a vu d'autres sous Louis XIII, sous Louis XIV, sous Louis XV et sous la Révolution.
Mais nous avons beaucoup mieux aujourd'hui que l'on peut poursuivre des enquêtes dans les familles et connaître les faits exceptionnels qui se produisent dans l'intimité et autour des lits de mort ; ce sont des faits spontanés que l'on cachait avec soin, parce qu'il ne faisait pas bon de les livrer aux inquisiteurs. La grande guerre nous en fourni un certain nombre et sur ce sujet la littérature pieuse n'était pas en retard, car on a publié six volumes des manifestations de la petite sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus où les apparitions jouent un grand rôle. S'il faut en croire les témoins elles étaient parfaitement objectives, c'est-à-dire matérielles. La petite sainte touchait les malades, enlevait leurs pansements, remontait les couvertures sur les épaules. Elle faisait des apports, donnait de l'argent, remplissait le porte-monnaie d'une pauvre veuve sans ressources. On dira évidemment que la confirmation scientifique fait, ici, totalement défaut, mais un point est acquis, et il a une grande importance ; après la publication de ces six volumes, le spiritisme est délivré d'une objection qu'on lui faisait souvent dans les milieux bien pensants. On ne dira plus que, lorsqu'on est au ciel, il est impossible de quitter ses occupations célestes pour agir matériellement sur notre misérable terre.
D'ailleurs cette affirmation était contraire à l'enseignement des Pères de l'Eglise qui, tous, nous disent que l'esprit séparé du corps peut apparaître aux vivants.
A l'objection du défaut de preuves scientifiques je réponds qu'un certain ordre de faits qui apparaissent constamment dans l'histoire ont une valeur en tant que constatation empirique !
Vous n'y croyez pas, et comprenons votre incrédulité ; seulement vous nous dites : « Cela n'est pas parce que je sais que cela est impossible. » Eh bien ! C'est ici que nous allons vous répondre. « Le Spiritisme va devenir expérimental, et il va vous prouver que cela n'est pas impossible. »
En effet, si nous arrivons à détacher de l'homme vivant, le corps éthérique dont chacun de nous est pourvu ; et si nous pouvons, avec lui, produire le fantôme visible dont il est question dans l'histoire, nous aurons démontré, par l'expérience, qu'il n'y a pas d'impossibilité à ce que ce corps éthérique jouisse d'une vie indépendante.
Nous ne pouvons pas évoquer les esprits expérimentalement ; parce qu'ils n'entendent pas d'autres appels qu'une mutuelle sympathie, une affinité psychique ou une émotion intense. C'est dans l'homme vivant qu'il faut étudier le Spiritisme, c'est en lui qu'il faut découvrir le mécanisme qui expliquera le rapport entre les êtres sans l'intermédiaire des sens, c'est-à-dire un monde de transmission directe entre les âmes, car nous n'avons pas à faire de différence entre la propriété psychique de l'être vivant ou de l'homme désincarné, le mécanisme animique n'est pas de nature physique, il faut le chercher en dehors de la physiologie normale et pour cela le magnétisme et l'hypnose sont de précieux moyens d'observation. M. le Colonel De Rochas a étudié les profonds états de l'hypnose et l'extériorisation de la sensibilité ; il a parfaitement démontré que dans l'état somnambulique, le corps éthérique extériorisé conservait sa sensibilité, ce qui prouve que le principe essentiel de la vie peut se détacher du corps et qu'il est indépendant de nos organes.
Et pourtant ce n'est pas l'âme que M. De Rochas a extériorisé, l'âme appartient et dépend d'un milieu éthérique que nous ne pouvons pas localiser. Ce que M. De Rochas a extériorisé, c'est l'agent conducteur qui relie l'esprit à la matière, qui établit la liaison entre l'âme et les cinq sens dont celle-ci peut parfaitement se passer.
Ce n'est pas le cerveau qui pense, c'est le dynamisme psychique qui détermine les vibrations du cerveau parce que l'esprit a besoin de lui pour correspondre avec les cinq sens et pour effectuer la contraction musculaire, mais l'âme peut se passer de tout cela, elle peut vivre de pensée pure et la transmission de pensée n'emprunte aucune voie sensorielle pour se communiquer. La télépathie agit directement soit sur le cerveau, soit sur les organismes inférieurs d'une personne étrangère ; et il s'agit, là, d'expériences qui été faites sur l'homme vivant, dont il n'est plus permis de douter. Pour faire comprendre les effets de la télépathie et son mécanisme, disons tout de suite que, chez le sensitif conscient, l'image transmise par une volonté étrangère, dès qu'elle est perçue, donne l'illusion de la réalité ; tandis que dans les organes inférieurs, l'idée égale l'action (mécanisme inconscient, automatisme).
Ici une remarque importante est nécessaire. Il y a deux sortes d'apparitions, celle qui est provoquée par la pensée est parfaitement irréelle, elle n'occupe aucune place dans l'espace, c'est le sens interne du sensitif qui transforme en vision objective une idée transmise. L'autre, qui est matérielle, est due à l'extériorisation du corps éthérique ordinairement invisible, renforcé pour la circonstance d'un élément plus ou moins dense qui lui confère la visibilité.
Ces deux formes d'apparition ont été constatées sur l'homme vivant, mais elles seraient également à la portée d'un esprit qui aurait quitté son corps, puisqu'il s'agit d'un phénomène extra-physiologique. Une autre preuve de la réalité du fantôme nous est donnée par observation directe, dans les cas assez rares où une personne se dédouble accidentellement, à la vue de toute personne présente.
Comme on le voit, il n'y a là aucune hypothèse, il s'agit de faits constatés empiriquement ; voici donc écartée l'objection d'impossibilité. Il est possible que des personnes ayant vécu sur la terre usent des pouvoirs que nous avons si bien constatés dans l'homme vivant et, par ce moyen, nous prouvent la continuité de leur vie consciente. Mais pour atteindre ce but, les apparitions ne nous sont pas d'un grand secours, elles ne parlent pas, elles sont souvent inconscientes et semblent n'intervenir que dans un but limité. Il n'en est pas de même pour la possibilité qu'ont les êtres vivants de provoquer l'automatisme. En déposant dans les profondeurs ignorées de la subconscience l'ordre d'écrire au réveil, un magnétiseur imposera à son sujet la reproduction automatique de la phrase qu'il aura dictée. Mais un médium offre la même possibilité à une entité de l'au-delà ; et cette suggestion imposée à un organe secondaire, sans participation de la volonté, a l'avantage de ne pas permettre au médium une interprétation fantaisiste ; l'écriture mécanique reproduit textuellement l'expression verbale imposée par le communicant.
On obtient de la sorte des choses bien différentes ; ce sont, quelquefois, des incohérences et des absurdités, cela dépend de la source des automatismes et de la qualité des médiumnités ; mais on obtient aussi des résultats admirables, tel que la production d'un chef-d'œuvre littéraire par la main d'un illettré ou bien, du grec et du chinois par un médium qui n'a jamais connu que le français. Enfin on obtient des preuves d'identité d'une netteté tout à fait surprenante.
Nous trouvons encore une preuve de l'indépendance relative de l'âme dans le fait qu'elle peut agir sur l'appareil de son choix. Si elle ne trouve pas, dans la médiumnité automatique, la possibilité d'écrire elle peut, après de vaines tentatives, s'adresser au sens visuel, le sujet verra alors s'objectiver devant ses yeux les caractères grecs ou chinois, dans ce cas il n'écrit plus automatiquement ; il copie, plus ou moins correctement, les signes graphiques qu'on lui présente. Le communicant peut aussi faire entendre des sons, ce sont là des hallucinations visuelles et auditives que le sujet perçoit consciemment. Mais l'agent peut encore recourir à l'expression verbale en s'adressant aux organes vocaux ; dans ces cas-là, c'est encore l'automatisme et tous les centres moteurs peuvent être ainsi influencés par une volonté étrangère, qui utilise un appareil qui ne lui appartient pas, pour faire écrire, parler, chanter, jouer du piano dessiner ou mouvoir la planchette quand elle préfère ce mode de communication. En un mot la médiumnité s'adresse à tous les sens, indifféremment, et cela s'observe sur l'homme vivant ; c'est-à-dire quand l'agent qui suggestionne, et l'exécutant qui répète, sont tous les deux des personnes en chair et en os. Ce qui rend tout à fait vraisemblable le phénomène spirite, qui n'est que la répétition de ce genre de suggestion qui provoque le mouvement des organes.
Voilà le cadre dans lequel peuvent s'enfermer les manifestations de toute nature ; de la subconscience, du somnambulisme, de la suggestion hypnotique, de l'animisme et du spiritisme. Seules, les manifestations intellectuelles de l'ordre le p1us élevé pourront être attribuées au spiritisme, quand il n'y aura pas moyen de leur trouver une autre explication.
Or, il est manifeste, pour quiconque s'est donné la peine d'étudier la phénoménologie dans sa totalité, que les hautes manifestations trouvent, dans le spiritisme, leur explication la plus raisonnable ; et que les efforts faits dans un autre sens, par les sceptiques, les ont conduits à des hypothèses extravagantes et visiblement inspirées par le désir de ne pas croire.

CHAPITRE IV
PHILOSOPHIE DES SIMPLES

La science naturelle ne peut jamais remplacer la philosophie, puisqu'elle n'étudie que ce qui tombe sous les sens.

CARL DU PREL.

Etant donné que la science ne sait rien des origines de la vie, sachant, aussi, que toutes les forces connues sont des forces cosmiques, c'est-à-dire universelles, il est inconcevable que certains biologistes aient cru pouvoir trouver le germe de la vie dans la substance physico-chimique d'un protozoaire. Je crois que ce qui fausse le jugement, en cette matière, c'est le spectacle de la nature qui ne nous montre que l'envers des choses. L'homme a tendance à prendre les effets pour les causes ; on observe la germination des plantes et, naïvement, on attribue à un germe des propriétés germinatives.
On devrait pourtant comprendre que la vie est une force et que c'est la poussée de cette force spécifique qui fait que la vie se manifeste sous n'importe quelle forme, dans n'importe quel milieu, partout où elle trouve une possibilité de s'objectiver dans la matière. La création est une œuvre éternellement agissante.
La vie a toujours existée ; les êtres, seuls, ont un commencement. Notre système planétaire a commencé ; mais qu'est-ce que notre système planétaire dans la voie lactée ? Qu'est-ce que notre système dans l'infini ? Flammarion nous l'a dit : « Comparer notre globe à un grain de sable au bord de la mer, c'est lui donner une importance qu'il n'a jamais eue. »
La recherche spirite, qui s'en tient à la philosophie des simples, ne vise qu'un but limité. Elle ne s'attarde pas aux contemplations mystiques, ni à l'inutile répétition des expériences acquises. Chaque fait a sa signification et la méthode la plus pratique exige qu'on ne s'attache aux faits que pour en tirer des conséquences.
Nous ne nous demandons pas : « Qu'est-ce que Dieu ? » Nous nous demandons d'abord : « Qu'est-ce que l'homme ? Comment est-il fait ? Quels sont ses pouvoirs ? »
Nous sommes en mesure de répondre : « L'homme est un esprit incarné dans la matière. » C'est un habitant de la matière visible, qui a de la peine à se connaître dans sa nature essentiellement psychique. Sa double nature lui permet d'agir à la fois sur les deux plans, le visible et l'invisible. L'observation nous montre que tout être vivant est animé d'un mouvement évolutif dont nous ne connaissons ni le commencement ni la fin. Ce mouvement n'est pas celui d'une machine puisque l'homme s'actionne lui-même, prend conscience de lui-même. La vie est un mouvement perpétuel qui progresse au cours de vies successives.
Tous les philosophes se sont égarés en nous proposant des hypothèses contradictoires, où le pour et le contre peuvent se soutenir avec des probabilités égales, il n'en est pas de même de la philosophie spirite qui connaît que les faits et qui, après avoir correspondu avec un ami, survivant dans l'au-delà, est en mesure de nous affirmer : « La mort du corps n'interrompt pas la vie. »
Nous avons pu faire cette constatation indépendamment de tout dogme scientifique ou religieux ; dans notre ignorance des causes premières, nous nous contentons de ce que nous révèle une synthèse embrassant tous les faits.
L'avenir s'étonnera de l'apriorisme scientifique et du peu de sens critique des hommes qui ont condamné la recherche des premiers spirites. Il y a quelque trente ans que, pour la première fois, un institut fut inauguré, rue de Condé, pour l'étude des phénomènes psychiques. De hautes personnalités universitaires firent, à cette occasion, des conférences qui avaient pour but de faire la leçon aux spirites et de leur donner la bonne méthode en leur indiquant les règles d'une vraie observation scientifique. La première de ces règles était que, seuls, des faits renouvelables à volonté pourraient être pris en considération par la science.
Cette affirmation était tellement contraire à l'évidence qu'elle dut céder devant la critique ainsi que plusieurs autres de la même valeur. Nos professeurs ne prétendaient-ils pas que les sciences psychiques, où plutôt les phénomènes, devaient pouvoir s'étudier exactement comme les phénomènes physiques, c'est-à-dire comme un lapin qu'on dissèque, et l'on exigeait alors que la méthode employée dans les laboratoires fut la seule admise pour l'examen des phénomènes que nous pourrions leur présenter. On arrivait ainsi, par un raisonnement aprioritique à proclamer le dogme d'un déterminisme psychologique qui supprimerait la morale, le sens du devoir et la liberté.
Cela revient à dire, dans l'esprit de nos savants, que s'il y a de l'être dans la nature, si l'âme est autre chose qu'une manifestation physico-chimique, ils ne l'étudieront pas et abandonneront les pauvres spirites à leur triste superstition.
Mais s'il y a une superstition propre à fausser le jugement des hommes c'est bien celle qui suppose que la matière, qui ne fait qu'obéir, a été capable de générer l'esprit qui commande.
La philosophie spirite n'a pas accepté ces prémisses, elle pense que l'observation psychique ne peut pas être traiter chimiquement et la voici obligé de se séparer de la science qui lui impose une pareille méthode. D'ailleurs, tout en ayant le même sujet d'étude nous ne poursuivons pas le même but, les uns cherchent la modalité, les autres, la signification des phénomènes. Ceux-ci font quelques pas dans la connaissance, ceux-là piétinent sur place, prétendant n'avancer que lorsqu'ils auront découvert le déterminisme des faits.
Devant nous s'ouvre le livre de la nature, nous prétendons que, pour déchiffrer ces textes obscurs, il n'est pas indispensable de comprendre la technique de sa composition typographique. Du fait qu'un médium parle une langue qu'il n'a jamais apprise, je tire cette conclusion qu'il est en rapport psychique avec une intelligence qui connaît cette langue ; du fait qu'un crayon s'anime sans contact apparent, pour produire l'écriture, j'en conclu qu'il y a un contact inapparent avec l'organe invisible qui le met en mouvement. Je n'ai pas besoin de connaître quel rapport peut exister entre l'esprit et la matière pour constater que le simple effet de la pensée peut produire l'automatisme et je n'attends pas le verdict de ceux qui prétendent découvrir le déterminisme de ce fait avant d'y croire. Constatons d'abord, nous expliquerons plus tard.
Après la constatation d'un fait commence le rôle du raisonnement qui prend le fait pour base. L'affirmation que l'examen des faits psychiques doit recourir aux mêmes méthodes que celles qui sont employées pour l'observation des phénomènes physiques est une affirmation aprioritique, imprudente et qui suppose résolue une question sur laquelle, le doute subsiste.
Il ne s'agit plus, ici, de méthode, il s'agit de bon sens, la philosophie ne prête pas aux analyses chimiques.
La conviction spirite a pu paraître naïve à certains savants, elle a pu, même paraître audacieuse ; c'est ainsi que Lavoisier devait juger l'attitude du paysan qui avait vu tomber des pierres dans son champ ; comment un simple paysan avait-il le front de tenir tête à un Lavoisier ? C'est de cette inconvenance que le Spiritisme s'est rendu coupable vis-à-vis de la science, mais on est bien fort quand on a connu un fait.
Nous savons où nous allons, nous savons où nous conduisons la science quand elle aura été forcée d'avouer tous les faits. Les savants ont, comme les autres, des idées mystiques et superstitieuses. Le XXème siècle avait créé la superstition de la matière ; Büchner, pour qui l'atome était un dogme, y voyait le commencement de tout ; Büchner est mort, l'atome aussi ; Curie a tué la vérité fondamentale sur laquelle il s'appuyait, pour déclarer qu'un mouvement de table eût été miraculeux. Ici encore, l'argument scientifique s'est montré plus faible que celui de l'ignorant s'appuyant sur un fait simple.
La philosophie spirite prétend s'appuyer sur des notions acquises qui, si elles ne sont pas des vérités scientifiques, sont du moins l'expression de ce qui s'impose comme le plus probable à notre raison ; cette méthode est assurément aussi sûre et aussi féconde, et la science qui prétend n'admettre que des certitudes s'illusionne.
C'est sur la raison qu'on peut s'appuyer pour déclarer que l'esprit n'est pas conditionné comme la matière et n'est pas soumis aux même lois.
Dès que nous entrons dans le domaine de la conscience et de la volonté nous sortons du cadre déjà exploré ; vouloir soumettre à ces lois connues les opérations de l'intelligence, c'est vouloir que l'on applique les lois de l'hydraulique à l'électricité. Le Docteur Geley a admirablement démontré que l'univers est un dynamisme  intelligent ; s'il en est ainsi, nous entrons dans un monde où le déterminisme n'est plus applicable ; parce que, si la cause génératrice de tout ce qui existe est un dynamisme intelligent, je suis moi-même une force de la même essence que celle dont je suis issu ; c'est-à-dire une force différente de toutes les autres forces connues, et dont l'attribut nouveau est de posséder une certaine spontanéité. Qu'on ne m'objecte pas notre peu de liberté, pour une goutte d'eau qu'on jette à la mer celle-ci se déplace ; et nier que l'effort individuel soit une cause efficiente, ce serait nier le principe représenté par le parallélogramme des forces.
Ce n'est pas là une spéculation tirée de l'imagination, c'est une déduction aussi certaine que celle que l'on tire du raisonnement géométrique sur la mesure des angles ; il suffit seulement d'admettre ce point de départ nécessaire que l'univers est un dynamisme intelligent.
Lorsque Descartes écrivait : « Je pense, donc je suis ! » Il pouvait se tromper. Peut-être que l'animala mundi pense en nous. Nous touchons ici au problème si délicat de notre liberté.
Les partisans du déterminisme ont le tort de recourir à l'Absolu ; ils raisonnent toujours comme si une prémonition était une chose inéluctable, ce qui n'est pas ; mais, parce que nous n'avons pas le pouvoir de modifier les événements, ils confondent la puissance, que nous n'avons pas, avec la liberté, dont nous avons si peu.
La seule liberté qui nous appartienne est de faire effort sur nous-mêmes.
On me dit que tout acte est l'effet de causes antérieures, que si je me détermine à l'acte, c'est que j'ai un motif déterminant. C'est entendu, mais la spontanéité qui est en nous et qui s'impose à notre perception interne n'est pas une illusion. C'est un facteur individuel qui n'appartient qu'à l'être vivant ; ne pas faire cette distinction, entre le vivant et l'inerte, est impossible à la raison humaine ; il est impossible d'adapter la conduite de sa vie à l'hypothèse déterministe. Au fond, personne n'y croit, ni ne peut y croire. Si quelqu'un avait cette prétention, donnez-lui un soufflet…, s'il s'en émeut, il n'est pas déterministe, puisqu'il croit à votre responsabilité. Si quelqu'un, suivant le conseil de l'Evangile, présentait l'autre joue, ce serait un saint capable de faire effort sur lui-même. Or, qui dit "effort" dit liberté.
Notre volonté est une force qui s'ajoute à d'autres forces ou qui les contrarie. S'il n'y avait pas une spontanéité capable de faire effort dans un sens ou dans l'autre, il n'y aurait pas de déterminations pénibles. La résolution prise, sans lutte contre soi-même, n'aurait rien de douloureux, l'acte déclenché, comme le mouvement d'une machine, nous laisserait indifférent.
Il importe d'affirmer que l'âme et ses manifestations ne peuvent pas être traitées comme des phénomènes physiques. Tout acte qui provient d'un facteur intelligent doit être consenti ; une main qui se matérialise et produit de l'écriture, un crayon qui écrit, sans support visible, ne se prêtent pas à des expériences de laboratoire. Telles que celles que l'on pratique sur le lapin. Le lapin lui-même ne s'y prête pas si on a besoin de son consentement.
C'est ce consentement qu'il faut attendre, même pour l'obtention des phénomènes inférieurs de l'animisme, et à plus forte raison pour les manifestations spirites, que l'on observe quand elles veulent bien se produire. Il est extrêmement difficile d'organiser des postes récepteurs qui reçoivent l'assentiment de l'invisible ; les savants n'y arrivent pas, parce qu'ils opèrent de telle façon que le colimaçon rentre ses cornes. Ils veulent contrôler un phénomène avant d'avoir fait ce qu'il faut pour l'obtenir. Les spirites l'ont obtenu et ils n'ont pas besoin d'attendre que la science ait découvert le modus operandi, pour tenir compte de faits dont la portée philosophique est de si haute importance. On me dira que, sans le contrôle savant, il n'y a pas de certitude possible, c'est absolument faux. Lorsque après un contrôle sérieux on est certain qu'un sujet possède une faculté médiumnique, il est possible de laisser se développer le phénomène jusqu'au point où il devient évident par lui-même. Alors l'observation suffit, le contrôle ne saurait rien ajouter à l'évidence de plusieurs mains formées sous mes yeux et évoluant à soixante centimètres de mon regard, entre les deux mains, bien en vue, d'un médium.
Si les faits qui nous occupent pouvaient rentrer dans le cadre de la physiologie, ils ne seraient pas métapsychiques. C'est à la physiologie de réformer sa doctrine pour s'adapter aux faits. Elle ne le pourra qu'à condition d'accepter, comme hypothèse de travail, l'existence de facultés nouvelles. Dès qu’il s'agit de facultés de l'âme nous entrons dans un domaine où le déterminisme n'est plus qu'une hypothèse impuissante.
La succession des événements dépend bien d'une série de causes reliées entre elles, cela est évident dans le monde extérieur, mais dès qu'il s'agit de moi, être pensant et agissant, cette évidence s'évanouit ; je suis moi-même une cause dans la série des causes.
Le sentiment que nous avons de notre spontanéité n'est pas une illusion. L'insecte lui-même devient une cause efficiente ; il est, comme l'homme, une force parmi les forces, comme une goutte d'eau dans la mer, il joue son rôle dans la vie.
L'homme en possession de sa raison délibère ; et l'acte qui s'ensuit, ayant reçu l'impulsion de sa volonté, devient un facteur individuel qui modifie ce qui aurait pu être. Cela tombe sous le sens de l'observation interne ; dès lors que les phénomènes métapsychiques échappent à l'emprise des méthodes rigoureuses. On n'expérimente pas les mœurs d'un insecte, on se contente de les observer. Cette observation exige une patience et une ingéniosité que peu de chercheurs ont su mettre en pratique. C'est avec une patience semblable et une même ingéniosité qu'il faut observer les phénomènes animiques, spirites ou métapsychiques.
On m'objecte que les lois sont immuables. Mais la liberté est une des lois de la vie ; voilà ce qu'il faut bien comprendre.
Ce qu'il a de divin dans l'univers c'est qu'il y a une loi morale au fond de toutes les consciences. Lorsque les sophismes de la raison arrivent à étouffer cette voix de la conscience, il n'y a plus d'harmonie dans la vie sociale. Tandis que l'univers physique est gouverné par des lois immuables qui aboutissent au déterminisme, la loi qui nous condamne à la liberté est immuable dans ses effets ; l'homme seul a le pouvoir de troubler l'harmonie du monde, de violer la loi, et il en subit les conséquences.
Il n'y a pas un homme intelligent qui ne comprenne que s'il n'y avait aucune injustice parmi les hommes, aucun égoïsme chez les individus, si l'on respectait toujours la vérité, sans jamais enfreindre la loi de solidarité qui régit les êtres, nous aurions le bonheur parfait ; c'est l'évidence même.
Par conséquent, il n'y a pas de problème du mal, le mal n'existe que parce que nous le générons, parce que nous le voulons ou nous le tolérons. Nous agissons à l'encontre d'une loi immuable qui est évidente pour tous. La clef de l'énigme que nous cherchons se trouve dans la liberté de nos âmes, cherchons ce qui est juste, ce qui est vrai, ce qui est bien, c'est un idéal qui ne peut pas tromper, voilà l'étoile qui nous indique le chemin de la rédemption. Malheureusement tout le monde ne voit pas l'étoile, les mages sont en trop petits nombres.
Le Spiritisme attire aujourd'hui l'attention des savants qui ne se sont pas laissés arrêter par la crainte du ridicule et qui sont entrés avec prudence dans la voie expérimentale. Voilà les mages et les bergers qui conduiront le troupeau. La marche sera lente ; les spirites ont amené, à grand-peine, devant le phénomène ceux qui ont eu assez d'humilité pour accepter la technique qui s'impose. Le premier pas à faire c'est d'arriver à la connaissance du corps psychique extériorisable, base de toute science métapsychique. Il y en a qui sont incapables de faire ce premier  pas ; ils croient encore que le phénomène devrait pouvoir s'obtenir à volonté et obéir à leur sommation, alors que l'expérience nous a montré qu'il faut obtenir le consentement de la chose invisible, qui se comporte comme un animal craintif n'osant pas sortir de son terrier.
Il faut appeler les esprits pour qu'ils manifestent leur action sur la matière et ne pas croire que, du premier coup, vous allez voir des anges. Vous ne verrez tout d'abord, que le fœtus d'une matérialisation ; mais il ne faut pas donner, à ceux qui travaillent de l'autre côté, le sentiment qu'ils agiront en pure perte ; eux aussi agissent d'après des motifs et le scepticisme railleur n'est pas une bonne matière de les attirer.
Si vous livrez un médium à l'examen de ceux qui, sans tenir aucun compte des travaux de leur aînés, se croient capables de juger sans rien avoir vu, ni rien lu, il y a de grandes chances pour qu'ils n'obtiennent rien, ils se jettent sur un commencement d'ectoplasme ; les journaux diront alors qu'il y a eu fraude et empoisonneront l'opinion publique de rapports frelatés sur ces séances manquées, alors qu'on fait le silence absolu sur les résultats positifs dont témoignent d'autres savants beaucoup mieux qualifiés.
Si le Spiritisme a, de son côté, réalisé une magnifique synthèse, c'est qu'il ajoute à sa collection expérimentale un dossier impressionnant de faits spontanés. On ne cesse de vouloir infirmer ces preuves, on ne tient pas compte de la valeur des témoins, ni de leur nombre, ni de la qualité des enquêtes confirmées par des documents officiels. La science, dit-on doit refuser, en bloc, tout ce qui n'a qu'un caractère narratif. Il faudrait alors exclure de nos connaissances tout ce qui a trait à l'histoire, à la géologie, aux découvertes paléontologiques, aux accidents météorologiques et aux mœurs des animaux. Il est des témoignages dont il est insensé de ne pas tenir compte, il y a des hypothèses qu'on ne craint pas de soulever et qui sont absurdes.
Lorsque des hommes tels que Crookes, Richet, Morselli, ont affirmé des faits dont ils sont vingt fois sûrs, après les avoir expérimentés pendant trente ans, pourquoi nier leurs preuves avec des arguments misérables. Les preuves de l'existence du corps psychique ont été assez nombreuses ; c'est pour s'attirer un succès facile, auprès du vulgaire, qu'on trompe un public qui ne lira jamais les comptes rendus des expériences, on fait de l'esprit et cela l'amuse, mais est-ce scientifique et surtout est-ce honnête ?
Quelques médiocrités, ayant soif de réclame ne craignent pas d'opposer, à ces longues années d'investigations, quelques fraudes bien connues, mais qui n'ont exercé aucune influence sur l'opinion définitive de ces hommes de science. Quelques-uns de ces malheureux critiques n'ont d'yeux que pour les exploits de médiums tricheurs qui n'ont jamais trompé personne tant le truc était facile à découvrir, et ils les mettent en balance avec des médiums sérieux qui comptent trente années de carrière honorable et qui ont toujours été scientifiquement contrôlés.
L'intérêt de la question n'est pourtant pas là, les fraudes ne nous apprennent rien, nous les connaissons ; mais il est d'un intérêt capital de savoir que les phénomènes existent et, pour cela, il suffit d'étudier. Le bon sens et la voix de la raison sont encore les meilleurs juges, quand on veut parvenir à la vérité.
Il est malheureusement bien évident que certaines vérités sont redoutables pour ceux qui ont pris position en sens contraire ; le désir de ne pas se rendre les incite alors à nier les faits ou réclamer une solution absolue qui n'existe nulle part en ce bas monde, ce qui leur permet d'attendre. On ne remarque pas assez que si le spiritisme fait son chemin, c'est précisément parce qu'il ne recherche pas l'absolu et qu'il ne vise qu'un but limité. Cet objectif ainsi limité est susceptible de preuves : dans certaines conditions, que nous ne connaissons pas encore, les morts ont donné des signes de vie.
Toutes les religions se sont appuyées sur ce fait que des voix d'outre-tombe se faisaient entendre. Elles y ont vu une révélation. Soit ! Mais cette révélation n'était pas divine. Ceux à qui la foi suffit nous disent que la révélation est un fait. Je le veux bien, mais on ne peut pas s'appuyer sur un fait qui a pu être embelli par la tradition orale, déformé par le temps, soumis à l'exégète des traducteurs qui n'ont pas compris le génie des langues. Moïse se cachait sous un voile…, cela veut dire que son peuple ne pouvait pas regarder sa révélation sous sa vraie face. Je suis beaucoup plus certain de la réalité d'un ectoplasme, qui s'est formé sous mes yeux, que des éclairs du Sinaï.
Les expériences, la photographie, le moulage sont la source unique de la foi spirite, et, comme elle fait table rase de tous les dogmatismes, sa méthode est irréprochable au point de vue scientifique. Abstraction faite des erreurs individuelles, le spiritisme devient une branche de la science positive expérimentale.
Il ne nie pas les miracles des Saints, il les explique. L'affirmation que tout est gouverné par des lois immuables peut être vraie, tant qu'elle s'applique à l'observation des forces extérieures, mais elle est absolument gratuite si on l'applique aux forces qui sont au-dedans de moi. La liberté existe du fait que nous la sentons en nous ; du fait que nous condamnons le mensonge, l'égoïsme et la paresse ; c'est là un fait qui n'a aucun rapport avec la physiologie. S'il y avait un déterminisme des actions psychiques, notre conscience resterait sourde, il n'y aurait ni bien ni mal, nous serions tous des criminels et le monde deviendrait un enfer.
Cela n'est pas ; parce que la vie est un phénomène unique, émané d'une force spécifique, un dynamisme intelligent, comme le Docteur Geley l'a démontré.
Il nous a fait voir, aussi, combien la science officielle était impuissante à expliquer les phénomènes vitaux.
On ne s'explique pas que cette science, obligée de reculer devant la poussée des faits, se soit contentée de créer des mots. Devant la réalité d'une substance qui s'extériorise pour former, en dehors du corps, un membre matérialisé, on abuse de la crédulité des simples en leur disant que cela s'explique par l'idéoplastie.
Ce qu'il faut dire, c'est que l'idéoplastie, en tant fait constaté, suffit à prouver l'existence d'un dynamisme spécifique sous l'influence duquel se développent les organes.
Nier cela, ce serait dogmatisé pour soutenir un enseignement périmé. Ce n'est plus, là, de la prudence scientifique. Quand un homme a le grand honneur d'occuper une haute situation dans l'enseignement, quand lui seul est en mesure d'influencer l'opinion, il y a des vérités qu'il doit dire, le silence serait un mensonge.
Les métapsychistes qui ont été à même de constater cette force mystérieuse qui s'appelle la vie, savent aussi ce dont est capable le levier mystérieux qui se manifeste dans nos organes. Il y a ici une double révélation, dont nous sommes obligés de tenir compte ; un dynamisme spécifique et un organisme invisible ; ce sont deux faits élémentaires ou, si vous voulez, deux hypothèses sans lesquelles il est inutile d'aborder la métapsychie.
Tant que les partisans du déterminisme et de la méthode continueront à travailler sur des hypothèses qui sont démenties par les faits, ils ne feront pas un pas en avant, leurs études resteront stériles. S'ils ne sont pas encore arrivés à la connaissance du corps psychique extériorisable, c'est qu'ils ne savent pas encore ce que nous spirites, nous savons ; c'est que leur méthode prétendue scientifique est un boulet qu'ils traînent au pied, c'est que leur science ne leur a encore rien appris.
CHAPITRE V
AVONS-NOUS UNE AME ?

L'Univers est un dynamisme intelligent inconnaissable.

C. FLAMMARION. URANIE.

Eh bien non ! Nous n'avons pas une âme. Il ne faut pas dire : J'ai une âme…, il faut dire : Je suis une âme.
La majorité des croyants vivent dans cette illusion qu'il y a, à côté d'eux, quelque chose qui serait leur âme. Ils ne se rendent pas compte qu'ici le sujet et l'objet se trouvent confondus en eux-mêmes. C'est le corps qui parle, mais c'est l'âme qui pense. C'est l'âme qui possède un corps, et l'âme c'est moi-même, c'est le foyer d'émission de tout ce que je pense et le poste de réception de tout ce que je sens. C'est la force que je suis moi-même, et que j'identifie avec moi-même ; c'est la force consciente en soi, qui n'obéit qu'à soi et qui suspend l'action des réflexes pour les faire agir dans un sens indéterminé et à l'instant précis où je dirai : je veux.
Ce n'est qu'en nous-mêmes que nous prenons connaissance de cette idée de force, que nous serions incapables d'inventer si elle n'était en nous. Voilà la révélation la plus éclatante qui puisse atteindre l'humanité puisque, remontant du connu à l'inconnu, nous devons nécessairement supposer qu'il y a de l'âme dans la nature ; c'est-à-dire un dynamisme psychique de qui nous tenons la sensation d'être et le pouvoir d'agir.
Cette force, qui crée des organismes est nécessairement organisée, c'est-à-dire hiérarchisée. Toute unité individualisée est reliée à un dynamisme supra-personnel formant une chaîne ininterrompue qui embrasse tout dans sa magnifique unité.
Pour aborder l'étude des faits métapsychiques, il est nécessaire d'adopter une hypothèse de travail et, devant la carence des vieilles hypothèses physico-chimiques qui seront toujours incapables d'expliquer les problèmes de l'organisation, de la génération et de l'évolution, nous sommes bien forcés de recourir à ce dynamisme psychique basé sur des déductions logiques et qui est seule capable de résister à l'épreuve des faits. Une force directrice construisant des organes, suivant un plan tracé d'avance n'est, comme l'a fait remarquer Claude Bernard, ni du domaine de la physique ni de celui de la chimie.
Il faut donc recourir à ce dynamisme intelligent, si bien démontré par le Docteur Geley pour comprendre la vie physiologique d'un être quelconque, lequel n'est qu'un fragment de la vie totale de l'Univers, et l'âme que nous sommes, laquelle n'est qu'une parcelle du dynamisme de la création.
L'âme ainsi comprise, n'est pas si simple qu'on le croit généralement. Le petit monde que nous sommes ne saurait être constitué autrement que celui dont il émane. Tout ce qui vit a une âme et, pour nous la cellule est un être vivant, aussi bien celles qui composent le tissu des plantes que celles de nos propres tissus ; de sorte que l'homme est une âme servie par des âmes et cette fois-ci nous pouvons dire que nous avons des âmes, nous avons une multitudes d'âmes, qui sentent puisqu'elles obéissent, qui sont une force puisqu'elles agissent.
Quant à nous, nous sommes le dieu de ces consciences infimes. « Dii estis… » a dit Jésus. On comprendra alors l'œuvre magnifique de la création, ainsi que le lien qui rend tous les êtres solidaires dans l'Unité hiérarchisée qui va de l'archange au zoophyte.
Aucune science ne saurait exister sans les déductions philosophiques qui l'accompagnent nécessairement ; mais la déduction est, ici, d'autant plus nécessaire qu'il s'agit de l'étude de l'âme qui doit se connaître elle-même.
Nous devons donc, tout d'abord, nous comprendre nous-mêmes. L'hypothèse qu'une âme pourrait agir sans l'aide d'une forme matérielle ne peut pas être envisagée. Le premier problème qui se pose devant nous est donc celui du fait constant que nos mouvements obéissent à notre pensée ; nous observons cela sur nous-mêmes, mais nous l'observons aussi sur d'autres, dans les opérations du magnétisme, par exemple, qui sont un précieux moyen d'investigation psychique.
Dans les états d'hypnose nous constatons une sorte de désorganisation psychique, une dissection de l'animisme inférieur, momentanément privé de sa direction normale, et suggestible au point d'exécuter mécaniquement l'ordre le plus absurde. On doit en conclure qu'il y a un mécanisme psychique, et que l'âme centrale, momentanément distraite de ses associations, a perdu la direction de ces petites consciences élémentaires qui ne sont incohérentes que parce qu'on leur donne des ordres incohérents. Les consciences ganglionnaires, celles des tissus cellulaires, ne sont pas assez élevées dans la hiérarchie animique pour associer des idées, elles n'ont que l'intelligence de leur fonction et la sensibilité spécifique qui crée le rapport télépathique, elles exécutent passivement les mouvements et contractions qu'une longue pratique leur a enseigné.
Il y a donc une physiologie de l'invisible, une organisation psychique, dont le corps invisible est l'élément substantiel, docile et malléable ; c'est lui qui établit le lien cherché entre l'idée et le mouvement.
Il existe, en dehors de la matière, et c'est lui qui organise la matière vivante de sorte que le corps de l'homme, comme celui de l'insecte, n'est que la pensée extériorisée d'un être qui se matérialise. Il n'y a d'unité que dans la conscience d'être, de penser et d'agir ; mais pour concevoir l'organisation psychique dans ses mouvements complexes il suffira de s'en rapporter à la physiologie de nos organes puisqu'ils ne sont qu'une doublure de nos agrégats psychiques ; une adaptation de la matière au corps éthérique lequel est en correspondance avec le dynamisme universel, dans lequel baigne tout ce qui vit. Ce que nous appelons des courants nerveux ne sont que l'ébranlement transmis, de relais en relais, du centre d'émission à la sensibilité du simple tissu cellulaire. Telle est, à ce qu'il me semble, la pensée du grand psychiatre Myers, quand il écrivait :
« En fait, je prétends que l'ancienne hypothèse de l'âme infuse, possédant et gouvernant le corps comme un tout, maintenant cependant des relations réelles quoique obscures, entre les différents groupes conscients plus ou moins disparates en apparence et avec des groupes reliés à l'organisme en même temps qu'associés à des groupes plus ou moins localisés de substance nerveuse, est une hypothèse qui n'est pas plus embrouillée ni plus difficile à admettre qu'aucune de celles proposées jusqu'ici.
Je prétends même qu'il est possible d'en faire la preuve et, pour moi, cette preuve est déjà faite. »
Il est certain qui si nous obtenons une seule manifestation de la conscience survivante après la destruction du corps, (et un spirite ne peut pas douter que la preuve ait été faite), il n'y a pas moyen de comprendre autrement l'activité psychique.
Le mécanisme de la mémoire, par exemple ne nous montre-t-il pas l'unité consciente gouvernant nos souvenirs, maintenant nos relations avec des images disparues et avec des groupements d'idées qui obéissent à notre appel. Il faut bien que ces idées aient quelque chose d'objectif, quelles soient liées à une substance pour que, étant absentes, elles redeviennent présentes. Si je veux me reporter à l'époque de mon enfance, à la classe primaire, par exemple, je suis certain que je vais évoquer le souvenir de petits camarades dont les noms ne se sont jamais présentés à ma mémoire depuis soixante ans. Mais ils ne viendront sans que je les appelle.
Je vois là un processus télépathique. La magnifique unité de l'organisme universel trouverait son explication dans la télépathie, plus ou moins étendue selon la place que l'être occupe dans son degré d'évolution. Entité divine, angélique, éthérique, humaine, animale ou protoplasmatique, tout est une âme à son poste qui provoque le mouvement, centrifuge ou centripète, et qui a ses agents de liaison dans une sphère plus ou moins étendue. Sa première manifestation est d'objectiver dans la substance primitive, son évolution consiste à s'accroître, c'est-à-dire à fortifier son individualité.
Les corps sont la manifestation des âmes, comme les mots sont la manifestation de la pensée. Le dynamisme intelligent soutient la vie de tous les êtres, et chacun d'eux se trouve limité par la forme dans laquelle il s'objective. Quant à la direction centrale elle rayonne plus ou moins, selon les progrès de l'être, selon son expérience personnelle ; la vie doit se conquérir c'est-à-dire qu'entre l'instinct et l'intelligence il n'y a pas de différence de nature, il n'y a qu'une différence de modalité. Ainsi les aptitudes et les inégalités observées dans chaque espèce pourront toujours se ramener à une source unique et à une loi générale, comme ne se lassait point de le répéter notre maître Camille Flammarion :
« L'Univers est un dynamisme. Une force invisible et pensante régit mondes et atomes. La matière obéit.
L'analyse des choses montre en tout l'action d'un esprit invisible. Cet esprit universel est dans tout, régissant chaque atome, chaque molécule, eux-mêmes impalpables, impondérables, infiniment petits, invisibles, constituant par agrégation dynamique les choses visibles et les êtres et cet esprit est indestructible, éternel.
Le matérialisme est une doctrine erronée, incomplète et insuffisante, qui n'explique rien à notre entière satisfaction. » 
C'est dans un dynamisme mystérieux que nous puisons les éléments de notre conscience et d'une force spécifique qui est à l'origine du mouvement télépathique qu'on émet et que l'on perçoit, qui permet de correspondre sciemment ou inconsciemment avec tous les êtres.
On télépathise normalement sans le savoir, et il y a des intuitions et des moyens de connaître ce que les sens n'expliquent pas.
Les matérialistes de bonne foi s'en rendent bien compte ; l'intuition de Kant a reçu une large confirmation du fait métapsychique de la circulation de la pensée, cette dernière est vaguement indiquée dans le fameux traité de Ch. Richet, le passage mérite d'être cité ; page 256 :
« Il est probable que le monde extérieur - et par le monde extérieur j'entends aussi la pensée des autres hommes - peut influencer nos actes, notre volonté, nos sentiments, parce qu'il agit constamment sur nous, quoique nous ne puissions pas nous en rendre compte. Pour être faibles et toujours vagues, souvent inefficaces, les pensées humaines ambiantes et les vibrations inconnues de chacun n'en ont pas moins quelque action.
En tout cas ce n'est pas parce qu'elles sont profondément mystérieuses qu'il faut se refuser à les étudier.
Elles existent ces vibrations inconnues. Elles sont certaines. Elles sont à de rares moments capables de toucher les éléments inconscients de notre intelligence et, par-là, d'arriver ensuite jusqu'à la conscience. C'est déjà beaucoup que de faire cette précise affirmation en présence des négations dédaigneuses de la science officielle et de l'incrédulité sarcastique et vulgaire. »
Et c'est M. Richet qui parle ainsi c'est l'affirmation précise d'un fait auquel il faut trouver une signification. N'est-ce pas une extension de la télépathie que l'on constate ainsi ? Evidemment ! La télépathie rentre alors dans le concept d'une loi universelle permettant la communication et l'échange de pensées et de sentiments entre tous les êtres.
La nature, à la fois psychique et dynamique, des courants nerveux transmettant les sensations peut se déduire de deux faits expérimentaux bien établis : la circulation de la pensée et la contractilité du muscle. Autrement dit il y a, dans l'invisible, une organisation systématique de la télépathie et de la télékinésie ou, pour parler comme le vulgaire, la fameuse danse des tables, traitée avec mépris par les ignorants, est révélatrice de quelque chose de formidable. Il y a un dynamisme invisible tout à fait indépendant des organes et, de même que le radium a modifié notre concept de la matière, la télékinésie est appelée à modifier notre connaissance du corps humain. Fini le dogme de l'atome fondement matériel de tout ce qui existe ! Fini la thèse de la cellule nerveuse secrétant la pensée ! Voici, fondée sur l'expérimentation, la certitude que l'âme domine la matière et que nous pouvons admettre ces deux courants télépathique et télékinésique que, seuls, les spirites de la première heure ont constaté et qu'ils ont eu le courage de mettre en lumière.
Après eux sont venus les métapsychistes. Leur œuvre est excellente et leur secours nous serait des plus utiles, malheureusement, encore imbus de préjugés qu'ils persistent à croire scientifiques, ils ont une tendance à tout faire rentrer dans le cadre de théories déjà connues et qui ne sont applicables qu'à la matière. De là, les suppositions invraisemblables qu'ils admettent plutôt que de recourir à des interprétations qui seraient tout à fait vraisemblables dès qu'on tient compte du dynamisme intelligent qui conditionne toutes les formes de la vie créée.
C'est par cette hypothèse que le spiritisme devient la doctrine la plus scientifique et la plus vraisemblable de toutes celles qui ont été proposées. D'une série de faits qui ne sont pas encore universellement admis, mais dont la reconnaissance n'est plus qu'une affaire de temps, les spirites ont tiré cette déduction légitime que l'âme existe parce qu'elle est indépendante du corps et qu'elle peut se manifester au loin, ce qui rend son existence aussi certaine qu'une vérité chimique, historique ou astronomique.
L'erreur matérialiste n'a donc plus besoin d'être démontrée, c'est l'âme qui est la réalité essentielle, ce sont les facultés de l'âme qu'il faut mettre en lumière. Les philosophes et les religions l'ont essayé, elles n'y ont pas réussi, on ne peut y arriver que par la constatation des facultés occultes. C'est en cela que le spiritisme se distingue de toutes les doctrines qui l'ont précédé. Jamais il n'a cessé de s'appuyer sur des faits, jamais il ne perd de vue ceux qui font obstacle à des théories périmées. Il accepte les hypothèses qu'aucun fait ne contredit, quand elles sont explicatives, il tire des déductions de tous les faits constants, mais il ne repousse pas l'accidentel, quand il se présente à nous sous des formes susceptibles d'être observées.
Nous savons que les forces, dites physiques, obéissent à des lois que nous connaissons fort imparfaitement ; nous connaissons mieux celles qui sont en nous parce qu'il y a, en elles, des possibilités d'action et de résistance qui n'appartiennent qu'à elles seules. Il n'y a pas de théories mécaniques qui puissent expliquer la faculté que nous avons de résister, de retarder l'acte et de n'agir que dans le moment où la volonté l'exige ; il n'y a pas de réflexes qui ne soient susceptibles d'être mis au cran d'arrêt, en attendant que l'âme dise : Je veux ou je consens.
C'est en résistant à des excitations extérieures que la vie se manifeste et se maintient dans des organes que des forces aveugles tendent constamment à détruire. Le mouvement de l'âme n'est pas une fonction, si elle ne se tenait pas derrière le cerveau, celui-ci ne connaîtrait que des sensations tactiles. Il connaîtrait la dureté des objets par la résistance qu'ils opposent au toucher, mais il serait incapable d'en déterminer la forme, parce que la notion des formes et leur dimension est une connaissance qui résulte d'une opération mentale et non d'un contact.
Si l'âme n'avait pas sa faculté spéciale, si sa perception intime n'était pas toute personnelle, toute excitation ne produirait en elle que des réponses automatiques, elle n'affecterait que le point où se serait produit le contact ; il n'y aurait pas de coordination entre les différentes séries de sensations tactiles et elles ne seraient pas transformées en quelque chose de plus élevé comme, par exemple, le sentiment musical. Une vibration de l'air affectant le tympan ne pourrait pas devenir une symphonie, elle resterait une sensation quelconque sans interprétation, ce n'est pas le tympan qui est ému, c'est l'âme.
Le cerveau n'est que le détecteur de nos sensations physiques, il nous présente un tableau enregistreur, où l'âme, après avoir lu, coordonne, harmonise et ensuite traduit par un geste extérieur, sur ce même clavier, le travail intelligent qui s'est fait en elle, selon qu'elle est plus ou moins douée. Assimiler cette opération à celle de la fonction respiratoire est un détestable sophisme. Le poumon respire et ne fait que respirer tandis que, sous la pression d'une volonté consciente, la même matière cérébrale produira des effets adaptés aux circonstances tels que frapper, chanter ou calculer.
L'idéation précède l'expression verbale, celle-ci sort du cerveau comme la parole sort de la bouche ; le langage et l'écriture sont les corps matériels créés pour objectiver une opération mentale qui les a précédés. En somme, le corps humain est un appareil derrière lequel se cache une activité consciente d'une toute autre nature ; cette conscience c'est l'AME. C'est le nom que nous donnons à cette grande inconnue qui sait, qui veut et qui pense. Il ne faut pas que la crainte d'être accusé de mysticisme nous fasse reculer devant un mot. Tout ce qui vit, tout ce qui évolue, plantes, métaux ou cristaux ont des âmes, il y a des âmes protoplasmatiques et il y a des âmes éthérées, celles-ci sont à la tête de celles-là. Une âme qui a conquit son individualité, et qui a longtemps évolué, comme l'âme humaine, est un soleil au centre d'une nébuleuse ; elle est servie par une multitude qui s'est associée provisoirement ou définitivement, à ce groupement complexe. Après l'évolution animale ou animique, commence l'évolution spirituelle, celle-ci est toujours modifiable, le progrès est d'assimiler et de s'associer soi-même aux éléments les meilleurs et à se détacher des pires ; on se constitue ainsi des affinités morales qui ne sont que la contre-partie spirituelle des affinités chimiques. On assimile des connaissances vraies ou fausses, on subit l'influence des milieux qu'on fréquente, on progresse dans le bien comme dans le mal suivant la direction que l'on donne à ses pensées secrètes ; chacun constitue ainsi son propre domaine, on enrichit sa mémoire, on développe son intelligence en raison des efforts auxquels la vie nous incite.
Ayant ainsi agrandi son domaine, l'âme forte vit sur ses terres, mais elle a toujours cette caractéristique de pouvoir résister au mal et d'être héroïque ; c'est l'épreuve expérimentale qui nous est imposée dans cette vie terrestre. L'âme a toujours la liberté de ne pas se soumettre. On peut organiser des masses militairement ; pour obéir, les individus doivent s'inspirer de la raison, de l'intérêt général, ils doivent consentir. Le soldat n'est pas un rouage dans une machine, il peut remplir sa fonction comme une machine parce qu'il obéit à un motif supérieur, mais s'il tombe aux mains de l'ennemi, il peut être héroïque, refuser de renseigner même au péril de sa vie ; une machine fonctionnerait entre n'importe quelle main. Elle ne pourrait pas manifester une force d'âme.
Vouloir, sentir, aimer sont des facultés et non des fonctions, ce sont les attributs spécifiques de l'être vivant. L'erreur de quelques métapsychistes est de vouloir observer les phénomènes psychiques comme on observe le foie ou le poumon, le vivant comme l'inerte, la même méthode d'observation ne peut pas s'appliquer à la matière et à l'esprit. Le mot historique : Je n'ai pas trouvé l'âme sous le scalpel, était une illustre sottise. Autant chercher le génie musical dans l'âme d'un violon.
La constitution fort complexe de ces groupements d'âmes organisées autour d'un centre, nous est confirmée par des faits tels que la division et l'alternance de la personnalité. Il y a des dissociations animiques. L'individu, par suite d'un choc ou d'une perturbation mentale, s'est trouvé privé du rapport télépathique qui le liait à une partie de ses souvenirs. Sa richesse acquise se trouve divisée en plusieurs groupes, avec lesquels il reprend contact alternativement, donnant à chaque changement l'impression d'une personne différente.
L'unité centrale est toujours là cependant, mais elle est dans la situation d'un homme qui, vivant tantôt en ville, tantôt à la campagne, aurait perdu le groupe de souvenirs attaché à l'une ou l'autre résidence. Commerçant en ville, jardinier à la campagne, chaque personnalité ignore l'autre. C'est un propriétaire qui ne connaît plus qu'une partie de son domaine. Il y aurait un rapprochement à faire avec le processus de la mémoire où presque la totalité de nos souvenirs est toujours absente et revient si on l'appelle. L'application au travail exige cette absence de nos souvenirs. Je ne pourrais pas résoudre un problème difficile si tous les souvenirs de ma vie venaient m'assaillir. Nous avons donc le pouvoir de nous isoler, de nous confiner dans un groupe spécialisé de nos connaissances. C'est ce qui arrive dans la division de la personnalité.
Les images que nous avons emmagasinées sont des êtres qui ne sont pas absolument dépourvus d'objectivité, elles peuvent se détacher, elles peuvent même tomber sous la dépendance d'une volonté extérieure, la suggestion hypnotique trouverait là une explication facile.
D'ailleurs ce sont les premiers magnétiseurs qui ont découvert la télépathie, la lucidité, la clairvoyance et le somnambulisme. Les états d'hypnose et de somnambulisme nous montre quelquefois des sujets très médiocres puisant, dans une réserve inconnue, des informations bien au-dessus de leurs moyens.
Mais ce qui prouve que le mouvement des idées a quelque chose d'objectif c'est que ces phénomènes ne peuvent pas s'expliquer sans une action exercée à distance.
Les termes de cryptesthésie, de métagnomie, ne nous suffisent pas, le fait nouveau, le fait colossal, c'est que l'élément psychique est extériorisable, il faut le reconnaître, il faut l'affirmer.
Enfin, ce qui est en dehors de la physiologie, ce qui appartient exclusivement à l'âme, c'est le sentiment de notre conscience morale.
N'oublions pas que si nous sommes une âme servie par des âmes, nous sommes aussi l'instrument plus ou moins docile de forces spirituelles que nous ne connaissons pas. Nous n'occupons pas le sommet de la création, il y a des âmes au-dessus de notre âme ; nous ne sommes que la modeste abeille de ruches mystérieuses auxquelles nous attache une loi d'affinité. Nous n'appartenons pas tous à la même vague d'incarnation ; il y a au-dessus et en dehors de nos perceptions visuelles, des éléments psychiques bons et mauvais qui nous influencent, c'est à nous de nous assimiler les meilleurs. Le progrès ne peut se réaliser que dans l'association des êtres, nous faisons partie d'une collectivité à laquelle nous sommes liés par nos antécédents ; il y a des sympathies et des haines qui flottent autour de nous ; tendons à nous libérer des éléments corrompus que nous traînons dans notre sillage ; élevons nos pensées vers les habitants des hautes demeures, là où régnera l'amour du beau, du vrai et du juste.
Nous avons le pouvoir de nous modifier, c'est pour cela que nous faisons l'expérience de la vie ; il faut en profiter sans cela tout est à recommencer. Souvenons-nous de la parole du plus grand des sages : ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel.
Nous sommes plongés dans le vice ; nous traversons une crise d'immoralité qui nous effraie, mais il y a quelque part une lumière qui nous éclaire ; il ne fait jamais tout à fait nuit au fond de la conscience humaine, travaillons et espérons.
Nous voyons des âmes qui s'agitent vers des chimères, elles sont secouées par les cahots de la route ; bons ou mauvais nous poursuivons tous le même idéal, qui est le mieux-être, nous tâtonnons en sens contraire, où est la vérité, où est l'illusion ? Où est le bien et où est le mal ? La douleur se charge de nous répondre.
Les vies inférieures n'ont pu s'organiser et progresser que dans une lutte qui a été un affreux déchirement de la chair, la même lutte recommence avec les déchirements de l'esprit. C'est au tour de l'âme de souffrir ; elle cherche sa voie dans une nuit d'épouvante, ne parvenant même pas à dissiper le cauchemar des guerres atroces ; l'humanité gravit son calvaire, mais c'est l'âme qui fait tout, c'est elle qui agite le monde, c'est elle qui lutte, qui souffre et qui pleure. C'est l'âme qui fait les guerres et c'est elle qui fait les révolutions sanglantes. Le martyre des peuples ne cessera que le jour où, instruits par les épreuves et aspirant au repos, le règne de la paix et de la fraternité deviendra un fait accompli. Ce jour-là viendra lorsque l'évolution collective aura fait, dans les nations, ce qu'elle a déjà réalisé dans l'individu supérieur, alors la masse comprendra, elle saura où est le vrai bonheur. C'est cet idéal qu'il faut introduire dans l'éducation, c'est vers lui qu'il faut suggestionner l'enfant.
CHAPITRE VI
AVONS-NOUS UN CORPS INVISIBLE ?

De tous corps s'échappent des rayons corporels dans lesquels l'âme opère par sa présence et auxquels elle donne l'énergie et la puissance d'agir.

MAXWELL.

Les philosophes de tous les temps ont reconnu qu'une âme sans corps ne saurait exister. L'être pensant n'étant qu'une émanation de la divinité, il est de toute nécessité qu'il s'isole dans une forme corporelle pour se constituer une personnalité, en dehors de laquelle il n'aurait pas pu prendre conscience de lui-même. La privation de corps est incompatible avec la connaissance du moi.
C'est une vérité, parfaitement comprise par les matérialistes, qui justifie leur incrédulité. Ils ont dit : les morts n'étant plus qu'un amas de substance inorganique, ne peuvent pas survivre autant dire que les pierres pensent, que les pierres parlent.
Ce raisonnement, parfaitement logique, tombe de lui-même si nous pouvons faire la preuve d'un corps invisible indépendant du corps visible. Cette preuve est faite, mais difficile à faire constater par le corps savant parce que ceux-ci ne se décident pas à étudier un fait dont ils nient la possibilité.
Du moment que l'action de l'homme s'étend en dehors de son corps visible, c'est que l'âme ou la force qui est en nous, s'affine par des actes qui nécessitent un conducteur matériel.
Ce conducteur plastique, c'est le périsprit qui déborde plus ou moins de notre organisme. Bien entendu, il faut admettre que la vie est une force, et que la manifestation vitale est un mouvement, le matérialiste est bien incapable d'expliquer l'un ou l'autre de ces deux phénomènes. La force nous la sentons en nous, la notion de force est inséparable de l'être vivant, et pour expliquer le rapport entre la matière et l'esprit, c'est-à-dire, le mouvement, nous avons besoin d'un principe intermédiaire qui est le périsprit. Le magnétisme animal, tel qu'il fut enseigné par Mesmer, ne repose pas sur une conception différente et, avant lui, Maxwell avait écrit : « de tout corps s'échappent des rayons corporels, dans lesquels l'âme opère par sa présence, et auxquels elle donne l'énergie et la puissance d'agir. »
La grande énigme de la vie terrestre tient tout entière entre ces deux problèmes de la force et du mouvement. Avant l'apparition de la vie sur le globe il y avait la force qui produit la vie avant la constitution de l'organe le plus infime, il y avait la pensée élémentaire qui construit cet organe.
Tout ce qui constitue notre monde visible, tout ce qui a une réalité objective, les organismes vivants comme les planètes sont des matérialisations. Le processus évolutif de n'importe quel organe est une matérialisation lente, mouvement qui ne peut se produire que sous la poussée d'une force idéoplastique émane de tout individu en puissance d'agir. Et, même, nous ne connaissons pas d'autre force que celle que nous sentons en nous et que nous puisons dans le mystérieux éther. Tout est âme a dit Victor Hugo.
L'erreur des matérialistes vient de ce qu'ils tiennent pour surnaturel tout ce qui sort du cadre restreint dans lequel ils se renferment. Leur position est devenue intenable depuis que les découvertes récentes de la science ont fait éclater ce cadre, et que nous pénétrons de plus en plus dans l'invisible. Aujourd'hui l'existence du corps spirituel extériorisable ne peut plus être niée que par ceux qui n'ont pas étudié la question. Sans cet intermédiaire, qui le relie à la force universelle, le corps de chair ne pourrait pas vivre ; pas plus que la lampe électrique ne pourrait éclairer sans le fil qui la relie à l'usine. J'entends le matérialiste me répondre que quand la lampe est cassée il n'y a plus de lumière ; il n'oublie qu'une chose, c'est que la force qui est à la source de l'appareil n'a pas fabriqué la lampe, tandis que celle qui est à la source de la vie individuelle a fabriqué la sienne, et comme aucune force existante ne saurait cesser d'être, la force consciente reste consciente ; elle reste là comme l'électricité reste dans le fil dont la lampe est brisée. Comme l'électricité est une source de lumière, de chaleur ou de mouvement, je puis utiliser ce fil pour obtenir de la lumière, de la chaleur ou du mouvement, ainsi comme la source créatrice est une force consciente d'elle-même, elle peut toujours retrouver sa conscience dans ce corps invisible, qui n'a pas cessé d'être en contact avec la source inconnue d'où est sortie sa vie.
Telle est l'importance du corps psychique et l'immense intérêt qu'il nous présente c'est que, de sa réalité, dépend la vie ou la mort d'un néo-spiritualisme où va se retremper la conscience des hommes, la vie ou la mort d'un matérialisme où risque de sombrer l'humanité.
Entre la science de la matière et celle de l'esprit, apparaît une autre science qui n'est encore ni chair ni poisson, c'est le Métapsychisme et il est incroyable qu'il n'ait pas encore osé se prononcer publiquement sur ce pont capital car, si on n'admet pas ce corps psychique extériorisable, la métapsychie n'a plus aucun fondement, aucune raison d'être.
De leur côté, les théologiens devront apporter leur précieux concours à ce néo-spiritualisme, seul capable de régénérer le monde. Un sentiment d'une religiosité naïve n'admettait qu'avec une certaine répugnance cette idée d'un support matériel de l'âme. Ce besoin de surnaturel, cette aspiration vers l'impossible avait beaucoup contribué, à notre époque scientifique, à augmenter le trouble et l'incrédulité des esprits ; les catéchismes, affirmant que l'âme était pur esprit, soutenaient une doctrine qui, prise à la lettre, n'était pas celle de l'Église. Les Pères de l'Église n'ont jamais admis cette exagération mystique. Saint Cyrille disait qu'on appelle "esprit" tout ce qui n'a pas un corps épais et lourd, c'est-à-dire que, vulgairement parlant, et par opposition au corps de chair, on appelait ainsi ce qui est assez subtil pour échapper à nos regards. Tandis que Tertullien affirme franchement la corporéité de l'âme et va, même, jusqu'à donner à Dieu une certaine corporéité. Saint Ambroise écrit : « Ne nous imaginons pas qu'aucun être soit exempt de matière dans sa composition. » Saint Thomas devait penser de même, puisqu'il nous dit que les anges empruntaient à l'ambiance les éléments de leur matérialisation. Or, pour rassembler ces éléments substantiels cela nécessite un noyau substantiel lui-même.
La science a donc tort de voir partout du surnaturel et du miraculeux pour se dispenser de prendre en considération un fait démontré.
Je n'admets pas qu'on dise : la Nature ne peut pas faire qu'un corps se soulève de terre. S'est-il soulevé ? Voilà la question de fait à laquelle il faut répondre tout d'abord. Un homme qui m'affirmerait aujourd'hui qu'une table ne s'est jamais soulevée, serait un inconscient incapable de se rendre compte de toutes les absurdités qu'implique cette négation. Il faut dire : la nature ne peut pas faire telle ou telle chose sans le secours de l'homme, par exemple : elle ne peut pas faire une statue de marbre, par conséquent si je découvre une antique dans les fouilles de Pompeï, j'en conclu qu'un sculpteur a fait cette statue. Et si je vois qu'une table se soulève sans contact, j'en conclu que le médium l'a soulevée avec quelque chose qui n'est pas visible, avec un membre fluidique. Mais toutes les possibilités sont dans la Nature, à condition d'y comprendre l'homme vivant ou désincarné.
La table se soulève-t-elle ou non, c'est à cette simple question que la Sorbonne refuse de répondre. Il faut que ceux qui sont considérés comme des autorités scientifiques sortent de leur réserve, qu'ils aient le courage de se documenter et de ne pas se contenter de séances négatives, qui sont négatives par leur faute, pour jeter en pâture à l'opinion vulgaire ces résultats négatifs que la presse n'a pas honte d'interpréter comme preuve de fraude et de flagrant délit.
Les expériences de Crookes sont classiques et définitives, l'action du corps humain exercé en dehors de ses organes visibles, autrement dit, l'action à distance, prouve l'existence d'un agent invisible, d'un intermédiaire fluidique qui constitue le lien nécessaire entre la pensée et la matière.
Non seulement cet agent existe, mais encore il est extériorisable et, en dehors du corps, on a pu constater ses propriétés dynamiques et sensibles.
Vingt années après W. Crookes, il fallut encore déployer une diplomatie extraordinaire pour amener quelques savants à venir voir de près ces phénomènes que, jusqu'alors, on n'avait regardé qu'avec mépris. De cette époque datera la naissance de la métapsychie, ce fut le beau temps d'Eusapia, qu'il nous faut encore défendre contre la calomnie et, à partir de ces séances devenues célèbres, l'étude de la métapsychie entre dans une voie meilleure. Ce sera l'éternel honneur des Lombroso, Charles Richet, Ochorowicz, De Rochas, etc., de nous avoir épargné la honte dont la science eut pu rougir à l'apparition du magnétisme.
Voici, extrait du livre de M. De Rochas, un fragment de compte rendu d'une de ces expériences au début :

« … Nous étions quatre amis autour de la table de rigueur, outre le médium Eusapia Paladino. Les places d'honneur, c'est-à-dire celles aux côtés du médium étaient prises : à gauche par M. Tassi, De Pérouze, à droite par le professeur Manuel Otéro Acévédo, de Madrid, qui est à Naples depuis deux mois (juin 1889). Il est venu tout exprès pour observer et étudier de visu les phénomènes que j'ai mentionnés en d'autres occasions.
Le professeur Otéro était cuirassé d'incrédulité, mais c'est un observateur scrupuleux ; j'ai le droit de supposer qu'il est la réincarnation d'un inquisiteur des temps de Torquemada, à en juger par sa manière de lier le médium et de le mettre dans l'impossibilité de faire le moindre mouvement. Je dois ajouter encore que, pour le convaincre toujours davantage de la sincérité des phénomènes, j'ai exigé plusieurs fois de faire les expériences, non pas chez moi, mais chez lui, c'est-à-dire dans sa chambre d'hôtel.
Après les préludes habituels de toutes ces séances, tels que : soulèvement de la table, coups au milieu de celle-ci, échange de saluts et de révérences spéciales à l'adresse du professeur Otéro, l'esprit familier qui, vous le savez, s'est toujours révélé sous le nom de John King, se déclara de bonne humeur et très heureux qu'on lui donnât l'occasion de tenter la conversation d'un matérialiste de cette trempe.
Fidèle à sa promesse il commença à approcher les chaises de la table en leur imprimant divers mouvements et en les mettant l'une sur l'autre. Il laissait entrevoir quelquefois un bras mystérieux qui sortait de dessous la robe du médium. Bras que l'on pouvait très bien toucher pour s'assurer qu'on n'était pas en proie à une hallucination : ce phénomène qui se produit souvent en pleine lumière est l'un des plus évidents, car il exclut toute fraude, et il suffit, à lui seul, à briser la cuirasse du plus obstiné Saint Thomas.
L'esprit de John nous pria ensuite de modérer la lumière en baissant le gaz jusqu'au point désiré par lui. Cette injonction qui est toujours un peu suspecte pour qui assiste la première fois à ces expériences, donna lieu d'espérer que les phénomènes allaient devenir extraordinaires ; l'émotion gagna les assistants. Au bout de peu d'instants pendant lesquels on n'entendit que le grincement habituel des dents du médium qui est dans un état de léthargie, Eusapia, au lieu de causer comme toujours en très mauvais patois napolitain, commença à parler en pur italien en priant les personnes assises à ses côtés de lui tenir les mains et les pieds.
Puis sans entendre le moindre frottement, ni aucun mouvement rapide de sa personne, ni même la plus légère ondulation de la table autour de laquelle nous nous trouvions, Messieurs Otéro et Tassi, les plus près du médium, s'aperçurent les premiers d'une ascension inattendue ; car ils se sentirent soulever tout doucement les bras et, ne voulant jamais quitter les mains du médium, ils durent l'accompagner dans son ascension. Ce cas splendide de lévitation est d'autant plus digne d'attention qu'il avait lieu sous la plus rigoureuse surveillance.
Bien qu'étourdi par un fait si extraordinaire et si imprévu l'un de nous demanda à John s'il lui serait possible de soulever un peu le médium de dessus la table, à pieds joints, de manière à nous permettre de constater encore mieux le soulèvement. De suite sans discuter la demande exigeante et malicieuse, Eusapia fut soulevée de dessus la table de 10 à 15 centimètres ; chacun de nous put librement passer la main sous les pieds de la "magicienne" suspendue en l'air. »

Le double d'Eusapia apparut pour la première fois lorsqu'elle fut magnétisée par M. De Rochas. Mise en état profond d'hypnose elle vit apparaître à son grand étonnement, sur sa droite, un fantôme bleu. A sa demande, si c'était John, elle répondit que non, mais que c'était de cela que John se servait.
Il fallut que ces phénomènes produisent une grande émotion dans toute l'Italie pour que Lombroso consentît enfin à l'examen de ces phénomènes honnis.
Peu de savants, dit-il, ont été plus que moi, incrédules au Spiritisme.
Mais après avoir entendu quelques savants nier les faits d'hypnotisme, comme la transmission de pensée, la transposition des sens.., je fus amené à me demander si mon scepticisme à l'égard de faits spirites n'était pas de même nature que celui des autres savants pour les phénomènes hypnotiques.
Ce fut à Naples, en 1891, à l'hôtel de Genève, où il était descendu que Lombroso commença ses expériences.
Il faut avoir lu les comptes rendus de ces séances ; celui qui veut se faire une opinion n'a pas le droit de les ignorer. Les hypothèses d'une force magnétique sont insuffisantes à rendre compte de ces faits scientifiquement observés. Une sonnette qui s'agite et promène au-dessus des têtes est tenue par une main, c'est la seule hypothèse explicative, d'ailleurs confirmée par la vue et par le toucher. Il ne suffit pas de répondre que tout cela vient du médium, c'est son double qui agit, et voilà la preuve matérielle que nous cherchons ; cela n'est pas nouveau puisque la croyance au double, faisait le fond de la science antique. Mais, dans les séances d'Eusapia, l'action d'un corps fluidique organisé a été prouvée avec toute la rigueur qu'on est en droit d'exiger à notre époque.
Dans les séances de Naples le rapporteur écrit : « Si l'on tient compte de la nature méridionale d'Eusapia, de son caractère vif et irritable, il faut s'étonner de sa patience à supporter les fantaisies torturantes des gens méfiants. Ces exigences, venant de personnes absolument incompétentes, me révoltaient au point que je me décidai à quitter la séance… Je regrette de le dire, au cours de la deuxième séance avec Eusapia Paladino, j'eus encore une fois la preuve que la croyance de l'homme est indépendante de son raisonnement . » 
Et, en effet les négateurs se contentent toujours de n'importe quelle objection, si absurde qu'elle soit.
A Rome l'action des mains fut manifeste, Ochorowicz vit un piano qui se déplaçait, il fut ouvert avec bruit et la main toucha quelques notes ; sur le désir exprimé on entendit en même temps des notes hautes et graves, aux deux extrémités du clavier, prouvant l'action de deux mains distinctes. Un verre à demi plein fut présenté aux lèvres d'Ochorowicz et de nombreux attouchements de mains visibles ne laissaient aucun doute qu'il s'agissait bien de main matérielle et humaine. La preuve qui résulte des empreintes et des moulages est encore plus forte. Enfin, à Varsovie, quarante séances, admirablement bien contrôlées confirmèrent tout ce qui précède et des actions telles que…, jouer de l'accordéon, enlever les lunettes, etc., sont bien le fait d'une main articulée.
On obtint aussi, une magnifique lévitation complète du médium, ce résultat quoique plus impressionnant que les autres, est moins utile à notre point de vue, car il ne permet pas d'affirmer que le médium était soulevé par des bras humains. Car c'est l'organisation fluidique d'un membre humain que nous tenons à démontrer.
Ochorowicz a imaginé un appareil électrique muni d'une sonnerie qui avertissait dès que les mains d'Eusapia abandonnaient le contact des mains des contrôleurs ; la sonnerie sonnait également si Eusapia ne touchait les mains de ses deux contrôleurs qu'avec un seule main. Dans ces conditions les observateurs furent touchés à plusieurs reprises et sentirent distinctement les doigts des mains sans que l'appareil sonnât.
Cinq personnes ont vu distinctement, à une clarté suffisante, une grande main gauche saisir la main de M. Prus-Glowaki au moment où ce dernier tenait lui-même la main gauche du médium, dont les deux mains étaient d'ailleurs visibles et contrôlées. La main qui touchait planait librement au-dessus de la tête du médium .
Voici d'ailleurs la dernière conclusion  d'Ochorowicz : « L'hypothèse d'un "double fluidique" (corps astral) qui, dans certaines conditions se détache du corps du médium, paraît nécessaire pour l'explication de la plupart des phénomènes. D'après cette conception, les mouvements d'objets sans contact seraient produits par les membres fluidiques du médium. »
Je pourrais multiplier les exemples ; le premier physiologiste et le premier physicien de notre temps, Messieurs Ch. Richet et O. Lodge ont organisé, dans les îles d'Hyères, des séances plus probantes encore si cela était possible. Reproduire leurs rapports insistant surtout sur la valeur du contrôle et la réalité de mains bien distinctes, serait un peu long et fastidieux, et ce serait une répétition inutile. Qu'il nous suffise de les rappeler, ici, pour ces pseudo-scientifiques qui, sans cesse se réclament de l'expérimentation mais qui ne croient jamais aux expérimentateurs.
D'après ces données authentiques, classiques et indubitables, nous pouvons affirmer que la force qui soulève une table, qui agite une sonnette, qui promène ses doigts sur un clavier, qui joue de l'accordéon, qui enlève des lunettes, qui se laisse voir, toucher, mouler et photographier n'est pas une force mécanique ; c'est bien un corps invisible dans les conditions normales, un corps doué de propriétés dynamiques, sensibles et extériorisable, qui se manifeste ainsi objectivement.
Enfin, si quelqu'un doutait encore de l'objectivité, de la rigidité et de la plasticité du corps psychique, nous lui rappellerions que les moulages, anciens et récents, ne laissent aucun doute à cet égard. Mais comme l'esprit humain est ainsi fait, que ses croyances sont souvent indépendantes de tout raisonnement, et que, pour ne pas se soumettre à l'évidence, on constate la valeur des expériences et des expérimentateurs, ces derniers ont obtenu une preuve irrécusable et permanente, qui défie toute imitation frauduleuse ; chacun peut la voir de ses propres yeux .
Je veux parler des gants de paraffine obtenus en des conditions de contrôle irréprochables. En priant l'entité occulte de plonger ses mains dans un seau d'eau chaude sur laquelle on a versé une couche de paraffine qui flotte à sa surface, la main qui s'enfonce dans cette cire liquide entraîne avec elle, en se retirant, une mince couche adhérente. Il n'y a qu'une dématérialisation du membre fluidique qui puisse se dégager d'un moule aussi fragile obtenu dans les mêmes conditions.
Le misonéisme, le dogmatisme passionné s'efforce cependant contre cette dernière preuve, on s'acharne contre elle, on a essayé d'en nier la valeur au moyen d'insinuation perfide et de sophismes honteux, nous ne nous attarderons pas à les réfuter.
Nous répondons seulement aux préjugés des hommes de science qui croient que les communications médiumniques sont à la base de toute croyance spirite. Il n'en est rien, les spirites de la première heure ont expérimenté comme les savants d'aujourd'hui. Il faut lire dans Aksakoff les récits de tant de séances où les moulages avaient été obtenus avec Miss Fairland, avec madame Firman (Psychische Studien, 1877) ; avec le Dr Monck, en 1878 ; dans de fameuses expériences de Reimers, avec Mme Harly où on a pu constater que les moules obtenus tenaient du médium les signes distinctifs de l'âge, tout en reproduisant des mains qui n'étaient pourtant pas les siennes. Ceci prouve que le double du médium est bien le support de la formation plastique, même quand cette formation est due à une intervention étrangère. Dans d'autres séances organisées également en 1878 Great Rossel Street, avec Eglinton, on a obtenu la reproduction plastique de son propre pied (double du médium), les pieds étant parfaitement contrôlés. D'autre part, avec Miss Wood on a obtenu dans une même séance deux moules de dimensions et de conformations différentes, tous les deux d'un pied gauche ce qui exclut la supposition bien absurde que le médium aurait plongé son pied dans la paraffine .
On remarquera donc que dans tout ce qui précède nous ne faisons appel qu'à l'expérimentation et que, s'il est bien vrai que les esprits se disent enveloppés d'un corps subtil, nous n'y ajoutons foi que parce que l'expérimentation est venue confirmer l'enseignement.
Le Spiritisme a toujours soumis sa croyance à l'examen de la raison et à la contre-épreuve expérimentale autant qu'elle peut être appliquée à l'être vivant.
C'est donc appuyés sur l'expérimentation, et sur le témoignage de la science indépendante que nous sommes  d'affirmer : 1èrement que nous avons un corps invisible ; 2èmement que ce corps est un agent dynamique ; 3èmement qu'il est un conducteur au moyen duquel se transmet l'idée du mouvement, ce qui explique le rapport entre l'esprit et la matière, entre l'œuvre et l'ouvrier.
C'est le véhicule de la force qui se manifeste dans l'être vivant, c'est le support des formes qui se matérialisent ; il se joue de la mort et préside aux naissances ; il explique l'évolution par un perpétuel recommencement des êtres et la continuité de l'élément psychique qui s'affirme par progrès constant, tel est le principe des réincarnations. Je vois bien des personnes qui déclarent ne pas y croire mais, parmi ces personnes je n'en vois pas une seule qui puisse m'expliquer l'évolution.
L'évolution est un fait qui se constate et qui, en dehors de toute explication, PROUVE la continuité de la force agissante. Dire que le Spiritisme n'a pas encore fait la preuve est une diversion facile ce qu'il faut retenir, c'est que la conception spirite nous a donné, de l'évolution, une explication rationnelle et suffisante, ce qu'aucune autre science n'a pu faire.
CHAPITRE VII
QU’EST-CE QUE L’ECTOPLASME ?

Il n'y a ici, ni religion, ni philosophie, ni athéisme, ni matérialisme, ni spiritualisme qui tiennent. C'est une question de faits.

PASTEUR.

Au cours de la longue expérimentation spirite est apparu un fait colossal, empiriquement constaté et encore inexpliqué, mais dont l'importance est telle qu'il est appelé à renverser bien des hypothèses qui étaient à la base de l'édifice scientifique, philosophique ou religieux. Je veux parler de l'ectoplasme qui, après avoir résisté depuis plus de soixante ans à tous les sarcasmes, a fini par voir tomber les dernières résistances de la critique. Aujourd'hui l'ectoplasmie est un fait constaté et expérimenté.
Les récents congrès psychiques ont mis la question à l'ordre du jour et, dans tous les pays, les expériences les plus récentes n'ont fait que confirmer les observations anciennes. Les Spirites de la première heure qui ont obtenu des apparitions ne pouvaient pas connaître la nature de l'ectoplasmie encore inobservée ; il apparaissait cependant, mais on ne voyait en lui qu'un travail préparatoire qu'on attribuait à la présence de l'esprit en voie matérialisation. Il a fallu l'intervention de la science qui, en serrant de plus près l'observation du phénomène, en analysant les phases et les aspects changeants, a reconnu la nature physiologique de la substance émanée du médium.
C'est M. Ch. Richet qui, le premier, a baptisé, du nom d'ectoplasme, cet aspect embryonnaire de la matérialisation que le Dr Geley étudia à son tour, et qu'il a commenté d'une façon si ingénieuse.
La première chose qui frappe l'observateur, quand il examine sérieusement l'ectoplasme, c'est le caractère incomplet de ses formations. Cet aspect défectueux est un aliment facile pour la critique et lorsque des personnes incompétentes, voyant ces choses pour la première fois, veulent se mêler de ce qu'elles ignorent, elles émettent un jugement stupide et précipité, en criant à la supercherie. Il n'y a pas fraude possible avec cinq ou six appareils photographiques, braqués simultanément autour du phénomène. Il est encore plus stupide, de la part de ceux qui n'ont rien vu, de condamner l'expérience sur le vu d'une photographie qui, prise à l'éclair du magnésium, ne fixe qu'un instantané, alors que la substance extériorisée se forme, se modifie et prend figure sous les yeux de l'observateur.
Ce qui résulte de ces épreuves instantanées, c'est que l'image prise de face offre une apparence normale, tandis que les objectifs qui visent le dos ou le profil, le dessus ou le dessous, nous révèlent les défectuosités d'un organe incomplet et les lacunes d'une substance encore informe.
Dans les vraies séances spirites, l'ectoplasme paraît être le prélude d'une matérialisation. Dans les séances expérimentales, qui ne poursuivent pas d'autre but que le contrôle rigoureux, on ne sait pas trop si le dédoublement du médium résulte de son seul effort ou si une intervention occulte nécessaire, mais l'hypothèse émise n'en est pas moins importante, car on suppose que l'image ainsi formée obéit à une pensée-force, que celle-ci vienne d'un esprit, du médium ou des assistants.
De toute façon, ce serait là la preuve de l'extériorisation de l'élément éthérique, dont le corps visible est la doublure et ce serait la preuve expérimentale de l'emprise exercée sur la matière par les forces psychiques.
Une force nerveuse ne peut pas produire des effets mécaniques et plastiques en dehors du corps humain. Or ces effets ayant été observés, en dehors du corps, nous pouvons être certains qu'il existe un agent dynamique solide et extériorisable, quoique invisible ; et c'est lui qui est l'appareil psychophysiologique, qui serait le conducteur de force, et l'agent de liaison, entre la matière et l'âme.
Il n'y a pas d'autre explication de la vie que le dynamisme intelligent qui est au sommet et imprègne toutes les âmes et leur instrument de manifestation qui est le Périsprit. L'homme est une force servie par des forces. Ces forces peuvent être maniées par une simple émission de la volonté dirigée par la pensée, ce que nous montre l'autosuggestion et l'hétéro suggestion ; c'est ainsi que les états d'hypnose se prêtent à l'expérimentation. Les recherches engagées dans cette voie par les premiers magnétiseurs, reprises et continuées par M. le Colonel De Rochas, attendent un continuateur.
Ce que nous attendons de l'idéoplastie, c'est qu'elle projette une nouvelle lumière sur le problème insoluble du mouvement dans l'Univers ce qui constitue le mouvement c'est un perpétuel échange d'énergie entre la matière et l'éther ; nos âmes participent à ce mouvement en puisant, dans ce mystérieux réservoir, la force individualisante qu'elle transmet au-dessous d'elle, nous ne sommes donc que les relais ganglionnaires dans l'unité de la vie universelle.
Entre le vivant et l'inerte, entre le corps et l'esprit, il y a un courant centrifuge et centripète qui explique nos activités physiologiques. Entre nous et l'au-delà, il y a des échanges semblables qui expliquent l'activité psychique. De là, viennent les intuitions, peut-être les réserves de la mémoire, nos inspirations bonnes ou mauvaises, sages ou folles. Pour que cet échange de relations puisse exister entre moi et mon organisme, entre moi et l'au-delà, il fallait un intermédiaire ayant des affinités sur les deux plans ; cet intermédiaire est précisément le périsprit, dont l'ectoplasme est une portion matérialisée.
Les premières preuves sérieuses de l'extériorisation ectoplasmique furent obtenues par les photographies vers 1873, avec M. Butland comme médium, et avec des expérimentateurs offrant toute garantie de compétence et d'honorabilité. Après bien des essais infructueux, M. Beattie obtint sur des plaques des formes inattendues. On opérait dans une chambre obscure en mettant, tout simplement, les mains sur la table.

« A la première séance, on fit neuf poses sans résultat. A la seconde séance, qui eut lieu une semaine après, nous obtînmes un résultat à la neuvième pose. Si nous n'avions rien obtenu, nous avions décidé d'abandonner les expériences. Mais en développant la dernière plaque, nous vîmes immédiatement apparaître une image ayant une vague ressemblance avec une forme humaine . »

Il faut remarquer qu'aucune forme n'était visible à l'œil, seule la plaque sensible enregistrait le phénomène invisible. Un grand nombre d'expériences permit de se rendre compte de la succession des images, et de leur évolution. On conclut alors à la présence d'une force invisible possédant la faculté d'exercer une action chimique et régie par une intelligence.
Il faut dire aussi qu'on ne connaissait pas les progrès récemment acquis en photographie, il fallait quatre minutes de pose, de sorte que substance odique, se modifiant durant le temps de pose, apparaissait comme un brouillard, mais les formes portaient en elles la preuve de leur extraordinaire origine. Les contradicteurs avaient la même mentalité que ceux d'aujourd'hui, toute hypothèse était bonne à condition de repousser l'idée d'une extériorisation organique et Hartman expliquait tout par les vibrations d'éther d'une réfrangibilité supérieure… (?) Mais en examinant les photographies publiées dans l'ouvrage d'Aksakof, on voit clairement que ces créations matérielles tendent à la forme organique et qu'elles évoluent vers la représentation d'ensemble d'une forme humaine. Cette évolution a été mise hors de doute par le professeur Richet et le Docteur Geley.
Ce que les spirites avaient constaté depuis longtemps est étudié aujourd'hui dans les laboratoires, dans les congrès métapsychiques de Copenhague, de Varsovie, de Paris, de Londres et d'Athènes. Partout on publie des rapports qui prouvent l'identité des résultats accompagnés de photographies qui, malgré la diversité des médiums présentent toutes le même aspect, et se confirment les unes les autres.
Après Crookes, le Dr Gibier, Sir O. Lodge, le prof. Richet, Ochorowicz, le prof. Morselli, le docteur Imoda, Mme Bisson, Schrenk-Notzing, les docteurs Geley, Crawford et Lebiectzenski, voici tout un lot d'observateurs nouveaux qui étudient l'ectoplasmie autour de l'admirable médium Margery et cela continue puisque le numéro de Psychic Science de janvier 1930 contient un rapport de T. Glen Hamilton, sur les médiums Elisabeth et Marie M., et reproduit des photographies semblables à celles précédemment obtenues. Il y aurait là des conclusions à tirer dont on ne saurait exagérer l'importance ; il y a des voix qui auraient le devoir de se faire entendre, des témoignages qui seraient précieux pour la connaissance de la vérité, mais que nous attendons en vain du côté des métapsychistes. Le docteur Geley avait commencé une étude en ce sens, il avait un volume en préparation sur ce sujet capital, nous avons eu le malheur de le perdre au moment où il rapportait les documents les plus précieux.
Enfin, la preuve définitive, la preuve visible et tangible du phénomène ectoplasmique se trouve dans les empreintes obtenues dans du mastic et des gants de paraffine qui ne peuvent être obtenus par aucun autre procédé que celui de la dématérialisation des mains fluidiques. Ces pièces sont inimitables, il est impossible, en enfonçant une main humaine dans du mastic, de faire un moule et il est impossible d'obtenir un gant de paraffine sans une préparation très compliquée et sans y consacrer un temps énorme, ce qui ne peut pas se faire dans une séance de contrôle. Là-dessus les sceptiques auront beau faire, griffes et dents viendront s'y briser.
Quant à ceux qui supposeraient que des expérimentateurs, jouissant de la considération générale, tant au point de vue scientifique qu'au point de vue de l'honnêteté, auraient pu se prêter sciemment à une fraude exigeant un travail de si longue haleine, nous n'avons pas à leur répondre, on ne discute pas avec les imbéciles.
Toute contestation est donc devenue inutile ; la production de mains moulée dans un gant de paraffine, de mains aux doigts recourbés, et même entrecroisées, constitue une preuve objective de la matérialisation et de la dématérialisation d'une forme organique indépendante du corps. Une série de moulages, jadis obtenus par M. Reimers, avait fait cette preuve dès 1876 et elle a été renouvelée à l'Institut Métapsychique par MM. Richet et Geley en 1921.
Il est incompréhensible que la presse qui accueille si facilement les prétentions du premier médecin venu à la découverte d'un nouveau microbe ou d'un vaccin, garde un silence inexplicable sur une découverte qui surpasse en importance toutes celles de ce siècle, pourtant si merveilleuses.
Il nous faudra accepter, désormais, la notion d'une force bio-psychique, propre à chaque individu et conditionnant l'activité personnelle de chaque entité douée de vie et de mouvement.
L'ectoplasme nous apporte la preuve expérimentale, la preuve visible et palpable de l'existence du périsprit. Cette matérialisation, si incomplète, si imparfaite qu'elle soit, n'est que la répétition d'un phénomène qui s'observe partout dans la nature. Une planète qui se condense, une plante qui sort de terre, ne sont que des matérialisations lentes. La naissance de l'enfant n'est, elle-même, qu'une matérialisation lente du périsprit qui s'incorpore ; la formation ectoplasmique est la répétition imparfaite et accidentelle du même processus et elle suit la même voie, c'est une parodie éphémère de la vie. Elle est éphémère parce qu'elle est idéoplastique.
Le corps invisible, encore ignoré de la science qui refuse de l'admettre, est donc un simple conducteur d'énergie psychique. C'est un véritable corps, à la fois matériel et invisible, un corps spécialisé, qui a été formé en vue d'une adaptation de l'âme individuelle à la vie corporelle. Cette adaptation, une fois achevée, fait partie de notre système vital ; elle établit la liaison entre la personne morale, que nous sommes, et l'œuvre qu'elle effectue actuellement sur le plan terrestre.
Après un demi-siècle d'expérimentation, il est temps d'examiner l'objet nouveau dans son essence et dans sa forme. Son essence, selon toute vraisemblance est éthérique et, lorsqu'on dit "le corps éthérique", il ne faut pas entendre, par-là, un corps léger, inconsistant, diaphane. Lorsqu'on l'étudie dans ses effets, on est stupéfait de constater que cette substance invisible est, en même temps, rigide et capable d'opposer une grande résistance à la matière. Ochorowicz, cet observateur si subtil et délicat, en détaillant le phénomène, en le disséquant, en l'analysant, en réduisant à sa plus simple expression le contrôle d'une action à distance, avait déjà remarqué la rigidité d'un simple rayon ectoplasmique. Dans la masse, elle est susceptible de déployer une force pour nous incompréhensible.
Qu'est-ce que l'éther ? Il paraît, d'après les physiciens et tout particulièrement d'après Sir O. Lodge, que notre matière visible, la plus dure et la plus solide, n'est, par rapport à l'éther, qu'une toile d'araignée, et, si paradoxalement que cela nous semble, l'éther serait mille fois plus dur que le plus dur des métaux.
Le périsprit, puisant dans l'éther les éléments constitutifs de son organisation fluidique, participerait-il de sa nature solide ? Il serait permis de le croire, d'après les expériences que nous connaissons. Le corps psychique, malgré sa nature protéique et son individualité, se montre capable d'extérioriser un dynamisme d'une puissance incroyable. Nous savons que son rôle est de transmettre la force odique, mais auprès des médiums exceptionnels et dans les séances spirites, on dirait qu'il fait fonction d'accumulateur. La force psychique peut se transmettre d'une personne à l'autre et, dans certains cas, plusieurs personnes réunies formeraient quelque chose d'analogue aux éléments d'une batterie électrique dont les forces s'additionnent quand elles sont reliées entre elles par certaines affinités psychiques, c'est-à-dire par des armatures de même nom.
Généralement, on attribue aux organes dans lesquels elle se manifeste la force connue sous l'appellation de magnétisme animal ou de courants odiques, forces plus ou moins soumises à des excitations conscientes ou inconscientes (la pensée qui guérit ; l'autosuggestion), mais dans les séances spirites, avec la collaboration des esprits, et sous la direction d'un guide, l'organe du médium devient un véritable accumulateur de forces psychiques, dont les effets ne sont pas imputables à l'action biologique normale, puisqu'elle accepte la direction d'une intelligence occulte et qu'elle répond au désir des expérimentateurs. Nous avons déjà parlé des lévitations d'Eusapia observées par les savants de tous les pays, à qui elles ont paru tellement légère qu'il leur semblait soulever une plume, je ne comprends pas pourquoi on a prétendu, à ces propos, qu'il y là une suspension des lois de la pesanteur, il n'y a jamais suspension des lois, il faut dire qu'Eusapia était soutenue, étayée, par quelque chose qui ne se voyait pas.
Et ce qu'il faut retenir de cette expérience, c'est que ce quelque chose, organe ou levier, était rigide bien qu'invisible. Voilà la révélation d'un fait qui n'est pas unique, puisqu'il a été, on ne peut mieux constater avec Home, et qu'on nous en a conservé plusieurs narrations dans les vies des saints. La même force se révèle dans les soulèvements d'objets lourds tels qu'un piano ou comme on l'a vu avec D.D. Home, un tronc d'arbre devenir tellement léger qu'il put le prendre sous son bras. Il y a là autre chose qu'une force électromagnétique puisqu'il y a forme inconnue de manifestation dynamique et un facteur psychique qui préside à son action. On constate, dans ces séances, une bonne volonté ingénieuse qui s'efforce de répondre à nos desiderata. Une table devient lourde ou légère et obéit à la parole, ce qui n'a pas d'équivalent en mécanique, ni en physique. Une bouteille de Leyde se décharge au premier contact ; la force psychique accumulée n'agit pas de même, elle se comporte comme celle qui opère dans les organes, elle s'épuise vite et elle s'adapte à une action déterminée. Une table est devenue lourde ou légère à la demande de R. Wallace, d'Aksakoff, de Bouterow, et d'autres. Citons les comptes rendus de W. Crookes qui a le plus d'autorité en la matière. Nous abrégeons.
Première expérience : une table est suspendue à une balance à ressorts. Au commandement : "Deviens légère", la balance n'accuse plus qu'un poids d'une demi-livre.
Deuxième expérience : "Deviens lourde" ; il fallut une force de vingt livres pour soulever un seul côté de la table.
Troisième expérience : Je demande si la force est capable d'élever la table bien horizontalement pendant que je l'attirais au moyen de la corde de la balance. La table quitte totalement le sol en restant parfaitement horizontale et la balance accuse une résistance de 24 livres, etc.
Quelque rapprochement que l'on puisse faire entre cette force qui soulève la table et un champ de force magnétique, cela ne diminue en rien l'importance du fait qu'il y a là, une intelligence qui comprend et qui collabore à l'expérience proposée. Et pour citer des expériences récentes, rappelons qu'Ossowiecki, chez la Princesse Wolkonska, en plein jour, attira à lui, d'une distance de 2,50 mètres, une statue de marbre ; il fallait trois hommes pour la déplacer. Il ne suffit pas de dire qu'il y a là une force inconnue, il y a un tracteur et ce tracteur est invisible, voilà ce qu'il importe de souligner. Il faut aussi remarquer que ces mêmes forces, qui semblent s'accumuler pour produire de tels effets physiques, se manifestent cependant au détriment des autres facultés médiumniques d'ordre subjectif. Par exemple, lorsque Ossowiecki eût renoncé à ces expériences à effets physiques, il vit se développer sa merveilleuse faculté de clairvoyance. Est-il donc possible qu'une force de même nature s'applique à deux sortes de médiumnité aussi différentes, au point que l'une épuise l'autre ? Ou bien se pourrait-il que la force odique se prête à des modifications ?
L'extériorisation de la force psychique se manifeste sous une forme qui m'étonne profondément et à laquelle on n'a pas paru prêter attention, je veux parler des coups frappés. Lorsque Eusapia, éloignée de la table, et en plein jour, faisait le simulacre de frapper du poing, des coups formidables lui répondaient.
Les procès-verbaux de l'Institut Général Psychologique en font foi, mais signalent seulement que les coups frappés se produisaient après que Eusapia en avait fait le simulacre. Elle frappait quelques coups dans l'air et la réponse rythmait ses coups comme un écho. Ou bien elle frappait sur l'épaule de M. Curie et c'était dans la table qu'on entendait les coups correspondants.
J'ai vu ce phénomène, maintes fois et de très près, et ce qui m'étonne le plus, ce ne sont pas les coups, c'est la nature du bruit qu'ils reproduisent, c'était des coups formidables, mais secs et durs comme le choc d'un marteau. Le poing ne pourrait pas faire cela, pas plus qu'une décharge électrique ou tout autre procédé imaginable. L'oreille ne s'y trompe pas. Si c'est un corps invisible qui frappe, ce serait donc un corps dur. Je me demande si cette nouvelle modalité du corps extériorisable ne serait pas de nature à expliquer la contraction musculaire et la rigidité cataleptique.
Des effets d'une grande violence ont été constatés dans des séances de matérialisations, lorsqu'on a saisi l'apparition par surprise. C'est un geste qu'on ne doit tenter que lorsqu'on est absolument sûr d'avoir affaire à un fraudeur. Si l'on saisit une extériorisation véritable la substance rentre si brutalement dans le corps du médium qu'il y a danger pour lui et pour l'expérimentateur qu'elle entraîne avec elle et comme la substance se résorbe instantanément la saisie ne prouve rien et ne sert qu'à alimenter la critique malveillante. Le journal l'Eclair, du 25 décembre 1905, en a rapporté un exemple. C'est le journaliste Montorgueil, qui fut le héros de l'aventure. Voici un extrait de son article :

« J'assistais à ces réunions en incrédules, convaincu que je démasquerais quelque mystificateur, je ne doutais point qu'il n'y en eût un parmi nous.
… Un soir je me sentis touché à l'épaule, c'était une bourrade un peu brusque. Un instant après, une jupe frôla mes genoux que je saisis entre mes doigts et qui leur échappa. Le fantôme revint sur moi, et, tout à coup, je me sentis violemment débarbouillé. Je crus à une plaisanterie insolente : je saisis, furieux, la main qui s'était promenée sur ma figure. La colère mêlée de quelque terreur décuplait mes forces. Je criai d'allumer, ce que l'ingénieur fit aussitôt.
J'étais debout, j'avais un bras passé sous mon bras qui l'appuyait contre mon corps ; je serrais le poignet que j'avais saisi dans mon poing dont la fureur faisait étau. Le silence était absolu ; je ne percevais pas le bruit d'un souffle. La main du fantôme essayait pourtant d'échapper à mon étreinte ; je la sentais fondre dans mes doigts.
Contre moi, personne ; chacun de nous était à sa place et témoignait plus de curiosité que d'essoufflement. Il est hors de doute qu'une personne que j'eusse ainsi saisie, je l'eusse jetée à terre ou dans ce corps à corps elle m'y eût jeté avant que nos mains ne se fussent quittées. Elle ne se fut pas certainement dégagée dans une bousculade.
Mon adversaire avait disparu.
… Je tenais dans ma main, arraché de la main du fantôme, le chiffon avec lequel j'avais été débarbouillé… Je dois noter qu'au moment où la lumière parut et que la main s'évanouit, le musicien (le médium) se renversa sur le canapé, dans un grand cri, et qu'il resta prostré, anéanti, plusieurs minutes. »

La personnalité du fantôme est une question que nous ne traitons pas pour le moment. Nous prétendons seulement que, d'une quantité d'observations on peut conclure à la nature solide du corps éthérique qui est l'armature indispensable au soutien de l'édifice matériel. La masse cellulaire n'a pas, par elle-même, la puissance de se mouvoir, ni de se contracter ; il faut que le courant odique provoque cette tension, et celui-ci agit sous la dépendance de la volonté. Il n'est pas facile de constater cette rigidité sur la matérialisation en voie de formation, parce que celle-ci ne se laisse pas toucher ou se résorbe aussitôt, mais on la constate dans la forme des empreintes et des moules en creux. Pour enfoncer un poing ou un visage dans un bloc de mastic il faut exercer une pression à laquelle la chair ne pourrait pas résister, elle s'écrase et elle se déforme. Pour obtenir un moule de cette espèce, il faut que toute la masse cellulaire soit imprégnée de ce dynamisme psychique qui contracte le muscle. C'est un courant odique qui, sous l'empire de la volonté, s'accumule et crée cette possibilité de tension qui s'observe également dans la rigidité cataleptique.
En somme, toute force émane de l'invisible et il n'y a pas d'exception à faire pour la force que nous sommes nous-mêmes.
CHAPITRE VIII
LE PROBLEME DES ORIGINES

Tous les jours des globes s'organisent, tous les jours des êtres nouveaux apparaissent, tous les jours des consciences se forment, tous les jours des âmes éclosent.

EUGENE NUS. (les grands mystères)

A la lumière des faits spirites, l'âme (appelez-la si vous voulez le dynamisme intelligent) demeure la seule hypothèse logique. L'œuvre de la création est soutenue par cette force mystérieuse qui pénètre tout, et qui fait sortir la matière de son inertie.
Âme, corps et conducteur psychique, voilà ce que nous pouvons connaître de nous-mêmes. Mais cela ne nous suffit pas ; le phénomène le plus incompréhensible, dans ce monde, c'est de nous y voir ; c'est de nous sentir vivants et conscients. Comment cela finira-t-il ?
A cette question, le spiritisme, seul, est capable de répondre. Remarquez bien qu'il ne s'agit pas, pour cela, de résoudre aucune énigme, il suffit de constater un fait. Il suffirait de constater la survivance d'une personne, ayant vécu sur la terre, pour avoir la certitude que la conscience individuelle n'est pas une flamme qui s'éteint quand il n'y a plus de chandelle. Il n'y a pas de mysticisme là-dedans, il n'y a qu'un fait inséparable de ses conséquences.
Mais avant de chercher cette preuve difficile, essayons de lire dans le grand livre de la nature toujours ouvert devant nos yeux. Si nous voulons savoir où nous allons, cherchons d'abord d'où nous venons, notre présent éclaire le passé et le passé éclairera l'avenir.
Dans le présent, observons la vie en nous-mêmes et sur ceux qui sont constitués comme nous-mêmes.
Commençons par l'enfant. Pour ma part je ne vois rien de plus absurde que de supposer que l'enfant qui vient au monde y vient pour la première fois. Il faudrait pour cela supposer qu'une chose obscure et sans nom, telle que serait une conscience neuve, chez qui aucune excitation antérieure n'aurait pu créer une mémoire, qu'un simple paquet de substances nerveuses, vide de sensation, et dénué d'expérience, serait déjà capable d'opération intelligente comme celle qui consiste à traduire, en image représentative d'objets, une simple sensation tactile ou, en images représentatives d'idées, de simples vibrations sonores.
Et puis est-il besoin de démontrer l'impossibilité qu'il y aurait à ce que se forme, dans le sein de la mère, au cours de neuf mois de gestation, un instrument aussi compliqué que l'appareil visuel, dans un milieu où la vue n'est d'aucune utilité, et cela avant d'avoir jamais fonctionné. Cette démonstration serait susceptible de longs développements mais il est inutile d'insister, tous les physiologistes sont d'accord là-dessus. Dans tout processus embryonnaire les organes complexes qui se forment sont des vies qui se répètent. Si l'homme est capable de vivre de la vie des sens, dès qu'il apparaît dans notre monde, c'est qu'il a fait un long apprentissage au cours de précédentes évolutions dans la vie animale.
Dieu amena à Adam tous les animaux c'est-à-dire que tous les animaux ont concouru à la formation de la bête humaine, sur laquelle il devait, plus tard, souffler le souffle de vie.
Ceci est donc visiblement écrit dans le livre de la Nature. Notre vie est une création lente et l'évolution, toujours en progrès, s'affirme en des formes successives. L'âme se matérialisa dans une première cellule vivante à travers les trois règnes de la nature, avant de s'élever jusqu'à l'homme. Voilà notre passé.
L'illusion qu'il importe de combattre c'est la légende d'Adam, l'idée de l'ancêtre, le grand-père du genre humain. On a faussé notre imagination avec cette idée de la descendance représentée sous la forme grossière d'un arbre généalogique. Il fallait représenter la création de l'homme, comme une nébuleuse, par l'amas d'une substance psychique brute. Il n'est pas possible de croire qu'il y a eu un ancêtre à l'origine de chaque espèce, que celui-ci soit apparu spontanément avec un organisme créé de toute pièce. Il n'est pas raisonnable de croire qu'une divinité capricieuse aurait, un certain jour, jeté, dans un point du temps et de l'espace, l'ancêtre du chien, du cheval et du lapin ; il faut admettre que rien n'a commencé dans l'ordre des causes, que la force créatrice a toujours existée ; il n'est même pas permis de croire à un germe initial et d'attribuer à ce germe le départ d'un mouvement. Un germe n'est pas une cause première, il n'est que la modalité d'une manifestation individuelle. Une faculté germinative serait aussi ridicule que la faculté dormitive. Supposer qu'elle aurait sommeillé pendant des siècles pour se réveiller un beau matin, ce serait recourir à l'explication du miracle.
Et puis si nous admettons un premier germe comme ensemencement de la vie, ce germe se serait comporté, comme tout autre germe, il n'aurait pas généré la diversité des espèces une graine de chou produira toujours du chou, un œuf initial n'aurait pas pu se diversifier.
Tandis qu'une force n'a jamais eu de commencement, le mouvement a toujours existé avec le dynamisme intelligent nous avons quelque chose de préexistant à l'individualité naissante et, d'autre part, le mouvement éternel qui agite l'univers nous permet de comprendre qu'une opportunité se présente, dans un temps et dans un lieu déterminé, pour une manifestation de la vie.
Le problème est, ici, le même que celui du mouvement. Le mouvement ne peut pas sortir de l'inerte, la vie n'a pas pu sortir du néant, la bille qui roule est la manifestation évidente de l'impulsion qu'elle a reçue ; une conscience qui évolue nécessite une impulsion analogue ; seulement la bille qui roule se ralentit, la vie ne se ralentit pas, elle progresse ; le champ de force est toujours là qui la retient comme le fer sous l'aimant. Loin d'entraver la marche des évolutions le renouvellement des organes ne sert qu'à fixer de nouveaux progrès. Le corps meurt, mais l'idée de l'espèce se conserve et même elle s'améliore.
L'âme est parfaitement visible à l'œil, pour celui qui sait lire dans le livre de la nature. Tout processus organique, toute opération physiologique est une manifestation de l'âme, comme le caractère d'imprimerie est une manifestation de la pensée. L'âme s'exprime dans la matière et elle s'observe dès la primitive cellule. Elle s'accroît, elle s'associe, elle se spécialise et elle s'organise en systèmes de plus en plus complexes et elle fait preuve d'une grande fantaisie, car l'infini variété des formes dès le début sera toujours un casse-tête pour le naturaliste.
Il faut voir, là, une psychologie de l'insecte. Il faut admettre que l'infiniment petit du principe pensant s'est allié à l'infiniment petit de la matière et que, pour la conservation et la reproduction des espèces ces consciences infimes ont trouvé des solutions différentes selon les contingences qui les stimulaient ou le milieu dans lequel elles évoluaient ou dans lequel elles puisaient leurs instincts.
Les êtres vivants ne descendent pas les uns des autres, ils s'associent. Mais c'est surtout au bas de l'échelle, chez les insectes, et dans le mystère de la fécondation, que ces associations présentent une diversité déconcertante, et ont fait preuve d'une ingéniosité qui confond notre science. En haut, cette diversité a disparu, les mammifères ne sont plus représentés que par un petit nombre d'espèces, et ils ont adopté un mode unique de fécondation. L'homme ne se reproduit pas autrement que les races bovines, chevalines, canines ou porcines ; tandis que les insectes, organisations déjà très complexes, paraissent s'être livrés à des tâtonnements sans nombre. Les pucerons, les moustiques, les fourmis, les annelés, les coquillages, les coléoptères, diptères, névroptères et lépidoptères ont résolu, chacun d'une manière différente, le problème de la procréation. Même des espèces que l'on pourrait croire très rapprochées l'une de l'autre telles que l'abeille et la guêpe ont une manière toute différente d'assurer la vie de leur progéniture.
Avoir observé tout cela, et déclarer ensuite qu'il n'y a, là, que l'effet simple d'une propriété physico-chimique serait un pur entêtement.
De la vie, nous ne savons rien, sinon qu'elle existe, qu'elle se modifie, que nous pouvons observer ses mouvements, desquels il résulte que la nôtre n'a pu apparaître qu'à la suite d'une longue série de modifications dont le processus de développement de l'embryon conserve encore les traces.
Mais si nous observons tout cela, c'est parce que quelque chose d'extérieur à la vie existait avant elle, ce dynamisme intelligent dans lequel existait, en possibilité, l'impulsion première de la conscience.
Toute vie individualisée a eu un commencement, tout organisme a commencé sur la Terre, la Terre elle-même a commencé mais, avant la formation de cette planète, il y avait déjà des astres vieillis et des astres nouveau-nés. Il y a toujours eu des cieux étoilés.
La question de l'origine de la bête humaine se rattache à la connaissance de notre évolution. La création opère aujourd'hui, comme elle a toujours opéré, elle est surtout agissante et elle est éternelle. Le premier homme n'a donc pas pu apparaître dans une région déterminée. La vie terrestre a commencé par une multitude de manifestations protoplasmatiques desquelles sont sortis des êtres simples, qui se sont multipliés et ont fini par s'associer, qui se sont spécialisés, trouvant avantage à s'unifier dans des organisations plus complexes qui représentaient la somme d'une quantité de vies antérieures qui, suivant certaines affinités, ont opéré la soudure. C'est sur toute la surface de la planète que la substance psychique brute a dû s'éveiller, c'est la totalité du globe qui a été le théâtre de cette évolution, l'animalité supérieure a préparé, pour nous, les instruments de vision, d'audition, etc., qui constituent la vie des sens, indispensable à l'éclosion de la vie mentale et l'homme a fini par apparaître dans toutes les régions de la terre habitable. Cette vérité cachée était déjà dans ce texte de la Bible où il est dit que Dieu donna des peaux de bêtes pour nous couvrir.
Autrement dit, l'esprit s'est incarné dans la matière vivante ; toute l'œuvre de la création est une matérialisation lente, qui se répète plus rapidement à la naissance de l'enfant. C'est là que la spiritualité commence, l'âme va prendre corps, c'est dans un organisme psychique déjà préparé de longue date qu'elle débute. Nous arrivons ici à la naissance de l'âme dont parle saint Paul, quand il dit que l'homme est né dans l'obscurité. C'est que l'âme est encore inconsciente. Remarquez que le mot latin employé par saint Paul  - (in ignobilitate) - peut très bien se traduire par l'inconscience originelle, l'état obscur de l'âme qui n'est pas encore née, parce qu'elle n'a pas encore senti, elle est vide d'expérience et par conséquent inconsciente. Saint Paul, qui connaissait bien l'école d'Alexandrie, semble avoir déjà compris la belle philosophie moderne exposée par le Dr Geley dans son livre : de l'Inconscient au Conscient. D'ailleurs il connaissait tous les mystères, mais il ne nous les donne pas comme venant du Christ.
On comprend que ceux qui avaient charge d'âmes n'aient pas fait entrer dans leur enseignement cette doctrine évolutive inaccessible au vulgaire. La légende d'Adam, susceptible d'être interprétée autrement dans l'enseignement oral, était peut-être très sage en d'autres temps et avec d'autres mœurs, c'était peut-être une grande force pour les autorités de laisser croire que le premier homme, ayant connu Dieu dans le Paradis Terrestre, c'était de là que venait la vérité révélée, dont les prêtres avaient pu conserver la tradition. Moïse aussi avait conversé avec Dieu, tenait tout de lui ; mais avec le nouveau Testament la loi s'assouplit et ceci est extrêmement remarquable, Jésus n'a pas laissé un mot de la loi écrite.
Mais le principe d'autorité recommença plus tard à s'appuyer sur des textes d'origine divine, ce fut au neuvième siècle pour soutenir le dogme de la souveraineté temporelle. On fit remonter l'institution des papes aux premiers temps de la nouvelle Eglise, au détenteur de la parole divine ; Saint Pierre avait connu le Christ, c'était à lui qu'il fallait attribuer la souveraineté de Rome et comme cette institution de la papauté n'apparaissait nulle part dans la vie de Pierre, ni dans celle de ses successeurs, Rome eut la mauvaise inspiration, vers le neuvième siècle, de se confectionner des archives, bien connues aujourd'hui, sous le nom de fausses décrétales. C'est dans le même état d'esprit qu'aux époques légendaires on imaginait un arbre généalogique qui attribuait une origine divine à l'autorité régnante. Tout roi descendait des dieux. Aujourd'hui les théologiens voudraient que leurs affirmations les plus imprudentes aient eu une origine surnaturelle, et ce sera, là, la mort du dogme, car la nature nous livre ses secrets.
La vérité est que la première manifestation de la force créatrice a été comme une poussière de vies qui s'élevaient de partout sur toute la planète et sont sorties péniblement, de leur période d'inconscience. Prenez une espèce quelconque, elle n'a pas d'ancêtres qui lui ressemble si l'on s'enfonce dans la nuit des temps. Sa forme actuelle est le résultat de progrès successifs qui se sont réalisés dans le temps et auquel ont concouru une multitude de vies antérieures qui existaient autrefois dans des organisations moins riches et moins complexes.
Il en est ainsi de l'homme celui qui voudrait remonter la piste de ses ascendants s'apercevrait bien vite qu'il est le produit d'une multitude d'alliances et qu'il a des millions de grands-pères ; toute recherche de filiation s'éparpillerait à l'infini pour aboutir à sa racine, qui n'est pas un premier germe mais un chevelu dont les fibres englobent le monde entier.
Darwin a abordé ce problème mais il est loin d'avoir résolu l'énigme. Il n'a même pas essayé d'établir l'arbre généalogique d'une espèce quelconque, il n'a même pas cherché l'origine des espèces, il a seulement cherché la cause de leurs mutations et ses observations conservent toute leur valeur ; mais il a parlé en naturaliste, il est temps de parler en métapsychiste ; la cause de ces modifications est d'ordre psychique. Le mouvement évolutionniste progresse sous l'impulsion du dynamisme intelligent qui le conditionne et le progrès nous montre que cette impulsion est permanente. On ne peut plus nier la présence de la force qui se cache dans la matière vivante. C'est cette force avec laquelle l'être s'identifie qui fait qu'il n'y a point de solution de continuité dans la vie consciente qui abandonne un organe pour en reconstruire un autre, de sorte que l'individualité se maintient dans le champ de force où baigne le corps éthérique.
La Palingénésie, c'est-à-dire le recommencement d'une vie qui se réincarne dans la matière, est la seule explication possible de la conservation des espèces et de leur marche vers le progrès. Avec elle on explique tout, sans elle tout retombe dans l'obscurité.
CHAPITRE IX
LA DOCTRINE DES REINCARNATIONS

L'honneur de l'avoir ressuscitée appartient à la France. C'est une gloire qui nous était due, car cette noble croyance a fait la force et la grandeur de nos pères. Nous parlons du dogme de la Réincarnation des âmes, du retour à la vie terrestre des hommes qui ont déjà vécu.

EUGENE NUS.

Il n'y a pas de créations spontanées, par conséquent on ne voit pas comment il serait possible d'imaginer une autre théorie que celle de la réincarnation pour expliquer l'homme en Dieu.
L'œuvre créatrice est une incarnation de l'esprit dans la matière, donc tout être complexe est une réincarnation, puisque cet être connaît déjà l'usage de ses organes ; cette mémoire des organes a été acquise au cours des vies antérieures, à moins de supposer que Dieu ait eu le caprice, à un certain jour, de faire un miracle, et de créer, tout d'une pièce, les ancêtres de tous les animaux que Noé dut enfermer dans son arche.
Ne pouvant pas croire à un pareil phénomène, nous sommes obligés de supposer que notre incarnation première était, à l'origine, sans précédent c'est-à-dire qu'une sorte de matière psychique brute attendait dans l'invisible, l'occasion d'une excitation quelconque pour prendre conscience d'elle-même, ce fut le commencement d'une individualisation, toutes les formes qu'elle a revêtues depuis ont été des réincarnations.
Mais nous venons de traiter cette question des origines ; prenons le même problème dans l'homme, le même raisonnement va s'appliquer à la naissance de l'enfant. Si son âme n'était pas, tout au moins, greffés sur des formes de vies antérieures, les perceptions organiques n'auraient, pour lui, aucun sens, sans mémoire, il ne pourrait pas se servir de ses organes, il n'en connaîtrait pas l'usage ; il ne pourrait même pas téter sa mère.
Admettons, si vous voulez, ce qui est contraire à nos expériences, que nous ne puissions pas obtenir de preuves de la réincarnation, il n'en reste pas moins établi que toute autre doctrine est inconcevable ; il faut donc voir ce que vaut celle-là. Au point de vue de l'éducation morale, il n'y en eut jamais de plus féconde partout où elle apparaît dans l'histoire, elle a fait la grandeur des nations qui l'ont enseignée, et tout particulièrement celle de nos ancêtres, les Gaulois, qui puisaient dans cet enseignement leur superbe mépris de la mort, cette croyance n'a faibli qu'au moment de la décadence des peuples, aux heures sombres de l'orgie romaine et dans la nuit du moyen âge. C'est un grand malheur, pour le néo-catholicisme qu'il n'ait pas osé reprendre, pour son compte, l'enseignement chrétien de la préexistence et des réincarnations ; enseignement que l'Eglise a laissé perdre à une époque barbare, où elle a préféré les menaces de l'enfer à l'idéal évangélique.
Je n'insiste pas sur l'antiquité de cette doctrine dont l'origine se perd dans la nuit des temps, c'est la plus universelle des traditions.
Plotin nous le rappelle au livre 1er de ses Ennéades : c'est, dit-il, un dogme reconnu de toute antiquité, et universellement que, si l'âme commet des fautes, elle est condamnée à les expier en subissant des punitions dans les enfers ténébreux (dans le noir diraient les voyants), puis elle est admise à passer dans de nouveaux corps pour recommencer ses épreuves. Et il dit plus loin : « Chacun a le sort qui lui convient et qui est harmonique avec ses antécédents. »
La liste des grands penseurs qui ont accepté cette doctrine, dans les temps modernes, est vraiment trop longue pour être citée : Fournier, Pierre Leroux, Henri Martin, George Sand, Lamartine, Victor Hugo, etc., mais surtout Jean Raynaud qui a écrit un livre (Terre et ciel) pour en démontrer la parfaite ordonnance et la logique, ce livre forçait l'admiration d'Armand Barbès.
L'idée réincartionniste ne rencontre d'objection que de la part de ceux qui s'en font une idée fausse, car elle n'est pas toujours bien comprise. Non seulement elle est satisfaisante pour la raison, mais encore elle s'accorde avec toutes les sciences naturelles, à condition de ne pas la confondre avec la métempsycose. On ne suppose pas que les âmes changent de corps, mais on admet qu'elles trouvent, dans leur périsprit, le support indispensable à la conservation de la conscience acquise et que ce noyau, âme et périsprit, une fois individualisés, est capable de reconstruire un corps semblable au précédent, en s'assimilant la substance organique qu'il puise dans le sein d'une mère nouvelle. Il refait ainsi ce qu'il a déjà fait et cela est conforme aux lois de la nature puisque toute vie est un recommencement, l'embryon porte en lui, les traces physiologiques de son passé et de ses progrès. C'est une édition revue et corrigée des formes anciennes.
Les physiologistes nous apprennent, en effet, que le développement du fœtus, dans le sein de la mère, ne fait que repasser, en un temps très court, par les prodigieuses étapes qu'une évolution antérieure avait mis des siècles à parcourir. Pour que cela ait été possible il a fallu, de toute nécessité, que la vie atomique, c'est-à-dire l'âme obscure de la primitive cellule, survécut à toutes les destructions organiques.
Le périsprit nous apparaît donc comme le support de l'énergie psychique qui maintient le progrès réalisé au cours de la transformation des espèces ; il explique la marche progressive de l'humanité, bien mieux que l'atavisme dont nous ne connaissons pas les lois.
Le Docteur G. Geley, qui a si bien approfondi la question, a démontré ces trois propositions essentielles : 1° que l'idée réincarnationniste s'accorde avec toutes nos connaissances scientifiques actuelles, sans être en contradiction avec aucune ; 2° elle donne la clef d'une foule d'énigme d'ordre psychologique ; 3° elle s'appuie sur une démonstration positive. Aujourd'hui elle paraît devoir jeter une lumière sur la science la plus moderne et il ne semble pas qu'on puisse lui opposer d'objection sérieuse.
Il doit être bien entendu, tout d'abord, que nous ne nous écarterons pas de la doctrine du transformisme évolutionniste si bien appuyée sur des faits d'observation qu'elle n'est plus contestable. D'autre part, nous admettons que, pendant la vie comme après la mort, l'âme baigne dans un dynamisme intelligent principe de toute vie consciente. Mais nous n'acceptons pas cette élucubration métapsychique en vertu de laquelle l'individu plongerait, par intermittence, dans cet océan d'omniscience que serait la vie universelle, et qui mettrait l'homme en rapport avec l'absolu, c'est-à-dire avec Dieu.
On a prétendu que cette théorie serait plus avantageuse parce que, étant plus large, elle s'appliquerait à tous les faits ; mais elle est si large que l'homme s'y noierait, il n'en reviendrait pas et, bien que cette hypothèse soit de tout repos pour la commodité des inventeurs de systèmes, nous répudions ce mysticisme métapsychique qui prend sa source dans l'imagination et qui ne répond pas aux faits ; il faut toujours s'en rapporter aux faits.
Nous ne partons pas de cette hypothèse mais de cet axiome irréfutable que l'homme est une émanation du principe intelligent qui l'a créé. Pour le reste notre point de départ sera l'étude de l'homme, c'est-à-dire une simple branche de l'histoire naturelle.
Nous ne savons pas ce que c'est que la vie mais nous pouvons voir comment elle se comporte. Ce que nous voyons de notre existence n'est que le petit fragment compris entre le berceau et la tombe. Commençons au berceau ; voilà un enfant qui naît, est-il admissible qu'il vienne au monde pour la première fois ? Toute la physiologie, d'accord avec l'embryogénie, proteste contre la possibilité d'une apparition spontanée d'organes complexes dans le sein de la mère et qui seraient arrivés à un développement complet avant de n'avoir jamais fonctionné. On doit sentir l'absurdité de cet organe précédant la fonction sans que ce sujet nécessite de plus longs développements. Qu'il me suffise de faire remarquer que, suivant la vieille physiologie classique, qui expliquerait la formation des organes par la multiplication des cellules, l'acte de la fécondation ne produirait pas autre chose qu'une tumeur plasmatique.
Mais un organe spécialisé dans une fonction, un instrument aussi compliqué que l'appareil visuel, comment pourrait-il se former, et évoluer, dans un milieu où il ne sert à rien ? Force nous est de supposer que le dynamisme vital ne fait, ici, que recommencer une construction apprise dans l'exercice des vies précédentes. C'est une adaptation qui n'a pu se réaliser qu'au cours des siècles, la vie animale a créé cette fonction, a préparé cet organe avant que l'homme n'apparaisse.
Il ne faut pas se laisser troubler pour cette similitude de nos organes avec ceux des animaux, cela n'implique pas la descendance ; mais il n'y a pas deux sortes de dynamismes, un pour soutenir la vie animale et un autre pour soutenir la vie humaine, sans connaître le mystère qui nous rapproche de nos frères inférieurs, reconnaissons qu'entre notre œil et celui du chien il n'y a pas de différence, il n'y a pas deux manières de voir et il n'y a pas, du moins chez les mammifères, deux manières différentes de perpétuer la vie. N'insistons pas.
L'idée que nous nous faisons de la création est donc celle de l'évolution lente. Il y aurait, à la base de la vie, une sorte d'élément psychique, brut, une sorte de doublure de la matière (force et matière inséparables) tendant à la vie et donnant naissance à l'individu. L'évolution du corps et de l'âme se faisant l'une dans l'autre et l'un par l'autre. Ce qui explique la formation du corps psychique dans les éléments empruntés à l'éther, puisque le corps éthérique n'est plus pour nous une hypothèse et que la doctrine spirite admet ces trois éléments : Le Corps, le Périsprit, l'Âme. Si les deux éléments âme et périsprit n'étaient pas durables, il n'y aurait jamais eu le progrès des espèces, en supposant que les forces de la nature puissent animer le protozoaire, l'évolution n'irait pas plus loin et chaque vie retomberait dans la mort.
Il n'en est pas ainsi, chaque vie s'élève au-dessus de la précédente et c'est ainsi que le progrès s'affirme, c'est donc que rien ne se perd et que les êtres, fussent-ils à peine conscients, il reste toujours d'une vie sur l'autre, quelques éléments acquis fixés dans la mémoire. Chez l'homme le souvenir des vies passées se manifeste rarement. Il réapparaît cependant le plus souvent chez les enfants morts en bas âge. Le souvenir qu'ont certaines personnes des lieux qu'elles n'ont jamais visités n'a pas une grande valeur probante, elle en a cependant lorsque ce souvenir s'applique à des événements contemporains des années antérieurement vécues et sérieusement contrôlées. Sans appuyer notre doctrine sur des constatations de cette nature, elle reçoit cependant, de quelques-uns de ces cas, une confirmation sérieuse.
A la préexistence est liée la loi du Karma, selon laquelle les douleurs de la vie présente correspondraient à des fautes commises dans nos vies passées. On objecte à cela que si nous n'avons pas le souvenir du passé, nous ne savons pas pourquoi nous sommes punis et que dans ces conditions nous ne nous améliorerons pas. C'est ravaler bien bas la notion de justice immanente que de la concevoir ainsi sur le plan de notre pauvre justice humaine. Cette idée de chaque faute correspond à une expiation dont nous pourrions consulter le tarif est naïve et bien éloigné du progrès. Si nous ne faisions le bien que pour ne pas être puni cela n'aurait aucun rapport avec la morale. La loi de Karma nous fait passer par les épreuves les plus utiles à notre avancement et c'est tout. On ne nous pousse pas vers l'expiation, on nous pousse vers l'expérience.
C'est librement que nous devons évoluer, n'a-t-on jamais vu un voleur professionnel renoncer à un cambriolage facile parce qu'il aurait été en prison ? N'a-t-on jamais vu un joueur renoncer au jeu parce qu'il a perdu ? Non, on se moralise soi-même au contact des épreuves dont la vie est remplie, le progrès consiste à vouloir le bien et non pas à éviter le châtiment ; l'âme devient meilleure, d'une vie sur l'autre, parce qu'elle revient plus forte, plus apte, plus puissante au prorata de ses efforts. Et puis ne sent-on pas l'impossibilité d'une vie de société avec les souvenirs du passé ; si vous vous souvenez, les autres se souviendront aussi, alors…? Non, non, le grand bienfait de la mort c'est d'effacer les traces d'un passé dont on aurait à rougir. On ne peut pas vivre de la vie normale avec un casier judiciaire.
D'ailleurs la justice immanente n'est pas forcément personnelle, il y a une solidarité entre les hommes ; nous la comprendrions si nous pouvions jeter un regard d'ensemble sur le monde, et un regard en arrière dans le temps. Nous sommes solidaires de tout ce qui nous entoure, de la famille, de la nation. Libres de faire le bien ou le mal, nous nous modifions constamment au contact de nos fréquentations et, par le seul fait de l'expérience acquise, nous nous réincarnons avec une force accrue, des intuitions meilleures, des aptitudes développées par le travail, une intelligence plus lucide et c'est la raison par laquelle chaque enfant qui naît représente une valeur différente en venant au monde. Si nous n'admettons pas que la vie se soit ébauchée progressivement et par étapes, c'est donc que Dieu aurait attendu, pour créer les âmes, le moment de la naissance. On sait où cela nous mène et quel rôle on fait jouer à la Divinité en supposant qu'elle collabore avec l'homme, lorsque l'enfant est le fruit de l'adultère, du viol ou de la luxure.
Et quelle injustice lorsque, de deux âmes également innocentes, puisqu'elles n'auraient jamais vécu, nous voyons celle-ci placée dans la misère, n'ayant que le vice pour exemple, et celle-là dans un milieu intellectuel, chez des parents riches, ce qui ne l'empêche pas de devenir un petit chenapan qui fait le désespoir de sa famille. Mais le vrai argument, nous l'avons signalé plus haut, c'est l'impiété suprême qui suppose la puissance créatrice attendant le rapprochement des sexes pour sanctionner par son intervention directe, l'acte du débauché. On peut défier la théologie de sortir de ce dilemme ou bien Dieu est un monstre ou bien l'enfant que nous voyons n'est pas une âme neuve.
D'ailleurs nous pouvons présenter la même objection devant la philosophie. Sans antécédents, une âme capable de vivre, ne fut-ce que de la vie animale, serait une chose inconcevable. Ce serait une âme à laquelle il faudrait de longues années pour acquérir la sensibilité, vide de souvenirs, vide de sentiments, incapable de comprendre et de comparer, elle n'aurait aucune notion du monde extérieur ; puisque, n'ayant jamais été mise en rapport avec la matière, le langage des sens n'aurait aucune signification pour elle. Ce ne serait pas en quelques années qu'un petit paquet de chair inerte pourrait devenir un Pascal ou un Mozart. Dans une conscience qui n'a pas encore été meublée, il ne saurait y avoir de dons innés. Du moment qu'un enfant entre dans la vie avec l'aptitude de voir et de sentir, c'est qu'il a précédemment vécu. Même en supposant que la vie animale nous ait préparé le terrain, l'âme aurait eu besoin d'une longue pratique pour s'adapter aux sensations et apprendre à quoi elles correspondent. Sans les vies antérieures le petit poulet, qui sort de son œuf, serait bien incapable de tenir son équilibre, l'enfant ne pourrait même pas téter sa mère.
Il y a dans la partie animale de notre être quelque chose comme l'âme des organes ; n'oublions pas le rôle du Périsprit qui est comme un agent de liaison entre la vie animale et la vie de l'esprit. Sans les éléments vitaux accumulés depuis des siècles dans le Périsprit l'acte de fécondation ne produirait qu'une tumeur, quelque chose d'amorphe et voué à l'avortement.
Quelques personnes croyant encore qu'il y a eu des âmes originelles demandent : D'où provenaient les âmes qui animèrent les premiers habitants ? Mais il n'y a jamais eu de premier habitant sur la Terre, tout est le produit de l'évolution ; la force créatrice a fait surgir la vie de toute la surface du globe, les espèces se sont formées d'elles-mêmes et par leurs propres forces ; Dieu n'a jamais eu le caprice de créer le premier lapin, le premier cheval ou le premier homme. « La plus haute idée qu'on puisse se faire d'un ordonnateur, c'est de le supposer formant un monde capable de se développer par ses propres forces et non par de continuels miracles » (Léon Denis).
Une erreur qu'il ne faut pas laisser accréditer, c'est celle qui suppose que la réincarnation est un cercle fermé, que les hommes naissent, meurent et se réincarnent perpétuellement. Dans cet ordre d'idée les hommes seraient en surnombre, la planète deviendrait un trop plein de vie, et il arriverait un moment où il n'y aurait plus de fœtus disponibles pour tout le monde. C'est là une façon mesquine de comprendre le mouvement évolutionniste. Tous les fleuves se jettent dans la mer sans qu'elle déborde, l'océan spirituel est assez large pour absorber le trop plein des âmes ; ceux-là seuls se réincarnent qui n'ont pas d'accès à la vie spirituelle.
Ceux qui, ayant vécu exclusivement de la vie des sens, représentent les déchets d'une humanité insuffisamment évoluée, retombent à la voirie terrestre. Les autres, les hommes supérieurs, nous ne les revoyons pas et cela explique tout naturellement la constante médiocrité de notre moyenne terrestre.
La crainte de se réincarner dans une autre race, la crainte que les esprits mal intentionnés s'introduisent, pour y apporter le trouble, dans une honnête famille est une crainte chimérique parce que c'est ici, surtout, que la loi de Karma agit d'une manière effective en présidant aux réincarnations, ne s'incarne pas qui veut, ni où il veut ; c'est une loi d'affinité qui permet à chacun d'entrer dans le milieu qui est harmonique avec ses antécédents. C'est aujourd'hui, c'est dans l'épreuve présente que nous déterminons le sort qui nous conviendra, d'après la loi de Karma qui opère automatiquement, et c'est aux erreurs d'une vie passée qu'il permis d'attribuer les afflictions de la vie actuelle. Toutefois il faut bien se garder de juger son prochain sur de telles apparences ; si la mort a tout effacé nous devons faire comme elle et oublier le passé.
Il peut se faire, après tout, que les estropiés, les idiots et les impotents aient expier quelque chose de leur passé, il est possible qu'ils soient ce qu'ils se sont faits eux-mêmes ; leur état présent a peut-être réalisé un progrès sur une vie antérieure, et nous n'avons pas à juger cela mais, en tout cas, s'il y a des accidents dans la nature, s'il y a des vies manquées, il serait bien injuste qu'ils n'aient plus le moyen d'évoluer, une incarnation nouvelle leur offrira des possibilités de recommencer une vie meilleure.
Il n'y aura pas de théorie qui explique mieux que celle des réincarnations l'indifférence de la Nature devant la mort. Bien souvent les catastrophes ne sont terribles que pour les vivants, la mort est douce pour celui qui ne l'a pas vu venir et son réveil, dans l'au-delà, le plonge dans le ravissement.
Il nous faut maintenant répondre à la grande objection mystique de la résorption dans le grand Tout. Ce serait la fin nécessaire de l'homme qui cesserait de se réincarner, c'est-à-dire sa fin individuelle, son anéantissement. Si cela devait arriver ce serait dans quelques milliards de siècles. Pourquoi, se demande-t-on, ce plongeon dans l'océan mystique, alors que cela est incompatible avec le fait des vies successives ? Puisque l'évolution commence au bas de l'échelle et que les espèces qui se recommencent, par-dessus tant de destructions organiques, nous font voir, par un progrès constant, que les animaux eux-mêmes ne meurent pas entièrement, on se demande pourquoi l'homme, pourvu d'un corps psychique, disparaîtrait dans l'infini comme une goutte d'eau dans l'océan ? L'expérience nous montre que l'être plus infime conserve sa vie et continue de l'organiser, que la mort ne l'atteint pas, que la force créatrice maintient éternellement l'impulsion qu'elle donne à la vie du moindre insecte privé de son corps, et l'homme, privé du sien, serait une exception dans la nature ? Si les âmes, privées du corps épais, devaient rentrer dans l'océan spirituel, elles y rentreraient beaucoup plus tôt, dès le commencement de l'évolution, et si l'on prêtait à la nature le pouvoir d'animer un protozoaire, elle produirait éternellement des protozoaires et jamais rien de plus, la mort faisant rentrer l'élément éthérique dans le grand tout.
Mais puisque l'élément éthérique s'organise jusqu'à former un corps humain, pourquoi supposer que ce corps éthérique se dissout ? Un crabe, voyant une méduse, pourrait prétendre que ce corps, transparent comme un liquide, va se fondre dans la mer. Celui qui croit à la résorption raisonne comme ce crabe.
L'homme organisé étant force et matière, la matière disparaît et la force reste, tandis que l'organe éthérique, le périsprit, le corps astral maintient la cohésion de l'édifice plus subtil qui assure la permanence des souvenirs et de la conscience individuelle. L'âme, ainsi pourvue, pourra baigner dans un dynamisme supérieur, intelligent et conscient, elle ne s'y noiera pas.
Pour bien comprendre la nécessité des réincarnations il faut admettre le transformisme évolutionniste, il faut constater le progrès lentement réalisé à travers toutes les formes vivantes. La physiologie et l'embryogénie ne nous permettent pas de croire à l'apparition spontanée d'organisme complexes qui n'auraient point passé par la longue filière des évolutions successives, à la formation, même en neuf mois, d'un appareil qui n'aurait jamais fonctionné. C'est à ceux qui croient au miracle de nous donner une explication acceptable des faits observés, nous sommes tout prêts à l'accepter si elle est aussi satisfaisante que la nôtre. Pour nous une seule existence est insuffisante pour le développement spirituel et moral de l'être. Nous dirons avec le Docteur Geley : «Renfermer toute notre vie matérielle dans la durée moyenne d'un demi-siècle passé sur notre planète est aussi enfantin que faire, comme jadis, tenir dans cette planète l'univers entier. »
Aucune doctrine n'est plus belle ni plus explicative que celle de la réincarnation, jointe à la notion de l'évolution animique marchant de pair avec l'évolution organique ; nulle ne s'accorde mieux avec les sciences et avec la conception si grandiose de l'unité et de l'universalité de la vie. Elle explique tout, elle embrasse tout, elle synthétise tout. Sans elle on ne comprend rien. Léon Denis disait : « Sans la loi des réincarnations, c'est l'iniquité qui gouverne le monde »

CHAPITRE X
L’AU-DELA

Les deux mondes ont été créés par le même auteur, qu'il se nomme «La Matière» ou «Dieu».

J. HYSLOP

On ne dira jamais assez combien l'au-delà est une chose simple et naturelle. Une vie en dehors des organes des sens a pu sembler, aux physiologistes, être une invention paradoxale. C'est parce qu'ils ne tiennent compte ni du milieu ni du corps éthérique.
Entrer dans l'au-delà ce n'est pas s'envoler dans l'espace c'est tout simplement changer d'organe. Si vous regardez dans une lunette astronomique avec l'oculaire terrestre, vous voyez les choses de la terre ; si vous changez l'oculaire, vous recevez les choses du ciel. Notre conception de l'au-delà est tout aussi simple. Nous avons deux moyens de percevoir l'un, qui convient à l'observation des objets matériels, l'autre, qui s'adapte aux mouvements de la pensée et à la vision subjective. Le corps c'est l'objectif terrestre, impropre à l'observation des étoiles.
Il n'est plus permis de croire que le mouvement des idées soit le produit d'une activité physico-chimique, et que celles-ci sortent, comme le gaz se dégage de la combustion du charbon.
Le Spiritisme, science nouvelle, positive et expérimentale, a transporté ce problème du terrain religieux, où les théologiens prétendaient le maintenir, dans le domaine de l'observation empirique parce que, de nos jours, à défaut de la foi religieuse, il n'y a plus que la manifestation positive qui puisse tirer l'humanité de son indifférence, et de l'immoralité où elle semble se complaire.
Pour prouver que la vie est possible en dehors des organes il faut montrer que l'âme peut agir en dehors du corps, et il faut prouver que la sensibilité n'est pas liée aux organes. C'est ce qu'a prouvé l'extériorisation de la motricité et de la sensibilité, qu'a si bien étudiée M. le Colonel De Rochas. Aujourd'hui les organes ne sont plus que des instruments de transmission, et les métapsychistes sont obligés de reconnaître qu'à côté des perceptions matérielles il y a une sensibilité spécifique, qui atteint l'âme et qui lui apporte des informations sans aucune participation des sens. Et cela suffit à prouver que l'âme est indépendante du corps, et que les sens ne lui sont pas indispensables pour se créer une vie de relation avec le monde visible et invisible. Les spirites ont été les premiers à comprendre la valeur de l'expérimentation objective et prendre la valeur de l'expérimentation objective et Allan Kardec a tenu à donner une base scientifique à la connaissance des faits traditionnels sur lesquels se sont appuyées toutes les religions.

« Le Spiritisme, dit-il, procède exactement de la même manière que les sciences positives, c'est-à-dire qu'il applique la méthode expérimentale : Des faits d'un ordre nouveau se représente qui ne peuvent s'expliquer par les lois connues ; il les observe, les compare, les analyse, et, des effets remontant aux causes, il arrive à la loi qui les régit ; puis il en déduit les conséquences et en cherche les applications utiles.
Il n'établit aucune théorie préconçue ; ainsi, il n'a posé comme hypothèse, ni l'existence ni l'intervention des esprits, ni le périsprit, ni la réincarnation, ni aucun des principes de la doctrine ; il a conclu à l'existence des esprits lorsque cette existence est ressortie avec évidence de l'observation des faits et ainsi des autres principes. Ce ne sont pas les faits qui sont venus après coup confirmer la théorie, mais la théorie qui est venue subséquemment expliquer et résumer les faits. »

Ceci était écrit en 1868, et cependant c'est un reproche qu'on adresse constamment au spiritisme d'être né du besoin de croire, de n'être qu'un retour atavique aux aspirations mystiques de la vieille humanité.
Ces critiques, qui n'ont jamais lu un ouvrage sérieux sur le spiritisme, croient aussi trouver une preuve de nos aspirations sentimentales, dans fait que nous affirmons notre croyance en Dieu.
Mais notre croyance en Dieu n'est plus mystique, ni moins scientifique, que notre conception de l'au-delà telle que nous venons de la définir. Nous avons, au choix, trois mots à mettre au sommet de la création ce sont Dieu, Cause première ou force cosmique. Ces trois mots sont synonymes et désignent absolument la même chose. Dieu ne se définit pas, il est inconcevable. Mais la Force aussi est invisible et inconnaissable. La science préfère le mot force, seulement comme elle sous-entend, par-là, que, en tant que cause première, elle est inconsciente ; elle définit ce qu'elle n'a pas le droit de connaître et comme nous tenons pour certain ce postulat de la raison, que toute force intelligente vient d'une source intelligente, nous serrons la vérité de près en préférant le mot Dieu.
Si la science, prétendue positive, pouvait nous dire sur quelle bonne raison elle s'est appuyée pour conclure à l'inconscience de la cause première, nous pourrions nous incliner mais, en attendant ce jour lointain, l'hypothèse la plus logique reste seule admissible.
Ceci dit, redescendons sur le plan matériel, le seul qui s'offre à l'expérimentation. Les expériences faites avec les somnambules et dans les états d'hypnose nous ont déjà permis de constater, dans l'homme vivant l'indépendance de l'âme et du corps. Il n'y a donc aucun obstacle à ce que l'âme survive, en rappelant toutefois que l'âme n'est jamais nue et que son corps invisible limite toujours le champ de force qui la maintient dans son unité. De là vient la possibilité, pour ceux qui sont séparés du corps, d'agir sur la matière organique.
Incrédules, voilez-vous la face, mais prêtez-nous l'oreille ! A l'état d'extériorisation l'homme vivant peut produire tous les phénomènes que vous appelez surnaturels dès qu'ils semblent provenir des désincarnés. Le corps éthérique est capable de transmettre au loin le dynamisme spécifique de l'âme, il peut agir sur les organes étrangers de ses pérégrinations dans l'espace il peut rapporter des sensations visuelles et auditives, facilement vérifiables, et dans des circonstances assez rares, on a pu constater que l'écriture automatique n'avait pas d'autre cause qu'une pensée émise à l'instant même où le médium écrivain la fixait inconsciemment sur le papier.
Dans bien des cas la télépathie suffit à expliquer les phénomènes. Ce n'est pas le cerveau du sensitif qui est atteint, ce sont les centres secondaires, ceux de la vision, de l'audition, du mouvement, etc., qui perçoivent télépathiquement et qui exécutent mécaniquement.
Cela ne diffère pas de l'action physiologique normale, puisqu'il suffit de penser un geste pour qu'il s'effectue dans la complète ignorance, où sont la plupart des hommes, de l'organisme qu'ils mettent en mouvement seulement dans la médiumnité, la pensée est perçue télépathiquement, et l'organe secondaire obéit automatiquement. L'idée égale l'action. Par le seul effet de l'idée transmise on a pu obtenir des apparitions. Entre deux personnes vivantes, la concentration de pensée de l'une a pu produire, sur l'autre, l'effet d'une apparition visuelle. Voilà en quoi consistent les opérations de l'au-delà.
L'au-delà n'est pas là-haut ; il est dans l'homme corporel aussi bien que dans celui qui a quitté son enveloppe. L'au-delà c'est tout simplement ce qui est au-delà de nos sens, en dehors de nos perceptions ordinaires. Ainsi les deux mondes s'interpénètrent ou plutôt il n'y a pas deux mondes, il n'y a qu'une modification dans notre façon de percevoir.
Les ignorants, les indifférents et les incrédules se font toute autre idée de l'au-delà qu'ils qualifient de surnaturel et même les scientifiques semblent ignorer les explications simples et rationnelles que les spirites donnent de tous les phénomènes transcendants du psychisme. Chose curieuse ils ne veulent pas croire à l'origine extérieure de certaines communications, parce qu'ils cherchent une explication en dehors du surnaturel pour eux, l'au-delà est encore un monde céleste. Ils sont visiblement victimes de leur imagination toujours attachée aux vieilles conceptions religieuses. Ce sont eux les mystiques ; ils ne peuvent pas se faire à cette idée que l'au-delà est chez nous.
Quant aux croyants, ils vivent sur cette idée que l'homme devrait franchir, et d'un seul bond, toute la distance qui sépare la bête humaine du monde angélique, et ils se révoltent à la pensée d'un au-delà qui ne différerait pas beaucoup de notre milieu terrestre. Ils ne comprennent pas que des objets, créés par la pensée, se présentent à eux, avec toutes les apparences d'une réalité objective. C'est pourtant, là, une des facultés de l'âme bien constatée sur l'homme vivant dans les états hypnotiques. Nous n'avons pas de distinction à faire entre les effets produits par un magnétiseur terrestre ou un magnétiseur désincarné. Le dynamisme de l'organe périsprital agit de la même façon dans le corps et en dehors du corps. Il n'y a que la nature de nos perceptions qui change parce que, alors, l'âme regarde à travers une autre lunette.
Il ne faut donc pas s'étonner lorsque les esprits nous disent que leur monde est à peu près semblable au nôtre, qu'ils ont des jardins et des fleurs spirituelles, qu'ils habitent des maisons réelles, qu'ils ont des livres, qu'ils cultivent les arts. Peut-être ne sont-ce, là, que des analogies, mais nous devons bien croire que, sans des objets réels ou quelque chose d'équivalent, la vie serait un désœuvrement dans l'au-delà, ses habitants ne peuvent se faire une vie possible, qu'à cette condition. Cela paraît d'ailleurs un peu moins fastidieux que le Paradis des personnes pieuses qui n'aspirent qu'à assister, pendant l'éternité, à une perpétuelle grand-messe.
L'au-delà étant chez nous, nous restons chez nous au moment de la mort. On est seulement un peu troublé par le changement de décor.
Le corps astral apparaît au désincarné avec la même visibilité que le corps terrestre au point de vue intellectuel et moral, l'homme reste ce qu'il est ; il ne devient pas un saint, ni un savant ; il essaye de comprendre la situation. L'incrédule, qui se sent vivre, ne comprend rien à ce qui lui arrive ; il attribut son nouvel état à un rêve ou à sa maladie, et il traite de fous ou de mauvais plaisants, ceux qui essayent de lui persuader qu'il est mort. La mémoire terrestre s'atténue et la préoccupation du dernier moment prédomine tout, elle devient une obsession. Le moine ou la religieuse qui meurent avec l'idée fixe de l'expiation, se croient en purgatoire, ils en donnent les raisons les plus futiles ; toutefois, si on les interroge, ils avouent volontiers que le purgatoire est assez doux. D'après l'enseignement des esprits, le sommeil mettrait fin à ce trouble et les amis ou esprits tutélaires, attendraient le moment du réveil pour initier le nouveau venu à ce nouveau mode d'existence.
Du moment que nous ne regardons plus l'invisible comme un monde surnaturel, nous sommes moins choqués de la vulgarité de certains détails que nous venons d'indiquer. Le milieu éthérique ne serait qu'une doublure des choses de la terre, il y aurait comme un double des objets matériels et même ce double ne serait, pour les esprits, qu'une apparence créée par la pensée des hommes. Les vies inférieures elles-mêmes auraient leur représentation animique dans le monde que nous ne voyons pas, elles ont leur forme fantomatique, il y a des âmes animales, il y a de l'âme partout, il n'y a qu'un seul dynamisme pour animer toute la création, il y a de la vie à tous les degrés et, toute proportion gardée, l'homme n'est pas seul à avoir une âme.
Pourquoi, demandait Carl du Prel, pourquoi le privilège de l'âme serait-il accordé aux ânes à deux pattes et refuser à ceux qui en ont quatre ? Et cette réflexion judicieuse semble parfaitement confirmée par l'expérimentation car, dans les séances de matérialisation, on a vu et touché des formes animales.
Il ne saurait donc plus être question d'une vie purement spirituelle qui se continuerait en dehors des organes, puisque le corps périsprital est un organe et qu'il reste inséparable de l'âme individualisée qui, depuis le commencement de son évolution, a présidé à son développement et à son progrès. Nous connaissons maintenant la possibilité d'une nouvelle forme de vie dans un milieu dont l'objectivité serait plus réelle que n'est, pour nous, notre monde matériel, dans un au-delà meublé de tous les objets nécessaires à l'exercice des facultés intellectuelles, et où notre esprit possède un sens plus lucide, lui permettant des relations plus étendues sur un plan supérieur de la vie des êtres.
Ayant ainsi écarté l'objection d'impossibilité, ayant constaté que, de part et d'autre, existe la même objectivité, il n'est plus chimérique d'essayer d'établir une communication entre les deux mondes, et on ne peut que féliciter les spirites des efforts qu'ils ont fait pour jeter un pont sur l'abîme qui semble nous séparer, ce qui n'est qu'une illusion due à l'ignorance où nous sommes de nos facultés psychiques. Cette connaissance acquise, nous pouvons, par les mêmes moyens que ceux qui ont été constaté entre vivants, établir une communication avec ceux ne sont plus que des esprits extériorisés. Ce n'est plus qu'une affaire d'expérimentation et de constatation empirique. Nous pouvons croire à la survivance, parce que plusieurs de ceux qui sont disparus ont pu nous faire savoir qu'ils survivent.
CHAPITRE XI
DES MOYENS DE COMMUNICATION

Maintenant nous pouvons regarder un esprit non accoutumé à l'instrument s'y installer et l'étudier.

F. W. MYERS.

Ce n'est pas sur une observation superficielle que s'établit la croyance aux communications spirites, mais sur des preuves très suffisantes et sur des expériences conduites par des hommes de sciences que leur nom met à l'abri des reproches habituels d'ignorance, d'incompétence et de crédulité. Il y a d'abord, trois faits bien établis, trois choses dont les conséquences seront formidables et dont le mérite revient au spiritisme. La première c'est que le corps peut exercer une action en dehors et au-delà de sa périphérie visible ; la seconde c'est que l'organe invisible qui s'extériorise est un noyau autour duquel des cellules vivantes viennent se grouper et créer des formes sous l'influence d'une idée. Enfin le dynamisme psychique individuel peut influencer un instrument étranger, comme si c'était le sien propre.
Ces trois choses : la télékinésie, l'ectoplasmie, et l'automatisme expliquent toute la phénoménologie spirite, mais surtout l'automatisme qui présente les meilleures possibilités de communication avec l'au-delà.
L'au-delà est en nous, aussi bien dans l'homme vivant que dans l'être désincarné. La force et la matière, qui constituent l'être vivant, sont reliées, l'une à l'autre, par un agent de transmission que nous désignons sous le nom de périsprit. Ce périsprit inséparable de l'âme, lorsqu'il est sorti de son enveloppe forme ce que nous appelons un esprit. Ainsi l'esprit est lui-même force et matière et c'est dans ce corps éthérique qu'il conserve son individualité.
Dans la matière organisée, qui constitue l'être apparent, la volonté ne pourrait pas agir sans le corps éthérique seul capable de contracter la cellule nerveuse et d'y provoquer le mouvement.
Le cerveau humain n'est, lui-même, qu'une matière ; il est un instrument délicat spécialement construit pour être manipulé par la force centrale qui est MOI. Le reste, c'est-à-dire toute notre physiologie, n'est elle-même qu'une machine, un extraordinaire assemblage de rouages compliqués dont le cerveau est le ressort, que l'âme remonte constamment. Celle-ci, par l'intermédiaire du périsprit, distribue le mouvement où elle veut, quand elle le veut, en déclenchant le ressort ou en modérant les réflexes.
Nous ne pouvons pas comprendre le rapport qui existe entre la volonté et l'acte à effectuer mais le fait est là et ne peut s'expliquer que par un intermédiaire.
Comment un élément subtil, léger, fluidique, exerce-t-il une emprise sur la matière ? Inutile de le demander, nous ne pouvons pas comprendre. Nous ne demandons pas non plus à comprendre les phénomènes physiques ; la vapeur, par exemple, est évidemment un agent intermédiaire entre l'acte effectué par une machine et le foyer de chaleur qui est à l'origine de son mouvement.
Celui qui croirait comprendre comment la vapeur, matière subtile, inconsistante et fluidique, exerce une pression formidable sur l'acier se ferait illusion. Nous ne savons pas pourquoi un gaz se dilate, nous constatons simplement que l'eau rapprochée du foyer dégage de la vapeur et que la vapeur, mise en contact avec l'acier, effectue le mouvement. C'est de la même manière que l'agent éthérique, sensible aux impulsions de la volonté, exerce son emprise sur la matière organique, où la force se manifeste par la contraction du muscle. Cela se constate et il est inutile de comprendre pourquoi un gaz se dilate. Il n'est pas besoin de connaître l'action de la vapeur dans une locomotive pour monter en chemin de fer. Nous non plus, nous n'avons pas besoin de connaître les "pourquoi" de l'élément éthérique pour nous emparer de cette hypothèse qui répond aux faits, beaucoup mieux que la physiologie classique qui ne s'accorde plus avec les faits.
Maintenant la question qui se pose est celle-ci : cette faculté que nous avons de stimuler nos muscles, de produire de l'écriture, de la parole, du mouvement, se pourrait-il qu'elle agisse de même sur un instrument étranger qui serait celui d'un médium ? Oui, non seulement cela est possible, mais cela est. Il y a au plus bas degré de la hiérarchie animique, des consciences cellulaires, incapables de penser, mais qu'une idée anime, celle de la fonction à laquelle elles ont été entraînées. L'écholalie, l'imitation spéculaire sont les gestes qui répondent à ce monoïdéisme. Mais à un degré de conscience plus élevé, et sans que le cerveau intervienne, la suggestion peut produire le mouvement automatique dans un organe quelconque et l'on reçoit ainsi, soit par l'écriture, soit par la parole, des informations de valeurs diverses.
Lorsque les magnétiseurs étudieront sans parti-pris, ils n'auront pas de peine à constater une analogie remarquable entre les phénomènes d'hypnotisme et de spiritisme.
Et nous revenons à la question : Y a-t-il des sensitifs qui, dans leur état spécial, peuvent abandonner un organe particulier à l'influence d'un magnétiseur ou d'un groupe de magnétiseurs de l'au-delà ? Nombres de faits empiriquement constatés nous permettent de répondre par l'affirmative.
La transmission de la pensée, nous dit Flammarion, est aussi certaine que la transmission de la chaleur, de la lumière, de l'électricité et du magnétisme solaire. Cette possibilité, pour un organe, d'être influencé par une pensée émise à distance, peut donc être considérée comme une forme de la télépathie. La télépathie, phénomène inexplicable, pourrait être considérée comme la fonction naturelle du dynamisme psychique qui régit le monde et embrasse tous les êtres. Elle explique tout, depuis le mouvement universel jusqu'à l'individuel. La plante qui, tend les bras vers un tuteur, le lierre qui s'attache au mur, l'être cellulaire qui aspire à la vie toujours plus haute, l'homme qui fait appel à la mémoire, qui sympathise avec son semblable, tout cela n'est que la fonction de cette télépathie mystérieuse qui permet à l'être conscient de participer à la grande unité spirituelle. Notre organisme, c'est-à-dire nos consciences organiques, qui ne sont qu'une parcelle intégrante du tout obéissant à la même loi, éprouvent donc ce sentiment d'attraction ou de répulsion qui constitue le mouvement vital et leur sensibilité répond automatiquement à l'idée qu'on leur présente.
N'étant encore qu'à demi-conscientes, elles n'ont aucune volonté qui leur permette de résister à l'émission d'un dynamisme psychique.
Carl de Prel nous rappelle que le magnétiseur Péronnet réussissait à faire jouer quelques morceaux de piano à un hypnotisé qui ne l'avait jamais appris. Il posait la main gauche sur sa tête, jouait un morceau de la main droite, et le médium le répétait sans se tromper d'une note. (Péronnet. Du magnétisme animal.) Voilà pour le côté expérimental : mais si quelqu'un, n'ayant jamais touché un piano, joue spontanément, sans l'intervention d'aucune personne humaine, j'en conclu qu'un contact semblable doit exister entre le médium et le monde invisible parce que c'est la seule interprétation normale qui soit à ma disposition et qu'elle s'appuie sur un antécédent.
Un raisonnement analogue peut s'appliquer à tous les genres de médiumnité aux apparitions, même hallucinatoires, si elles sont créées par la pensée d'une personne vivante ou d'une personne décédée. L'écriture automatique peut provenir de différentes sources mais, si la communication est donnée en chinois, elle ne peut provenir que d'une personnalité connaissant le chinois. Si l'automatisme affecte les organes vocaux, un médium ne sachant pas le grec ne peut pas donner la réplique à son interlocuteur qui lui parle dans cette langue. Nous pourrions citer des milliers d'exemples de manifestations de ce genre, qui sont suffisamment probantes. On peut récuser chaque cas en particulier, parce qu'il y aura toujours moyen de soutenir qu'une preuve n'est pas absolue, mais les récuser tous, cela est peut-être une attitude scientifique mais, à coup sûr, cela n'est pas raisonnable.
Les preuves de la survivance résultent d'une foule de petits détails et des menus incidents par lesquels le communicant retrace des incidents de sa vie personnelle, incidents ignorés de tous et vérifiés par la suite.
Je n'ai fait, jusqu'ici, qu'exposer une série de phénomènes, généralement incompris, qui relèvent d'une physiologie commune aux deux plans, appartenant au monde visible et invisible, enfin d'apprendre à ceux qui l'ignorent, combien le spiritisme se présente à nous avec un aspect rationnel comment de la base au sommet, les faits s'enchaînent dans une progression successive et s'expliquent l'un par l'autre. On jugera ainsi de la parfaite tenue logique et scientifique d'une doctrine qui n'a jamais cessé de s'appuyer sur le fait expérimental.
On pourrait me demander une exposition détaillée des faits, si je le faisais, je serais obligé de reproduire les travaux de mes prédécesseurs, déjà imprimés dans nombre d'œuvres de cette littérature spéciale incroyablement documentée et puis citer des faits ne suffirait pas, il faudrait rappeler, en même temps, l'abondance des preuves qui les accompagnent et qui en font toute la valeur. Cela serait presque du plagiat, les matériaux sont là, c'est à celui qui veut savoir d'en prendre connaissance. Dans cet essai de vulgarisation je n'ai voulu qu'une chose, faire comprendre que la simplicité et la clarté de la doctrine spirite est accessible à toutes les intelligences. Le spiritisme n'est absurde que pour les ignorants, mais il faut l'étudier pour le connaître.
Une des raisons pour lesquelles les sceptiques ne tiennent pas compte de ces faits est qu'un certain nombre d'entre eux concernent la vie privée et que les auteurs de la narration n'ont pas une notoriété suffisante.
Mais c'est justement pour cela qu'on a adopté la méthode d'enquêtes et que les sociétés d'études les couvrent d'une garantie que nous ne donnent pas les particuliers. Quant à exiger, pour cette sorte de faits, des preuves scientifiques, c'est là un procédé dilatoire. Nous n'avons pas besoin de la science pour certifier un fait. On voit, dans les journaux, des maris qui tuent leurs femmes, des femmes qui tuent leurs maris et, chose bien plus incroyable, des parents qui tuent leurs enfants ; on peut bien dire que ces faits ne sont pas scientifiquement prouvés, mais personne n'est assez fou pour les mettre en doute. Ces drames, relativement au chiffre de la population, sont moins fréquents que les manifestations de décédés, seulement on leur donne une énorme publicité ; les faits spirites, on évite d'en parler, ceux-là même qui en sont témoins ne veulent pas qu'on publie leurs noms. Malgré cela nous possédons une documentation énorme, dont peuvent répondre des témoins honorables, de noms connus, et qui honorent la science ou la littérature contemporaine.
A côté de cela, nous n'avons même pas besoin d'enquête pour apprécier la valeur de certaines communications automatiques qui ont été publiées en temps utile, et dont le texte est toujours là. Elles ont annoncé des accidents mortels avant qu'ils ne fussent connus, le torpillage du Lusitania, le complot contre le roi et la reine de Serbie, deux jours avant l'assassinat, renseignements communiqués avant le crime à deux ambassadeurs. On a obtenu, par les mêmes moyens, des productions littéraires, des renseignements sur la vie privée de personnes inconnues, etc., etc.
Cependant il ne faut pas croire qu'on puisse tout obtenir d'une conversation avec l'invisible ; on n'obtient même pas grand chose mais ce peu est énorme quand il nous donne seulement une preuve d'identité.
Il n'est pas facile de surmonter les obstacles que présentent nécessairement des moyens indirects de communications. Les esprits dégagés de la chair, ne pouvant influencer que le mental d'un médium, usent d'un langage sans paroles ; il faut que l'instrument organique, c'est-à-dire le médium, traduise et  interprète ; des lacunes et des déformations partielles seront toujours possibles. Aucune communication ne doit être regardée comme un oracle ; il faut juger la valeur de son contenu, comme nous jugeons de la valeur d'une conversation terrestre. Lorsque dans une séance bien conduite, on a enfin obtenu la collaboration d'une entité de l'au-delà, d'un guide, on a la mauvaise habitude de demander un nom, le plus souvent on n'obtient qu'un pseudonyme ; c'est qu'il est fort probable que cette demande ne rime à rien, car nous ne connaissons pas les secrets de l'au-delà ; il est certain que les manifestations de l'ordre le plus élevé ont nécessité la collaboration de plusieurs. Si les influences qui agissaient, dans le cas de Jeanne d'Arc, par exemple, avaient dû expliquer ce qu'elles étaient, elles auraient commencé par un cours de métaspychie scientifique, et c'eût été un affreux scandale qui eut rendu impossible la mission de Jeanne. Si les entités directrices n'avaient pas emprunté les personnalités mensongères de saint Michel et de sainte Catherine, les juges de Poitiers l'auraient condamnée avant qu'elle eût commencé sa mission.
La haute personnalité qui s'est présenté sous le nom d'Imperator dictait ceci à Stainton Moses : « Nous savons beaucoup plus de ce qui concerne les hommes qu'il ne nous est loisible de vous dire pour le moment ; en effet nous ne sommes pas ici pour satisfaire votre curiosité, ni pour vous présenter des points de vue spéculatifs qui n'auraient d'autre conséquence que celle de confondre votre esprit. »
En effet des révélations sur l'au-delà, données par des esprits, seraient sur bien des points, incompréhensibles pour nous. Cela ferait beaucoup plus de mal que de bien à quoi pourraient servir des révélations incontrôlables et qui, presque sûrement incomprises, seraient ridiculisées par les incrédules ? Ce que les esprits peuvent nous faire connaître, ce sont leurs sensations corporelles, les incidents qui accompagnent leur entrée dans un monde nouveau. Souvent aussi ils nous donnent leur sentiment sur la difficulté des communications.
Le grand psychiatre, F. Myers a continué, après sa mort, l'œuvre à laquelle il s'était attelé de son vivant s'adressant à des hommes de science qui avait été ses collaborateurs d'autrefois, et sachant quels efforts d'imagination ont été faits dans le but d'attribuer aux seules facultés transcendantes des médiums, tous les messages de l'au-delà, il a trouvé des moyens détournés, et quelquefois vraiment compliqués, pour répondre à toute objection de cette nature. Voici ce que disait cet esprit de F. Myers à propos des explications que l'on demande : «Il est aussi insensé de demander à un esprit nouvellement désincarné, de vous expliquer la vie de l'au-delà, qu'il le serait de demander à un enfant nouveau-né de vous expliquer les conditions de la vie terrestre»
Ce grand esprit qui, de son vivant, faisait déjà autorité en matière de science métapsychique, ce savant investigateur des facultés humaines, que fut F. W. H. Myers avait obtenu des preuves de l'identité des esprits qui se manifestaient au cours de séances scientifiquement organisées ; il était arrivé à une pleine conviction qu'il formulait ainsi : « La preuve est faite. »
Par l'observation directe, il est prouvé pour moi que certaines manifestations d'individualités centrales, associées actuellement ou antérieurement à des organismes définis, ont été observées indépendamment de ces organismes, soit durant la vie de ces derniers, soit après leur mort .
Remarquons, encore une fois, que l'affirmation du savant observateur, quant à l'indépendance de la pensée et des organes, porte aussi bien sur l'homme vivant qu'après la mort.
Myers est mort, il survit dans l'au-delà, et il continue, pour ses amis, à confirmer les preuves acquises en commun par leurs travaux d'autrefois, en employant les mêmes méthodes. Il se manifeste particulièrement à Sir O. Lodge auquel il facilite la correspondance avec son fils Raymond. L'opération est loin d'être simple, quatre agents, sans compter O. Lodge, travaillent à la communication. Les esprits élevés comme Myers et Raymond, n'ont plus de prise sur la matière organique ; entre eux et le médium, Mme Léonard, il y a donc un intermédiaire ; c'est l'esprit guide, Féda, qui transmet les demandes et les réponses. Myers et Raymond discutent ensemble sur les sujets proposés, donnent leur opinion, puis c'est Raymond qui parle par l'intermédiaire de Féda qui, elle, peut influencer l'instrument organique, c'est-à-dire le médium.
Le processus, comme on le voit est un peu compliqué. Il est important de dire que, bien avant la guerre qui a emporté le jeune Raymond, l'esprit de Myers n'avait jamais cessé de se manifester.
Pour emprunter son propre langage, l'individualité centrale, associé autrefois à l'organisme défini, Frédéric Myers, s'était manifesté à son tour, après sa mort, comme il résulte du témoignage déjà ancien du grand physicien, qui mérite d'être cité.
Voici ce qu'écrivait O. Lodge :

« Nous découvrons que des amis défunts, dont quelques-uns nous étaient bien connus et avaient pris une part active aux travaux de la Société pendant leur vie, spécialement Gurney, Myers et Hodgson prétendent constamment communiquer avec nous, dans l'intention bien arrêtée de prouver patiemment leur identité, et de nous donner des correspondances croisées entre différents médiums. Nous découvrons aussi qu'ils répondent à des questions spécifiques d'une manière caractéristique de leurs personnalités connues et qu'ils témoignent de connaissances qui leur étaient propres.
Nous ne faisons cet aveu, ajoute Lodge, ni trop facilement ni trop tôt. Malgré de longs entretiens avec ce qui prétendait être l'intelligence survivante de ces amis et investigateurs, nous n'étions en aucune façon convaincus de leur identité par une simple conversation générale, même quand elle était d'un caractère amical et intime, tel qu'il suffirait habituellement à nous convaincre, sans hésitation possible, de l'identité d'amis avec qui nous causons au téléphone, par exemple ou au moyen de lettres dactylographiées. Nous voulions une preuve définie, irréfutable, une preuve aussi difficile même à concevoir qu'à fournir . »

Ces exemples doivent suffire à montrer que ce ne sont pas seulement des personnes sans connaissance spéciales qui témoignent des communications spirites avec preuves à l'appui, le fait est admis et toujours étudié en haut lieu seulement il est toujours incompris et ridiculisé ; il faut de l'héroïsme, de la part d'un homme de science, pour mettre la vérité au-dessus du souci professionnel ; il y en a beaucoup trop qui font la sourde oreille, parce que l'orgueil et le parti pris sont choses communes et l'héroïsme est une chose rare.
Pour ne pas s'égarer dans des objections inutiles, il ne faut pas perdre de vue l'hypothèse psychique qui fait, de nous, la partie intégrante d'un milieu spirituel que nous ne connaissons pas. Les bonnes communications nous confirment dans cette idée que les esprits se communiquent en vue de nous prouver leur existence, mais qu'ils ne peuvent pas nous révéler ce qui n'est pas compréhensible à notre mentalité terrestre. Souvent ce qu'ils disent est contraire au sentiment du médium. Mme Sarah Underwood, médium écrivain remarquable, se révoltait contre ce qui lui était dicté. A ses objections l'esprit répondait : « Voilà toujours des questions telles que l'on peut en attendre de la femme qui voudrait connaître, avant le temps, les problèmes concernant les sphères spirituelles beaucoup supérieures…  Les âmes de ceux dont vous êtes venus tous les deux (il s'agissait de M. et Mme Underwood) se concentrent en vous, malgré vos protestations enfantines. Ne me questionnez pas sur ces prédécesseurs ; qu'il vous suffise de savoir qu'ils vivent en vous et que vous vivez en eux. » Bozzano citait dernièrement cet exemple, avec quelques autres pour nous donner un aperçu des enseignements transmis aux médiums .
On a trop souvent répété que la doctrine réincarnationniste n'apparaissait jamais dans les enseignements des esprits, auprès des races de langue anglaise ; c'est une erreur absolue, elle y apparaît très souvent ; ce sont les esprits terrestres qui refusent de la comprendre et ils ne parlent pas volontiers de ces communications. Citons seulement ce que l'esprit de Lord Carlington répondait à Mme Russell Davis, médium bien connu :

« Il y a des secrets spirituels qu'on ne peut affirmer ni comprendre durant la vie incarnée. L'Esprit qui est la partie divine de la création a une existence à lui, absolument séparée de la vie mortelle qu'il forme et qu'il anime ; il se réincarne à travers des existences innombrables depuis les origines du Temps jusqu'à l'éternité, en s'élevant toujours, sans jamais rétrograder, chaque incarnation servant à évoluer, à concentrer, à préparer la forme adaptée à celle qui suivra, et ainsi éternellement » (Light 1906).

La vie spirituelle est un mystère devant lequel notre orgueil doit s'incliner. Il y a certainement une constitution psychique universelle qui explique les transmissions de forces et de pensées entre les êtres, une télépathie étendue à tout ce qui vit et qui embrasse tout dans son immense unité. Cette télépathie universelle a le grand avantage d'expliquer, par un seul et même processus, les manifestations d'intelligence à tous les degrés. Nos sceptiques peuvent ironiser en regardant exclusivement du côté des manifestations les plus pauvres, ils ne disent jamais ce qu'il faut penser des meilleures. En tout cas le processus de la correspondance spirite ne s'écarte pas du processus ordinaire que nous connaissons ; il emprunte la voie organique que nous utilisons nous-mêmes quand notre pensée met notre corps en mouvement.
Du moment qu'une pensée venue d'une personne étrangère peut exciter un organe et se manifester dans le mécanisme d'une autre personne, la communication avec les morts devient chose naturelle et il n'y a pas lieu de s'étonner du mode de communication.

CHAPITRE XII
LES PREUVES D’IDENTITE

Je lance un défi à mes adversaires, je soutiens qu'il y a des preuves de la survivance et qu'il y en a de parfaitement bonnes.

SIR O. LODGE.

Pour vous convaincre du fait essentiel, que des personnes ayant dépouillé leurs vêtements terrestres se sont retrouvés vivantes dans l'au-delà, et sont venues nous le dire, il faut que vous preniez connaissance de faits très nombreux entourés de témoignages et d'expertises répondant à toutes les exigences de la critique. C'est une étude longue et sérieuse qu'il faut entreprendre personnellement.
Ici, nous n'avons fait qu'indiquer une méthode qui est à la portée de quiconque voudra se donner la peine d'étudier la question. La prétention de voir d'abord, de tout expérimenter par soi-même, est inadmissible. Laissons dire ceux qui prétendent que cela n'est pas scientifique ; il est beaucoup plus raisonnable de commencer par s'assurer de la réalité des faits, dont une quantité de travaux antérieurs ne permet plus de douter, que de nier ces faits avant de rien connaître des expériences sur lesquelles ils ont été établis. Ceux qui ont eu le bonheur de pouvoir établir une correspondance avec des parents ou amis qu'ils croyaient disparus à jamais, ont été des incroyants, des sceptiques convertis, qui n'ont pas résisté au désir de transmettre leur conviction à l'humanité souffrante, à tant mères en deuil qui croyaient la séparation définitive.
Dans ce but, ils ont écrit des livres entiers auxquels nous renvoyons ceux qui ont soif de vérité !
Les preuves d'identité nous sont fournies par de menus détails qui sont des réminiscences de la vie journalière des communicants. C'est là ce qui trouble et soulève les protestations de quelques personnes superficielles qui ne peuvent pas admettre que, dans l'au-delà, on s'occupe encore de ces banalités. Il est cependant facile de comprendre que le rappel des faits importants, que tout le monde connaît, n'auraient aucune valeur au point de vue de la preuve que nous cherchons de magnifiques instructions, philosophiques ou morales, peuvent avoir leur intérêt, mais n'ont aucune valeur probante. Le seul moyen que les esprits aient à leur disposition, pour se faire reconnaître de nous, est donc de faire allusion à des banalités de la vie courante.
On a obtenu beaucoup de preuves de cette nature, mais c'est une erreur bien naïve de croire que ces manifestations, obtenues spontanément, peuvent être reproduites expérimentalement. Certains débutants croient qu'il suffit de s'adresser à un groupe d'études spirites pour voir des phénomènes transcendants ; ils n'obtiennent rien et ils se découragent. C'est que rien ne peut remplacer une étude sérieuse dont nous trouvons les éléments dans une documentation formidable. Les manifestations ne répondent pas à une vaine curiosité, elles se produisent spontanément pour sauver quelqu'un du désespoir ou bien à l'occasion de la mort. Il faut considérer comme tout à fait exceptionnelles celles qui répondent à l'appel d'une séance expérimentale.
Pour communiquer, il faut avoir dans l'au-delà, un communiquant étroitement uni à l'expérimentateur par les liens d'une affection spéciale et il faut, en outre, avoir auprès de soi un médium dont l'organisme offre des possibilités physiologiques, une affinité spéciale qui lui permettent de correspondre avec l'entité secourable qui dirige la séance et qu'il nomme ordinairement son guide. En dehors de cela les groupes d'occasion n'obtiennent jamais que de petits phénomènes d'animisme, qui ont leur importance, au point de vue scientifique, mais qui ne servent qu'à provoquer la critique des expérimentateurs de passage.
C'est dans ces groupes, ouverts à tout venant, que se rencontrent les médiumnités les plus médiocres et les moins professionnelles. Ce sont ordinairement des personnes simples, sans grande culture qui, douées d'une petite médiumnité qui leur a donné, accidentellement, une manifestation intéressante, se sont crus favorisées des dons célestes et qui croient obtenir demain ce qu'elles ont obtenu hier. Ces médiums brûlant du désir de renouveler les exploits, dont la lecture les a enthousiasmés, finissent par tricher en toute innocence. Je dis bien, en toute innocence, parce que, sachant, par exemple, qu'une table se soulève réellement sous leurs mains, ils ne croient pas mal faire d'accélérer ou d'amplifier le mouvement d'un coup de pouce ; pour eux c'est sans conséquence, un peu plus ou un peu moins, ils ne trompent pas le public puisque, dans leur âme et conscience, ils savent que le phénomène est vrai. Ainsi raisonnent ces âmes innocentes. Cela est malheureux, cela est désespérant mais il faut dire aussi que les adversaires du spiritisme ont fort encouragé cette pratique, en empoisonnant l'opinion de cette légende stupide, que de grands savants ont été trompés par les manœuvres les plus grossières.
En parlant ainsi ils suggèrent que la tromperie est facile, et de la suggestion à l'exécution il n'y pas loin.
Le plus grave, en tout cela, c'est que des adversaires du spiritisme, d'une mauvaise foi à demi inconsciente, embouchent la trompette pour dénoncer la tricherie, comme si eux seuls avaient fait cette découverte subtile, et ils partent de là pour établir un parallèle entre ces médiumnités passagères, qui n'ont jamais trompé personne puisque, dans les séances contrôlées, la fraude est immédiatement découverte, ils établissent un parallèle entre ces médiums d'un jour et ceux qui, durant une vie entière, ont supporté le contrôle scientifique. Telle la matière de leurs conférences publiques : Vous le voyez, mesdames et messieurs, la mère Durand, ce fameux médium (car pour ces gens-là, les plus pauvres médiums sont toujours fameux) vient d'être prise en flagrant délit ; c'est de la même façon qu'on a pu duper les géants de la science. Ceci vous prouve, messieurs et dames, qu'une fois sortis de leur spécialité, nos plus grands savants, William Crookes en tête…, je vous fais grâce du discours. Ce serait faire injure au lecteur que d'insister sur l'atrophie du jugement chez ceux qui ne sentent pas l'absurdité d'un pareil rapprochement.
Les phénomènes les plus probants ne se produisent pas en public ; ils apparaissent ordinairement dans une famille, où les deux conditions essentielles, présence d'un médium dans la famille et collaboration d'un décédé, se sont rencontrées. C'est ainsi que chez le Dr Grandon, de Boston, de vraies communications spirites étaient obtenues par la collaboration de Mme Grandon (Marguery) avec un frère décédé.
Celui-ci, Walter, expliquait que sa facilité de se communiquer tenait à sa double parenté avec le médium ; parenté physiologique, c'est-à-dire similitude organique entre le frère et la sœur, et parenté psychique c'est-à-dire affinité intellectuelle et morale, contractée au cours de la vie terrestre, entre deux êtres intimement liés. Ces séances en famille, poursuivie dans la voie de la recherche spirite, auraient pu aboutir à des manifestations de l'ordre le plus élevé mais à la suite d'un défi porté par une université d'Amérique, M. et Mme Grandon se sont sacrifiés à l'œuvre de vulgarisation, ils se sont soumis aux expériences du laboratoire et il arriva ce qui arrivera toujours avec les sceptiques, ces messieurs se contentent d'observer les phénomènes physiques. Ils ont la prétention d'appliquer aux études psychiques les méthodes employées pour l'observation des faits matériels. Alors on enregistre, on constate, on contrôle après avoir bien enregistré, bien constaté, bien contrôlé, on recommence sans jamais conclure. La vanité sera satisfaite si l'on a pu inventer un nouveau moyen de contrôle, quant à la conclusion, rien ne presse. Dans ces conditions on n'obtient pas la matérialisation visible de Walter, on obtient ses empreintes digitales, des moulages plus ou moins réussis, on entend la voix de Walter, voie directe sortant des organes vocaux matérialisés ; tout cela avec des contrôles fantastiques, chimiques, biologiques, électriques, hydrauliques, etc., … Mais nous attendons toujours l'expérimentateur courageux qui osera annoncer au public la découverte d'un nouveau monde, de ce monde invisible si longtemps incompris.
Les séances expérimentales ont leur utilité, mais ceux qui les dirigent ne s'attaquent pas au vrai problème ; on ne peut pas découvrir ce qu'on ne cherche pas et, puisqu'il ne s'agit que de permettre au chercheur isolé de se faire une conviction, disons tout de suite que le mieux est d'appuyer, tout simplement, sur les témoignages honnêtes.
Il ne faut pas que le snobisme scientifique nous fasse rejeter tant de preuves qui s'obtiennent spontanément dans beaucoup de familles.
Parmi les faits qui touchent de près à la solution de notre problème il faut accorder une valeur spéciale à ceux qui s'observent au moment de la mort. La concordance admirable des descriptions que nous font, à cette occasion des somnambules, des voyants ou des témoins occasionnels, est une preuve de la véracité du processus de désincarnation. C'est d'abord l'extériorisation fluidique qui se dégage du mourant et flotte au-dessus de son corps, sous l'apparence d'un petit nuage de forme indécise, vaguement humaine. Bientôt le fantôme, d'abord inerte, semble s'animer, prendre vie, comprendre son état. A ce moment il jette un regard sur sa couche, puis sur sa famille et son entourage ; enfin il se décide à se séparer de son cadavre et il est aidé en cela par des esprits secourables qui sont venus l'assister à ses derniers moments. Ces choses sont vues et rapportées d'une manière identique par des personnes parfaitement ignorantes du spiritisme, et de sa littérature, s'ignorant les unes les autres et même quand le sujet en observation est matérialiste avéré. Cela a été vu à toute époque et chez tous les peuples, confirmé par des enquêtes sérieuses et les psychistes de nos jours en ont constitué un formidable dossier. Il faudrait, si cela n'était pas réel que tout le monde se fut donné le mot pour mentir.
Il y a un homme a qui la science future devra une immense reconnaissance : M. Ernesto Bozzano a consacré sa vie entière à la classification des dossiers ; il les a analysés et commentés dans un esprit scientifique incontestable et en a tiré des conclusions auxquelles il est impossible de se soustraire.
Voilà un guide que devront suivre tous ceux qui cherchent sincèrement la vérité dans ses monographies il a condensé le travail d'un siècle, et comme il est impossible à un observateur unique d'être témoin d'une quantité de phénomènes, dont quelques-uns sont assez rares, c'est sur ce résumé des travaux du siècle que nous parvenons à embrasser tous les faits dans une synthèse unique qui nous permet de les comprendre.
Une des monographies de E. Bozzano a pour titre : « Phénomènes psychiques au moment de la mort ». L'auteur y démontre que l'hypothèse de l'hallucination est insuffisante à expliquer la plupart des apparitions vues par les mourants, et il le fait avec une logique rigoureuse à laquelle nos adversaires et contradicteurs n'ont jamais fait la moindre réponse.
Lorsqu'une apparition est vue au moment de la mort et qu'elle informe le mourant du jour et de l'heure de son décès, l'hallucination devient une explication insuffisante. Lorsque ce sont des enfants qui ont cette vision ou bien lorsqu'un enfant voit et décrit les personnages dont le mourant affirme la présence il est difficile de croire à l'hallucination. Il arrive très souvent que le malade accuse la présence de quelques amis décédés et signale, avec une grande surprise, la présence parmi eux d'une personne qu'il ne savait pas être morte, dont on lui avait caché le décès.
Ce ne sont pas seulement des amis et connaissances que voient les mourants ; il arrive quelquefois qu'une merveilleuse vision de l'au-delà s'associe à ces apparitions ; c'est alors une extase qui impose, même au matérialiste, la contemplation d'un au-delà auquel il ne croyait pas.
Une autre surprise attend le croyant, stupéfait de voir un milieu plus ou moins différent de celui qu'avait créé son imagination. Mais, surtout, il s'étonne que les assistants ne voient pas la même chose que lui. Ceux-ci croient généralement à une sorte d'hallucination préagonique, à l'enfant qui voit son père, on dit : « Mais non, mon chéri, papa est mort, il y a longtemps. » A quoi l'enfant répond : « il n'est pas mort puisqu'il est là. » Et quelquefois il déclarera que son père est avec une gentille dame, dont il donne le signalement que l'on reconnaît être celui de sa grand-mère qu'il n'a jamais connue.
Pour les croyants, pour les enfants, les esprits secourables sont des anges et ils s'étonnent qu'ils n'aient point d'ailes. Cette particularité est signalée à propos de la belle mort, en 1916, de Mme Botrel qui, après être restée plusieurs heures dans le coma, s'écria d'une voix claire et joyeuse… « Maman ! » M. Botrel écrit lui-même, à propos de l'ange sans ailes : «Cette phrase prouve bien qu'elle n'est pas le jouet de son imagination, puisqu'elle s'attendait à voir des ailes au dos des anges.»
Il est curieux, en effet, que des personnes et surtout des enfants qui n'ont d'autre notion, sur l'au-delà, que celle dont l'imagerie religieuse a pu meubler leur mémoire, voient un monde tout différent de celui qu'ils attendaient et que ce qu'ils décrivent concorde avec les vues scientifiques proposées par Carl du Prel, et avec des doctrines qu'ils ne connaissent pas. On ne peut croire que ce soient là des créations de la pensée, lorsqu'il s'agit d'un enfant en bas âge.
Lorsqu'une fillette déclare voir sa mère ou son petit frère, la personne présente à son chevet apercevra souvent une lumière ou un nuage ectoplasmique. E. Bozzano cite le cas d'une petite fille de six ans, rayonnante de joie à l'apparition de sa petite sœur. Une dame présente à son agonie voyait à la fois les deux formes ectoplasmiques, celle de l'entité spirituelle qui venait chercher sa sœur et la forme fluidique que se dégageait de la petite mourante. Après s'être approchée, les deux formes s'évanouirent ensemble. Ceci exclut l'hypothèse de l'hallucination télépathique, car en admettant que l'enfant pouvait créer l'image de son propre double fluidique dont elle n'avait aucune idée.
Et puis, est-il vraiment besoin de tant analyser, devant le fait, si souvent répété, de l'extrême surprise et de l'expression de bonheur infini dont témoigne, devant une apparition, un malade sortant du coma.
Notre grand astronome Camille Flammarion a publié, lui aussi, les résultats d'une vaste enquête pour recueillir ces phénomènes psychiques au moment de la mort, et les manifestations qui suivent ou précèdent ce moment critique, il fallait un homme entouré de la sympathie universelle et universellement connu car ce sont souvent des choses confidentielles que les familles n'aiment pas à divulguer et qu'on ne raconte pas à des inconnus. Pour se débarrasser de tant de témoignages accablants, le scepticisme prétexte que cela n'est pas scientifique, mais le simple bon sens et la saine raison feront justice de cette chanson. D'ailleurs les chercheurs de bonne foi ont répondu à ces critiques exigeants par des expériences de longue haleine et qui écartent toutes les objections scientifiques, mais on fait la sourde oreille ou bien on se tire d'affaire en demandant à voir des expériences qu'il est impossible de répéter.
Rien ne peut remplacer la conviction que l'on acquiert personnellement par l'étude approfondie de ces ouvrages qui n'ont été publiés qu'après des recherches longues et pénibles et d'une complexité qu'on ne soupçonne pas.
Il s'agissait de répondre à des hypothèses anti-spirites qui, sous couleur de scientifisme, ne reculaient devant aucune extravagance pour expliquer, par des suppositions invraisemblables, ce qui s'explique si naturellement par la communication spirite. Pour cela nous avons obtenu la collaboration des hommes de science, je parle de ceux qui sont morts et qui continuent dans l'au-delà, l'œuvre à laquelle ils avaient consacré leur vie. Ceux-ci se sont adressés aux collègues de la terre, qui avaient partagé leurs travaux, de sorte que ces savants spécialistes connaissant, de part et d'autre, les obstacles créés par le snobisme scientifique connaissant aussi la nature des objections qui fermentent dans l'imagination des incrédules lorsque ceux-ci tiennent à attribuer, quand même, aux médiums ce qui ne se manifeste que par leur intermédiaire, ont cherché à organiser des expériences qui écartent définitivement toute possibilité d'intervention de la faculté supra-normale de l'être humain, dans la production de phénomènes. Et ils y ont réussi.
Ce furent d'abord des correspondances croisées. Les expérimentateurs de l'au-delà imaginèrent un message obscur qu'ils transmettraient simultanément à deux médiums séparés ; en ayant soin de les formuler en termes différents et en prenant toute précaution pour que les médiums ignorent la tentative. On proposait ainsi des sortes de rébus qui ne devenaient intelligible qu'en rapprochant les deux communications.
Pour donner une idée de la complexité que peuvent atteindre les expériences de ce genre, je dirai seulement quelques mots de l'une d'elles dont il est fait mention au XXIXe volume des Proceedings For Psychical Research.
Le cas a été analysé par Lord Balfour et l'énigme ou plutôt la tentative expérimentale fut proposée par les grands psychistes désincarnés, Frédéric Myers et son ami Gurney. Un savant professeur de langues, M. Werrall, également décédé, et dont la femme est un remarquable médium, s'associa à cette expérience en 1914, annonçant qu'il allait faire quelque citation appartenant à la littérature classique ancienne et il spécifiait que l'épreuve se rapportait à un thème déjà proposé par Myers. Il avertissait les expérimentateurs de tenir Mrs. Werrall, sa femme médium, dans l'ignorance absolue de ce qui serait tenté, indiquant que l'expérience serait longue et que chacun devrait conserver pour lui-même les découvertes qu'ils auraient faites.
La première donnée du problème avait été fournie par une autre dame médium, Mrs Willett, qui, en état de transe, avait prononcé les mots : «Le lobe de l'oreille de Denys», les autres éléments de la devinette furent transmis en phrases détachées au cours de plusieurs séances. Ils ne pouvaient être déchiffrés que par des spécialistes de la littérature ancienne.
Le problème consistait donc à deviner le personnage de l'antiquité auquel pouvaient se rapporter les phrases transmises. Voici donc ces données :
L'oreille de Denys.
La caverne de Syracuse.
L'histoire de Polyphème.
L'histoire d'Acis et Galatée.
Jalousie.
Musique.
A chercher dans la « Poétique » d'Aristote.
Satire.
Il fallut une année et demie aux érudits chercheurs pour trouver un sens à ces diverses citations. Elles faisaient allusion à certains incidents de la vie de Philoxène, poète peu connu, qui vivait à la cours de Denys, tyran de Syracuse.
La caverne de Syracuse était une prison, si merveilleusement disposée, au point de vue acoustique, qu'elle permettait au tyran d'écouter et de surprendre à distance la conversation de ses prisonniers d'état. Pour cette raison on l'avait surnommée : « L'oreille de Denys ». Le géant Polyphème c'était « Le Cyclope ». Denys n'avait qu'un œil. Le poète en question étant tombé en disgrâce, fut enfermé dans la caverne. Il reste de lui un fragment du poème intitulé : le Cyclope, qui est une satire à l'adresse de Denys, une moquerie des amours du tyran pour une joueuse de flûte du nom de Galatée, qui courtisait aussi le poète, d'où le mot « jalousie ». Quant à la musique, on sait que dithyrambe était la forme théâtrale où la musique était alliée à la poésie, or Philoxène était un poète dithyrambique, et dans la «Poétique» d'Aristote on cite, comme exemple de poème satirique, le «Cyclope» de Philoxène.
Voici donc une forme nouvelle et ingénieuse d'identification d'esprits désincarnés faisant la preuve de la persistance de leur mémoire terrestre, sans qu'il soit possible d'invoquer, comme explication, les interférences télépathiques entre vivants.
L'analyse minutieuse de Lord Balfour démontre l'insuffisance de cette hypothèse et elle se termine sur cette remarque : «…, il est manifeste que tous ceux qui seraient parvenus à la conclusion que les messages médiumniques proviennent d'intelligences désincarnées, ne devraient pas soulever de difficultés spéciales pour admettre que les personnalités communicantes étaient réellement les esprits des défunts en question, comme ils l'affirmaient avec insistance. On ne pourrait rester sur la négative sur ce point, sans paraître s'inquiéter d'un moustique après avoir avaler un chameau  ».
Les expériences de ce genre ne s'organisent pas à la seule volonté des chercheurs plus ou moins curieux, l'initiative appartient à l'au-delà, mais le succès de l'entreprise s'explique par l'intérêt que portaient aux études psychiques les savants qui, de part et d'autre, ont tenté cet effort. Le même genre de communication est facilité par des liens d'affection que la mort n'a pas rompus, et plusieurs livres probants ont été écrits à ce sujet. Le plus intéressant est dû au grand physicien O. Lodge, qui a correspondu avec son fils Raymond. L'importance de cette publication n'a pas toujours été appréciée à sa juste valeur, parce qu'elle reste incomprise de ceux qui, dans l'ignorance de la question, se sont contentés d'une lecture superficielle. Les gens réfléchis et les hommes d'études en ont jugé différemment. On ne pouvait pas rejeter le témoignage d'un physicien qui a consacré sa vie à l'examen des sciences dites positives et, plus particulièrement, au problème subtil de l'éther.
Avant d'avoir écrit son livre « Raymond », sir O. Lodge avait déjà correspondu avec l'esprit de Myers, et sa conviction était faite. La preuve de la survie, écrit-il  :

« a été faite d'une manière presque irréfutable par un récent développement du système des correspondances croisées. Ce développement est dû à des chercheurs expérimentés et d'esprit critique de la Société des Recherches Psychiques, auxquelles toutes les difficultés étaient familières. Après leur mort ils se sont attachés à les vaincre en se servant dans ce but des moyens les plus ingénieux. La seule explication qu'on pourrait donner des preuves les plus évidentes, serait d'imaginer une malice supra-normale et diabolique qui travaillerait à faire le mal et à nous tromper. »

Ce que nous venons de dire des communications obtenues par le moyen des correspondances croisées, nous pourrions le redire à propos d'autres communications reçues par la table, par l'écriture automatique, etc., qui se présentent parfois avec une telle complexité de preuves concordantes qu'elles permettent de conclure à l'identité de la personne qui prétend se manifester. Mais nous n'avons pas l'intention de faire, ici, une compilation qui nécessiterait plusieurs volumes assez heureux si cet abrégé parvient seulement à dissiper les préjugés et à rassurer ceux qui craignent de s'engager dans le chemin de la superstition. Le spiritisme ne s'écarte pas de la voie positive et expérimentale.
Nous avons démontré que notre connaissance de la survie nous a été imposée par des faits, que nous ne cessons pas un instant de nous appuyer sur le connu pour expliquer l'inconnu, sur ce qui est en bas pour comprendre ce qui est en haut.
La seule chose que nous soyons obligés d'admettre à priori, c'est cette cause première que nous nommons une force et, en cela, nous ne cessons pas d'être scientifiques. Le positivisme ne l'est plus, dès qu'il attribue, à cette force, l'inconscience car cela ne s'appuie sur aucun fait connu dans la nature qui nous montre, en nous-mêmes, une force intelligente et plasticisante d'où nous pouvons conclure, avec certitude que notre activité consciente dérive d'une source intelligente et créatrice.
Dès lors nous n'avons plus qu'à regarder en-bas, pour observer l'évolution des êtres ; c'est une sorte de poussière vivante, des poussières d'âmes, que nous voyons sortir du limon de la terre où elles s'incarnent dans les organismes infimes. Tout être vivant est donc en possession d'un véritable corps éthérique préexistant et survivant à sa forme matérielle et qui est à la fois un centre d'émission et un poste de réception. Que ce soit entité divine, angélique, éthérique, humaine, animale ou protoplasmique, il y aura toujours quelque part une âme qui provoque le mouvement dans la sphère soumise à son influence et une conscience capable de percevoir, dans le rayon de son aura, les émissions de l'ambiance. C'est la télépathie universelle qui, de relais en relais, s'étend jusqu’aux derniers des êtres.
Ce magnétisme de l'au-delà s'observe dès les règnes inférieurs il existe, dans l'ambiance une pensée motrice des instincts, car on ne peut pas attribuer à la conscience des insectes les moyens prodigieusement variés dont ils se servent pour assurer la continuité de l'espèce.
La poussée formidable qui engendre la vie est une poussée constante, elle stimule et elle organise. On peut l'étudier, dans l'homme, en commençant par les faits du magnétisme et de l'hypnotisme. Les plus basses manifestations ne diffèrent pas des plus hautes, c'est le même processus qui s'observe dans le mécanisme cellulaire, dans l'automatisme psychologique, c'est-à-dire dans l'animisme, dans le métapsychisme, dans le spiritisme et dans l'extase mystique. La plus infime cellule qui transmet la sensation de l'épiderme au centre ganglionnaire correspondant, n'agit pas autrement que l'homme qui s'élève à Dieu sur l'aile de la prière. Les mouvements de l'âme ne sont pas une simple métaphore, comment la prière serait-elle perçue sans un mécanisme de transmission ? O. Lodge a dit : «Nous agissons directement sur l'éther et indirectement sur la matière.» Méditons sur cette notion nouvelle. Dans le plan spirituel, il y a des mouvements de la pensée, qui vont de celui qui donne à celui qui reçoit dans le milieu physiologique, les mouvements de la vie sont centripètes et centrifuges, c'est exactement la même chose ; ma volonté agit directement sur l'élément éthérique et indirectement sur le muscle qui se contracte.
C'est pourquoi nous attachons tant d'importance à la reconnaissance, par le monde officiel, du corps éthérique dont l'existence est démontrée au chapitre VIe et qui, sans contredire la théorie Darwinienne, la complète et la rend plus compréhensible.
Quel merveilleux sujet d'expérimentation offrira, aux métapsychistes, la possibilité d'extérioriser l'ectoplasme et de constater la plasticité de ce corps protéique, quand les constatations absurdes auront pris fin.
Sur ce point les Spirites ont devancé les métapsychistes, mais que le fait soit simplement admis, et les histoires de formation de fantôme, de double des vivants et d'apparitions vont devenir beaucoup plus vraisemblables ; on sera plus indulgent pour la philosophie des simples que l'on trouve simpliste ; une conception spiritualiste de l'Univers finira par s'imposer. L'âme reprendra sa place à la tête des forces connues, puisque comme toutes les autres forces, elle se manifeste par les effets qui n'appartiennent qu'à elle : télépathie, cryptesthésie, métagnomie, vue à distance, etc. On reconnaîtra la place qu'il faut assigner au corps invisible dans sa fonction d'agent de transmission du dynamisme intelligent, dans son rôle d'agent de liaison entre l'esprit et la matière. Lorsque la plasticité du corps éthérique sera un fait admis on comprendra la marche de l'évolutionnisme qui s'explique par l'action de l'âme sur les organes, accompagnant tous les progrès et présidant à la mutation des espèces. Le dynamisme strictement uni à l'agent périsprital expliquera tout naturellement la conservation des formes survivant à toutes les destructions auxquelles la nature reste indifférente. Bref, l'idée palingénésique associée à la doctrine du transformisme évolutionniste expliquera tout. Le pouvoir créateur de la pensée expliquera cette objectivité du monde de l'au-delà, qui paraît si invraisemblable à ceux que préoccupe l'idée du surnaturel. Ceux-ci pourront désormais comprendre l'analogie qui existe entre les rapports d'un sujet hypnotisé avec son magnétiseur et ceux du médium en transe avec son esprit guide, entre le rêve somnambulique et la création intelligente d'images symboliques qui est le moyen ordinaire et la voie naturelle de communication avec l'invisible.
Ces manifestations peuvent être très convaincantes lorsqu'elles sont spontanées, mais nous avons montré combien elles sont difficiles à obtenir expérimentalement ; l'au-delà ne répond pas à un appel vulgaire et on n'a pas souvent un médium remarquable. Il faut des intermédiaires ; intermédiaire du médium et de son guide, intermédiaire dans l'au-delà, des collaborateurs que le sceptique repousse de toute la force de son incrédulité, parce que les facultés anormales des médiums étant les facultés normales des communicants, on ne recule devant aucune exagération pour attribuer, à ceux-là, le pouvoir de jouer la comédie avec les éléments qu'ils auraient pu puiser dans le cerveau des consultants. C'est donc aux vrais psychistes, à ceux qui ont consacré toute leur existence à l'observation des faits qu'il appartient d'organiser ces séances bizarres et compliquées telles que celles que nous avons relatées plus haut, qui répondent à toutes les objections et qui permettent de conclure dans le sens d'O. Lodge, disant : « je lance un défi à mes adversaires, je soutiens qu'il y a des preuves de la survivance et qu'il y en a de parfaitement bonnes . »
CHAPITRE XIII
COUP D’ŒIL SYNTHETIQUE

La Force Intelligente est éternelle.
Les créations sont perpétuelles.
Les âmes sont immortelles.

LES DRUIDES.

Le pessimisme philosophique du XIXe siècle ne s'appuyait pas sur des faits. Ne pouvant pas faire sortir le monde du néant, il s'est contenté d'inventer des entités de convention. Hartmann a réussi à faire des dupes avec sa « Philosophie de l'Inconscient ». Mais qu'est-ce que l'Inconscient ? C'est un mot qui représente le vide. Le vide de la pensée, le vide de la sensation, c'est-à-dire le pur néant. C'est donc, en créant une entité imaginaire, et en supposant que toute possibilité était en elle, qu'il a pu faire illusion, avec des sophismes aussi creux qu'hypothétiques.
Quant à Schopenhauer il a bien a bien compris qu'il fallait placer autre chose que le néant, à l'origine de la Création, il y a mis la Volonté. Mais ce point de départ est encore inadmissible, parce que la Volonté n'est pas une chose concrète, ni préexistante ; c'est une fonction.
Là où il n'y a pas une conscience, il n'y a pas de volonté. La philosophie spirite est beaucoup plus logique en s'appuyant sur un fait constaté. Ce fait c'est l'existence d'une Force nécessairement préexistante ; tout vient de là.
La Force…! Chose incompréhensible, mais constatation évidente, puisque c'est le seul concept qui se présente à notre conscience sans intermédiaire, parce qu'elle est en nous parce qu'elle est nous-mêmes. La Volonté est un attribut de cette force.
Le Dynamisme intelligent, que nous plaçons au sommet de la création n'est donc plus une hypothèse, c'est une simple constatation. L'homme est une force consciente d'elle-même, issue d'une force consciente, qui est et a toujours été. Participant nécessairement de la nature de la force qui l'a créé, il est lui-même créateur. (Idée-force, pensée créatrice d'images.)
Une foi nouvelle, basée sur des faits et une explication rationnelle du mystère de la vie, exercerait la plus heureuse influence sur l'éducation de la jeunesse. Il ne faut plus que l'on ignore le côté psychique de la nature humaine ; il ne faut pas croire que les phénomènes qui se produisent dans l'invisible soient surnaturels ; ils cachent souvent beaucoup moins de mystères que les faits que nous voyons tous les jours et que nous trouvons naturels parce qu'ils nous sont familiers. Le Spiritisme ne donne pas toujours l'explication des faits, il les constate ; un fait n'est pas miraculeux parce qu'il reste inexpliqué, et on est obligé d'en tenir compte.
Il faut se familiariser avec l'idée de l'invisible, puisque c'est de là que proviennent tous les mouvements de la matière ; c'est là que nous découvrons la clef de tous les phénomènes, et ce n'est que là, que nous pouvons comprendre l'étendue de notre ignorance. Nous devons nous contenter de ce que la Nature nous montre et qui n'est qu'une infime partie de la réalité. Il faut voir l'homme dans sa partie invisible ; il est un esprit qui habite la matière, qui façonne la matière et qui a construit des organes selon les nécessités du milieu. Mais la vie de l'homme, sa pensée et ses sentiments, sont, dès à présent, dans l'au-delà.
Ceux qui ne savent pas encore lire dans l'invisible ne peuvent pas se dégager de la superstition de la matière ; ils sont encore trop jeunes, et l'homme en enfance, se voyant limité par les sens, ne veut pas voir au-delà de cette limite. Mais, de même que l'électricité, qui joue un si grand rôle dans notre milieu planétaire, est indépendante de la matière sur laquelle elle exerce son pouvoir, ainsi le corps de l'homme n'est pas lié au dynamisme intelligent qui le pénètre.
La vie psychique est indépendante de son milieu organique quand le corps meurt l'esprit reste, non pas à l'état de pur esprit, mais toujours lié au corps éthérique dans lequel il s'est individualisé.
Trois éléments sont nécessaires à la compréhension des manifestations spirites ; le corps visible, le Périsprit ou corps invisible, et enfin la force essentielle qui constitue l'unité apparente du « MOI ». L'action de la pensée sur la matière s'explique par l'intermédiaire périsprital, qui est à la fois conducteur de la force et l'agent de la sensibilité télépathique.
La télépathie explique tous les mouvements de la pensée, de la mémoire et des informations perçues sans le secours des sens. Elle est, selon toute probabilité, une fonction de l'univers vivant qui embrasse tous les êtres. C'est une faculté qui appartient également à l'être terrestre et désincarné, elle est limitée, pour chacun de nous, au champ de force plus ou moins étendu qui s'accumule autour de nos organes.
Le Spiritisme qui apporte un appui sérieux aux sentiments religieux, laisse de côté toute considération mystique, tout apriorisme dogmatique ; il a la prétention d'être une science.
Il n'a qu'un objectif limité, qui est de prouver que la mort n'existe pas qu'elle n'est pas nécessaire à notre évolution, et que par les facultés naturelles de l'homme, incarné ou désincarné, par les seules facultés animiques, on peut espérer arriver à correspondre avec ceux que nous ne voyons plus.
Le magnétisme, les états d'hypnose et la lucidité somnambulique seront d'un précieux secours pour élucider le grand problème. On arrive, par ces moyens, à extérioriser le corps psychique et, par-là, à prouver que c'est lui qui conduit la force motrice et qui est le siège de la sensibilité. Ce corps, qu'on peut rendre visible, prouve la possibilité des apparitions et des matérialisations et il n'y a plus d'absurdité à admettre la possession d'organes par un esprit indépendant. La question de savoir si un organe peut être influencé par une volonté étrangère, et si un désincarné peut écrire et parler au moyen d'un appareil qui ne lui appartient pas, ne dépend plus que de l'observation.
Notre point de départ est bien simple : Si le néant n'avait jamais existé ce serait, encore aujourd'hui, le néant. On peut en conclure que le dynamisme originel, de quelque nom qu'on le nomme, a éternellement préexisté. Cela est incompréhensible, mais cela est évident. Voilà la cause du mouvement. Dans le mouvement universel, c'est Dieu ; dans la matière vivante, c'est l'âme. L'homme est un esprit incarné dans la matière, de même que les âmes ganglionnaires ou les âmes végétales.
Le problème, pour nous, consiste à trouver le moyen de communiquer avec les âmes sur le plan terrestre on y arrive par télépathie, dans l'au-delà on y arrive par la même voie mais alors il sera toujours possible de contester l'identité du communicant.
Quand j'appelle quelqu'un au téléphone, il serait libre de ne pas me répondre : cette vérité n'est pas comprise du déterministe qui prétend traiter le vivant comme l'inerte. On peut m'objecter qu'il sera très difficile de prouver scientifiquement que la personne qui me répond n'est pas celle avec qui je prétends communiquer. Ma certitude, dans ce cas, est une certitude morale. C'est un peu notre position vis-à-vis de l'esprit désincarné, et ma foi n'est pas ébranlée devant le métapsychiste qui prétend traiter le vivant comme l'inerte et qui me répond : «Je ne croirai à la présence de votre ami que si vous me mettez en mesure de vérifier son poids, sa taille et la couleur de ses cheveux ; jusque-là vous pouvez raccrocher.» S'il fallait écouter de pareilles objections, dans la pratique, je crois que ça ralentirait un peu les affaires ; c'est ce qui nous arrive avec les métapsychistes, leur science ne marche qu'au ralenti.
Cependant les Instituts Métapsychistes ont fait faire un immense progrès, dans ces derniers temps, en mettant un terme à la période démoralisante des négations. On ne conteste plus les faits de télékinésie, de télépathie, d'ectoplasmie ni, même, d'idéoplastie et cela est gros de conséquences, car le matérialisme en reçoit une profonde blessure au flanc.
L'âme reprend sa place comme facteur morphologique dans le cours des évolutions. Le dynamisme intelligent réapparaît à l'origine de la création ; la création se montre à nous sous la forme d'un mouvement perpétuel, les âmes individuelles participent de cette force et de ce mouvement. Voilà la raison du vivant, la source du vitalisme ou force vitale. Tout être vitalisé, si minime qu'il soit, est une force parmi les forces, une cause parmi les causes. Nous sommes inconscients des forces invisibles qui sont au-dessous et au-dessus de nous.
Cependant nos besoins physiologiques, nos sensations, sont un appel des consciences inférieures à notre unité consciente ; les instincts, les inspirations sont les manifestations de forces dont nous n'avons pas conscience. Notre conscience d'être, voilà ce qui constitue notre unité apparente ; mais, dans la réalité, notre âme ou plutôt notre domaine psychique, se compose d'une multitude d'âmes, comme notre corps se compose d'une multitude de cellules vivantes et la télépathie, créant un rapport incessant entre tous ces éléments conscients et inconscients, relie chaque unité à l'organisme universel.
Toute âme se trouve limitée par son corps sur le plan physique, et par son degré d'évolution, sur le plan psychique. Telle est l'étendue du pouvoir de chaque unité, qu'elle soit divine, angélique éthérique, humaine, animale ou même cellulaire. C'est ce qui explique la différence de valeur intellectuelle et morale, entre des âmes humaines incorporées dans des formes semblables.
Il n'y a pas de différence de nature entre l'intelligence et l'instinct, il n'y a que la forme des perceptions qui diffère. La pensée circule dans le grand corps dont nous parlait Virgile, la même force omniprésente régit les mondes et les atomes.
Maintenant l'intermédiaire périsprital ou corps spirituel, est indispensable pour expliquer les phénomènes spirites. Par lui nous avons une explication rationnelle de la télékinésie, de l'ectoplasmie et de l'idéoplastie. Ce corps dont la substance, selon toute apparence, est emprunté à l'éther est une organisation idéoplastique d'une conscience préexistante qui, sans le périsprit, ne pourrait pas s'adapter aux conditions de vie matérielles ; il est absolument nécessaire pour que l'âme puisse évoluer, qu'elle s'objective dans une forme corporelle parce qu'elle ne progresse que par l'effort et que la matière représente le point d'appui indispensable, le point de résistance sans lequel la volonté ne pourrait pas se manifester.
L'immense intérêt des premiers faits spirites que l'on a paru mépriser au début, c'est d'avoir prouvé l'existence de ces faits dynamiques qui se manifestent en dehors des limites visibles du corps humain, ce que la prudence scientifique a baptisé du nom de télékinésie ou télergie ; mais qui mérite une détermination plus précise car les actions télergiques qui saisissent les objets, qui jouent de l'accordéon, qui laissent une empreinte dans la substance malléable, sont bien le fait de mains articulées et de membres invisibles. C'est donc bien le corps psychique qui se manifeste et dont il importe d'affirmer l'existence.
L'ectoplasmie et la matérialisation sont des reconstructions momentanées et plus ou moins incomplètes du corps psychique ; le corps psychique est préexistant à la naissance. L'ectoplasme ne peut pas durer, parce qu'il est idéoplastique tandis que la naissance est une matérialisation lente, c'est-à-dire un ectoplasme qui dure, parce que dans un milieu organique il puise des éléments substantiels qu'il assimile définitivement. C'est un phénomène bio-psychique conditionnant le processus d'incarnation de l'esprit dans la matière.
Le corps psychique, une fois incarné, peut encore s'extérioriser, il explique les apparitions. Ainsi tout se tient et s'enchaîne merveilleusement dans les explications que nous suggèrent l'expérimentation spirite, dont-on se moque légèrement à cause de l'aspect défectueux des phénomènes.
Le phénomène de la naissance, qui s'explique par la descente dans la matière d'un esprit préexistant, ne suffit pas à expliquer la présence de l'homme sur la terre ; il nous conduit à la recherche d'un processus antérieur qui ne peut être que celui d'une évolution lente commençant dans l'obscurité, comme dit saint Paul, c'est-à-dire dans l'inconscience originelle. A l'heure où la vie est devenue possible sur la planète, une multitude de vies élémentaires se sont manifestées et se sont élevées de la forme simple aux formes complexes, suivant une quantité de lignes évolutives formant des chaînes, dont la plupart des anneaux sont disparus. Une de ces chaînes évolutives aboutit à l'homme, dont, il est inutile de chercher le premier père. C'est la lumière et la chaleur solaire qui ont provoqué le premier mouvement vital dans le protoplasma qui s'est éveillé de son inertie. Il est parfaitement certain, aujourd'hui, que l'évolution, passant toujours du simple au complexe, a passé par la série animale avant d'arriver à la bête humaine. Il faut renoncer à la légende du père Adam ; aucune espèce, actuellement existante, n'a eu un ancêtre semblable à la forme qu'elle revêt aujourd'hui.
C'est d'incarnations en réincarnations que l'esprit, d'essence éthérique, a lentement pénétré la matière, s'y est installé, s'y est organisé. Le transformisme évolutionniste est la seule théorie qui explique le progrès et l'intermédiaire périsprital explique d'une manière rationnelle sa continuité nonobstant les destructions organiques. La doctrine réincartionniste est également satisfaisante au point de vue moral. La crainte du châtiment et l'espoir des récompenses n'ont rien à voir avec la morale ; c'est la pratique de la vie qui développe, en nous, le sentiment qui nous faisait défaut et l'amour du vrai, du bien et du juste qui élève l'homme au-dessus de lui-même.
Les merveilleuses découvertes de la science moderne devraient nous aider à comprendre que l'idée de l'au-delà n'est pas un sentiment mystique, que c'est une réalité, plus facile à comprendre que les mystères de la T.S.F. et des forces intra-atomiques. Tout ce qui est au-delà de nos perceptions organiques n'est pas moins réel que ce qui frappe nos sens. L'insecte, lui-même, a sa part de vie dans l'au-delà ; il y vit par ses instincts, comme l'homme y vit par la pensée, et la mort n'affecte ni les instincts, ni les aptitudes qui poursuivent leur marche quand même, puisque la nature nous montre la permanence de l'élan vital faisant toujours sortir le plus du moins. La mort n'est qu'une étape, l'au-delà est un réservoir de force que nous ne voyons pas et le prétendu surnaturel est un milieu éthérique dont nous n'avons pas encore pénétré les secrets.
C'est dans le milieu éthérique que la télépathie fonctionne librement sans connaître l'obstacle des distances ; c'est l'organisme éthérique qui possède cette sensibilité spécifique qui permet, à certains sujets, de recevoir, sans le secours des organes, des informations que l'on propose, à tort, venir d'un sixième sens. On comprend maintenant quel rôle peut jouer cette sensibilité spécifique dans les éclairs de lucidité et dans la transmission des images qui constatent si souvent et qui sont les avertissements d'accidents ou des prévisions de mort.
On comprendra surtout quelles possibilités cette faculté nouvelle apporte à la communication spirite puisque cette faculté, d'apparence anormale chez le vivant, est faculté normale des désincarnés, nous pouvons espérer établir une correspondance normale entre nous et l'au-delà.
Il va sans dire que, dans ce monde de correspondance, il y a toutes sortes d'écueils à éviter mais la manifestation spirite n'est plus cette chose ridicule que plusieurs se plaisent à imaginer. On peut trouver, sur notre plan terrestre, un organisme détecteur propre à enregistrer les émissions de l'au-delà. Ce sont là des opérations délicates qui ne peuvent être confiées qu'à des hommes sans parti pris, et que leur science met à l'abri des soupçons toujours invoqués d'incompétence ou de crédulité.
Nous avons montré, dans le précédent chapitre, combien il est difficile de faire l'évidence sur la question de l'identité des communicants. Cependant on y est arrivé, nous avons montré comment, nous n'y reviendrons pas. Nous dirons cependant que chacun a le droit de juger des preuves obtenues dans cet ordre d'expérimentation, ce n'est plus exclusivement le rôle de la science.
Si j'appelle quelqu'un au téléphone, je peux savoir qu'un ami me répond ; je peux avoir cette conviction sans que la science s'en mêle. Il sera facile de m'objecter que la chose n'a pas été démontrée scientifiquement, cela n'ébranlera en rien ma certitude.
Beaucoup d'honnêtes gens ont acquis une certitude de cette nature. Il est permis de trouver la preuve insuffisante ; mais nous ne devons pas oublier que tout un groupe de savants investigateurs, dont toute la vie fut consacrée aux recherches psychiques et qui, de leur vivant, avaient envisagé toutes les difficultés du problème, se sont, depuis leur mort, appliqué à réaliser les conditions que, d'un commun accord avec leurs collaborateurs d'autrefois, demeurés sur la terre, ils avaient jugées décisives.
Ceux qui ont reçu ces preuves et qui sont des autorités scientifiques qu'il n'est plus raisonnable de récuser, se déclarent convaincus. Ils affirment, comme Lodge, que la mort n'est pas la fin de l'individu et que, sous certaines conditions, une communication est possible entre ceux qui sont encore attachés à la matière et ceux qui sont entrés dans une phase nouvelle de leur existence. Ces choses ne sont plus des hypothèses, mais des faits scientifiques prouvés. Je l'affirme sans hésitation, dit-il, et j'en suis aussi sûr que de n'importe quel autre phénomène de la nature.
D'ailleurs une analogie toute simple vous aidera à comprendre que nous ne voyons, de la vie, que le côté illusoire ; la parole et l'écriture ne sont pas autre chose qu'une manifestation de l'homme invisible. Sous une forme matérielle il objective une pensée qui, dès à présent, appartient à l'au-delà. Nous vivons dans l'invisible, il suffit d'un peu de réflexion pour comprendre que la matière n'est que l'écran sur lequel l'âme projette les images qui apparaissent à nos yeux.
Mais nous avons, maintenant, des hommes d'élite qui ont enregistré les voix de l'au-delà en dehors de l'écran. Heureux celui qui peut atteindre à cette certitude pour lui, un nouveau soleil se lève, il est sorti des ténèbres, il a retrouvé la paix et cette joie intérieure qui nous aide à supporter le fardeau de la vie, c'est la résurrection de l'âme. Mais celui-là ne peut plus garder son secret pour lui seul ; il brûle du désir de faire partager son bonheur, il voudrait informer toute l'humanité souffrante. De là est née une littérature qui s'enrichit chaque jour de faits et de documents nouveaux.
Le plus modeste témoin éprouve le besoin de parler, d'écrire, de secouer l'indifférence de tant de malheureux qui, dans la crise actuelle de démoralisation, souffrent de la perte de tout idéal. De toutes parts des voix se sont fait entendre ; elles viennent crier au monde : Nous ne savons qu'une chose, l'être chéri que nous avions perdu est retrouvé ; il était parti et il est revenu vers nous. Qu'importe la mort, si les morts vivent ! Qu'importe la tombe, si la tombe n'est plus que la borne frontière d'une nouvelle patrie !

TABLE DES MATIERES

AU LECTEUR    2
POURQUOI IL FAUT PROPAGER LE SPIRITISME !    4
L’HOMME INVISIBLE    8
LE SPIRITISME EST UNE SCIENCE    14
PHILOSOPHIE DES SIMPLES    20
AVONS-NOUS UNE AME ?    26
AVONS-NOUS UN CORPS INVISIBLE ?    33
QU’EST-CE QUE L’ECTOPLASME ?    39
LE PROBLEME DES ORIGINES    45
LA DOCTRINE DES REINCARNATIONS    49
L’AU-DELA    55
DES MOYENS DE COMMUNICATION    59
LES PREUVES D’IDENTITE    65
COUP D’OEIL SYNTHETIQUE    73
TABLE DES MATIERES    78